jardin de sérénité (9)
Surprise ! Quand je me suis réveillée ce matin, mon lit était plein de poèmes! Ils couraient dans tous les sens, froissaient les draps, sautaient sur l'oreiller; certains me chuchotaient dans l'oreille des mots rares, des mots lisses comme des galets, des mots brillants comme des diamants; d'autres me tiraient les cheveux pour attirer mon attention, se bousculaient, criaient à qui mieux mieux, comme une bande de gamins malappris. «Silence!», ai-je crié à mon tour. Ils se sont figés un instant, avant de reprendre leur sarabande; je fronçais les sourcils, faisant semblant d'être en colère, et cela les faisait rire de plus belle, et crier, et sauter, mais en vérité, j'étais si heureuse de les voir!
Depuis plusieurs semaines, ils m'avaient abandonnée: pas une rime, pas une césure, pas même un petit vers libre à mettre dans mes cahiers. Et là! Ils étaient assez nombreux pour un livre, que dis-je, un recueil, dix recueils, des oeuvres complètes, même! Mon imagination me représentait des dorures sur tranches, des couvertures glorieuses, des reliures artistiquement travaillées, du vélin.., quand mon regard tomba sur le réveil : «Déjà !Je suis en retard! Je suis terriblement en retard !» Je me levai d'un bond, et fonçai vers la porte. Trop tard, je me rappelai les poèmes: « Attendez-moi! Je reviens tout de suite... Oh ! non,je vous en prie, ne partez pas... »
Mais ils se dispersaient, sautant, volant, se bousculant, petites bouffées d'inspiration, courants d'air de joie, aussi fins que les toiles d'araignée qui réunissent deux brins d'herbe, aussi transparents que gouttes de rosée dans la lumière, insubstantiels, légers... Ils filaient sous les meubles, disparaissaient dans les poutres du plafond, entre les lames du plancher.... Ils faisaient des galipettes, des cabrioles, riant sans s'arréter, indifférents à mes supplications, jusqu'à ce qu'un grand silence, un vide affreux emplisse la pièce.
Mon oeuvre ! Disparue, effacée, rayée de la surface de la terre en quelques secondes! Je ne baissai pas les bras; je semai sur le plancher, comme miettes pour les petits oiseaux, des mots susceptibles de les faire revenir: ici « printemps », plus loin « bonheur », puis « soleil», des mots qui les attirent, qui leur donnent envie de jouer avec moi, de se faufiler dans les pages de mes cahiers... Impatiente, je guettai; il me sembla entendre un murmure sous le placard, un rire étouffé vers la fenêtre. « Petits, petits... » Je pris la voix haut perchée utile pour parler aux poules: ces poèmes, vous savez, sont tout aussi grégaires et, commençai-je à penser, tout aussi bêtes... Un toussotement me fit retourner, pleine d'espoir, mais patatras! Sur le bureau, « Courrier en retard », bourré à craquer dans sa chemise rouge, tapait du pied, l'air impatient; derrière lui, en équilibre entre deux piles de factures, « Comptabilité urgente » agitait les bras pour attirer mon attention, pendant que « À classer tout de suite », débordant de toutes parts, me regardait en fronçant les sourcils.
« Eh bien, dis-je en toussotant, vraiment, je voudrais bien jouer avec vous aussi, mais aujourd'hui, je n'ai pas le temps, non, absolument pas le temps.» Et, sans écouter leurs appels et leurs plaintes, je fonçai vers la porte, m'arrêtant sur le seuil toutefois pour leur lancer: «Qui veut se plonger dans d'affreux dossiers ? C'est le printemps, vous savez!» Alors le printemps me prit au mot, et le monde s'emplit de lumière...
Extrait de "La Vie" 11 mars 2010
JOSHIN LUCE BACHOUX est une nonne bouddhiste. Elle anime la Demeure sans limites
TyTzu: "Qu'est-ce qui te surprend le plus dans l'humanité?"
Dalï Lama répond en souriant:
"Les hommes...
Parcequ'ils perdent la santé pour accumuler de l'argent, et ensuite perdent de l'argent pour retrouver la santé.
Et à penser anxieusement au futur, ils oublient le présent de telle sorte qu'ils finissent par non vivre ni le présent, ni le futur.
Ils vivent comme s'ils n'allaient jamais mourir....et meurent comme s'ils n'avaient jamais vécu."
Titre : The gate of Lhasa
Album : In memory of Tibet
Artiste : Tenzing Gönpo
"Nous ne choisissons point. Notre destin choisit. Et la sagesse est de nous montrer dignes de son choix, quel qu'il soit."
"Qu''est-ce que le destin ? Un enchaînement implacable de causes et de conséquences. Mais seule la vie biologique, instinctive, est absolument soumise au destin. Donc, tous les êtres qui s''identifient à leur corps physique, qui ont pour but principal dans l''existence la recherche des plaisirs, du confort et des biens matériels, ne peuvent échapper aux lois du destin. Tandis que celui qui a conscience d''être avant tout un esprit et qui cherche à manifester dans toutes ses activités la primauté de l''esprit pour laisser sur la terre des traces de lumière, d''amour, de noblesse, celui-là devient de plus en plus maître de son destin.
Alors, c''est clair, il n''y a pas tellement à discuter et à se poser de questions sur la liberté : seul celui qui s''efforce chaque jour de donner la première place à l''esprit échappera à l''emprise du destin et deviendra véritablement libre."
"Il faut oser en tout genre; mais la difficulté, c'est d'oser avec sagesse"
"Vous n'êtes pas justifié d'être triste quand cette tristesse est due à des motifs égoïstes. Vous me direz que vous avez des raisons d'être malheureux, parce que vous ne rencontrez que des échecs, vous ne voyez aucun véritable avenir devant vous... Eh bien, vous voyez mal : les jours se suivent et ne se ressemblent pas, et même si aujourd'hui le soleil est caché par des nuages, demain vous le verrez se lever et tout vous sourira. « Oui mais, disent certains, je suis déjà vieux, que puis-je espérer ? » Ne savez-vous pas qu'un jour vous reviendrez à nouveau sur la terre comme un enfant à qui tous les espoirs sont permis et que vous recommencerez une vie nouvelle, enrichie par les expériences du passé ? Un autre se lamente : « J'étais riche et j'ai tout perdu ! » Mais vous pourrez regagner cette richesse, qui vous en empêche ? « J'ai perdu des êtres que j'aimais... » Si vous les avez vraiment aimés, vous les retrouverez.
Il existe des réponses à tous les arguments que la tristesse vous présente. Il ne faut pas toujours s'appesantir sur la faiblesse, le chagrin, la fatigue, les échecs, les pertes. Tout se résout quand on appelle à l'aide l'amour, la sagesse, la vérité."
"Vous voulez savoir ce qu'est la véritable spiritualité ? Ouvrez le livre de la nature, c'est lui qui vous le dira le plus clairement.
Lorsqu'arrive l'hiver, la terre est moins exposée au soleil et rien ne pousse. Les rivières sont gelées. La vie marche au ralenti. Mais au printemps, quand la terre reste plus longtemps exposée à la chaleur et à la lumière solaires, tout pousse, tout devient beau, riche, abondant, partout la vie circule. Eh bien, la spiritualité peut se comparer à l'action du soleil sur la terre. Quand notre esprit commence à rayonner, à pénétrer de son amour et de sa lumière toutes les cellules de notre organisme pour les harmoniser et les faire chanter à l'unisson, alors là, oui, nous vivons réellement la vie spirituelle. La véritable spiritualité, c'est le soleil qui agit sur la terre, c'est l'esprit qui vivifie et anime notre corps jusqu'à ce que la lumière, la paix et la plénitude viennent nous habiter."
"Les humains ont toutes sortes de défauts, c'est vrai, ils sont souvent bornés, méchants, jaloux, ingrats, etc. Cette constatation est parfaitement exacte, mais pourquoi s'arrêter sur leurs défauts comme s'il n'y avait que cela ?
Il faut ouvrir les yeux, bien sûr, pour ne pas se laisser abuser, et c'est très important, mais comprenez que ce n'est là que la moitié de votre tâche. Si dans vos relations avec les êtres, vous adoptez continuellement à leur égard une attitude soupçonneuse et critique, non seulement ils ne manifesteront plus envers vous leurs bonnes qualités, qu'ils ont aussi, il ne faut jamais l'oublier, mais encore ils chercheront à se venger. Tandis que si vous montrez que vous avez vu leurs qualités, que vous comptez sur eux, vous avez quelque chance de les amener à manifester ces qualités, et certains du moins feront en sorte de ne pas vous décevoir."
"Il suffit d'un souffle pour éteindre une flamme. Mais si vous alimentez cette flamme, le même souffle qui menaçait de l'éteindre la renforcera au point que rien ne pourra plus lui résister. La flamme est un symbole de l'esprit. Si vous ne donnez pas d'aliment à votre esprit, si vous le négligez parce que vous avez mieux à faire, soi-disant, sa flamme deviendra si fragile que n'importe quelle petite difficulté va l'éteindre. Et c'est ce qui arrive à tellement de gens ! Ils se traînent, ils mangent, ils boivent, ils bricolent, mais leur esprit est éteint. D'autres, au contraire, par la prière, la méditation, la contemplation, nourrissent la flamme de leur esprit, qui devient tellement puissante que les ouragans de la vie ne font que l'amplifier. Oui, les mêmes difficultés, les mêmes obstacles qui terrassent les uns renforcent les autres.
Vous ne devez pas compter sur la puissance de l'esprit en vous disant que dans les difficultés il viendra vous aider. L'esprit n'est puissant et il ne viendra vous aider que si vous le nourrissez."
"Vous regardez un visage, un objet, un paysage... Êtes-vous conscient de ce qui se passe alors en vous ?... Rien n'est plus vaste, plus profond, plus significatif que l'acte de regarder. Il paraît simple, sans mystère, mais étudiez-le, déchiffrez-le, et vous découvrirez que c'est un acte de la plus haute magie.
Quand vous regardez un objet, sachez qu'il représente un danger ou un bonheur qui vous guette. Oui, cela dépend de la nature de l'objet, de sa forme, de ses radiations, et aussi de votre état intérieur : car tout votre être tend à prendre la forme, les dimensions et les qualités de cet objet. Oui, intérieurement, dans le plan psychique, que ce soit conscient ou non, vous vous identifiez à ce que vous regardez. C'est une loi naturelle, biologique. Et de cette loi bien comprise et appliquée consciemment dépend votre possibilité d'évoluer, de vous perfectionner. Habituez-vous donc à regarder tout ce qui est beau, harmonieux, lumineux, parfait."



