Bravo pour ce billet très complet sur un film réussi et ce n'était pas gagné. Bien entendu, les scénaristes ont élagué pour ne garder que l'intrigue policière. Cela ne m'a pas empêché d'apprécier le film autant que le roman (que j'ai lu lors de sa sortie, il y a plus de 2 ans). Mon ami qui m'accompagnait, n'avait pas lu la trilogie, il l'a "dévorée" en 4 jours. Une réussite. Bonne soirée.
Nous ne sommes probablement que très peu désormais, tant la trilogie de Stieg Larson continue de caracoler en tête des meilleures ventes de romans depuis des mois, mais je fais partie de ces personnes qui n'ont pas (encore ?) ouvert un seul roman de la saga « Millenium ». Pas tant que ça n'ait pas l'air attirant, bien au contraire, mais parce qu'à force d'en entendre parler, ça frôle l'overdose. Néanmoins, pas au point de m'empêcher d'aller voir l'adaptation du premier tome de la trilogie au cinéma, très justement intitulée en français « Millénium, le film », là où partout ailleurs le film s'appelle « La fille avec le tatouage de dragon » (« The Girl with the Dragon Tattoo »), qui est le titre du premier volet de la trilogie version papier partout dans le monde. Même le sous-titre du premier volume, chez nous, porte un nom différent : « Les hommes qui n'aimaient pas les femmes ».
Je doute également que les afficionados l'ignorent, mais je le précise pour les autres : « Millénium » est une œuvre suédoise (vendue tout de même à plus de 2,5 millions d'exemplaires en France, 10 dans le monde...), et la surprise principale de l'adaptation de ce best-seller est qu'il n'a pas été ni réalisé ni tourné à Hollywood, mais bel et bien sur les terres de l'auteur, en Suède. Ce n'est d'ailleurs que le second long-métrage du réalisateur, Niels Arden Oplev (danois, pour sa part), et c'est d'autant plus surprenant que ce soit un quasi-inconnu (sauf peut-être dans son propre pays) qui ait été retenu pour adapter ce film qui était attendu un peu partout comme le messie. Pour information, d'ailleurs, seule la première partie de « Millénium » devait être adaptée au cinéma, la suite ne devait donner lieu qu'à une minisérie télévisée. Au vu du succès du film, c'est désormais une certitude : les 3 volets sortiront bel et bien sur grand écran. Pourquoi se priver d'une réussite au cinéma, après tout ?
Synopsis
« Millénium » est un journal suédois au sein duquel officie Mikael Blomkvist, jamais le dernier pour publier des articles à scandales sur les pontes du pays. Cette fois-ci, en s'attaquant à un homme d'affaires puissant, il va finir au tribunal et être condamné pour diffamation. Peu importe, Blomkvist a l'enquête dans le sang, et lorsque Henrik Vanger, autre grand ponte suédois, fait appel à lui pour une enquête à caractère privé, il accepte et se lance sur la piste de la nièce de Vanger, Harriet, disparue depuis quarante ans. Menant son enquête au plus près de la famille et de ses sales petits secrets, Blomkvist va croiser la route de Lisbeth Salander, jeune femme au passé tumultueux, qui n'a pas son pareil pour déterre les informations les plus profondément enfouies. La collaboration entre les deux personnages va les mener à la découverte de choses plus glauques et terribles qu'ils n'auraient pu s'y attendre.
Suède, ton univers impitoyable
Il y a fort à parier que ce film n'a pas été cofinancé par l'office du tourisme suédois tant la vision du pays qui est donnée par le réalisateur, Niels Arden Oplev, n'a rien de charmant ni d'idyllique. Au contraire, « Millénium » est un film d'ambiance, pour lequel le réalisateur est parvenu à créer une atmosphère véritablement envoutante dès les premières secondes. Attention, envoutante ne sous-entend pas du tout beau et lumineux, par exemple : on a affaire ici à un film noir, très noir, et à la fois la lumière et le grain de la pellicule nous mettent en condition d'entrée de jeu. Ce n'est pas par ici qu'il faudra chercher un film esthétique aux couleurs léchées, on plonge plutôt en enfer...
Je vais d'ailleurs en profiter pour parler ici de la mise en scène, qui est plutôt réussie. Oplev n'a beau pas avoir beaucoup tourné, il a visiblement regardé beaucoup de films, et beaucoup de films américains ou britanniques, semble-t-il. Ainsi, il n'est pas rare de retrouver dans cette adaptation quelques plans qui rappelleront des plans déjà vus dans bon nombre de films américains, voire britanniques (voir la scène où Blomkvist rencontre dans un salon toute la famille Vander, on a l'impression qu'Hercule Poirot va débarquer pour donner le nom du coupable !).
Dans tous las cas, Oplev semble avoir fait preuve de beaucoup d'application pour donner vie aux personnages et à l'intrigue de Stieg Larson, détaillant avec précision les méthodes de travail de chacun, les mettant de fait en opposition, construisant un film solide et bien mené au niveau fluidité et progression de l'enquête. Le réalisateur prend d'ailleurs son temps, l'opus dure environ deux heures et demie. Effrayant pour ma part, au début, car j'avais reçu quelques échos bien négatifs de mon entourage, comparant ce film à un épisode géant de « Derrick » où il ne se passait rien, ou très lentement, et où l'image était très moche.
Fort heureusement, il n'en est rien, et le rythme, bien que lent, parvient quand même à rester trépidant, les rebondissements étant finement amenés et les ficelles finalement peu grossières. Voilà d'ailleurs un film qui m'a fait faire quelque chose dont j'avais perdu l'habitude : ne pas réfléchir pendant la projection à qui a pu faire quoi ou à comment c'est filmé etc., mais simplement profiter du spectacle et me laisser mener là où le réalisateur avait décidé de m'emmener sans chercher plus loin. Ca fait d'ailleurs très plaisir, et cela ne m'a fait qu'encore plus apprécier ce long-métrage, à n'en pas douter. Le jeu de piste que vont suivre Mikael et Lisbeth est ainsi parfaitement mis en scène, d'une manière très sobre et efficace, sans les sempiternelles aberrations que l'on peut trouver dans les productions américaines, et c'est reposant de ne pas avoir se désoler d'énormités...N'ayant pas lu les romans, je ne sais pas dans quelle mesure l'écriture de Larson peut être captivante et puissante ; ce que je sais, en revanche, c'est que ce film l'est, captivant.
Dérangeant aussi, par moments, tant la violence est une composante très importante de ce thriller à quelques occasions sans concessions. L'opus est d'ailleurs interdit aux moins de douze ans, certaines scènes (dont une, à mon avis, atteint largement le niveau d' « Irréversible » au niveau dureté, même si elle est, si je me souviens bien, un peu moins longue) méritant sans conteste une interdiction plus sévère...j'ai failli aller voir ce film avec ma gamine qui a tout juste la limite d'âge pour le voir, je ne regrette pas de ne pas ya voir été avec elle, je pense qu'elle aurait été interloquée par moments !
Par moments, le côté glauque de l'histoire et la mise en scène très froide et réaliste donnent l'impression de revoir « Festen », c'est probablement la patte nordique à l'œuvre...sauf qu'ici, l'ensemble est un peu plus classique, c'est peut-être le reproche principal qui pourra être fait à Oplev, ce côté bien sage et bien propre sur lui. D'un autre côté, le matériau de base était suffisamment solide pour ne pas avoir besoin de faire d'esbroufe niveau réalisation : on a tout simplement l'impression qu'Olev s'est mis au service du livre, et a simplement cherché à le faire vivre.
Histoire solide, personnages charismatiques
Tout comme le réalisateur est peu connu, son casting n'est pas composé de têtes d'affiche reconnues, et pour le coup c'est tant mieux car cela permet de découvrir quelques acteurs franchement excellents.
Michael Niqvist, qui incarne Mikael Blomqvist, est connu dans les contrées nordiques, mais point chez nous. Ce qui ne l'empêche pas, bien au contraire, de camper un journaliste terriblement convaincant, le visage bien buriné et la détermination sans limite. Malheureusement pour lui, son charisme ne parvient pas à résister face à Noomi Rapace (qui incarne Lisbeth) qui envahit l'écran et cristallise le regard dès qu'elle est à l'image. Lorsqu'elle est seule à l'écran, le film se divisant par moments entre séquences où chacun des personnages œuvre de son côté, on est épaté par la prestance de elle qui incarne une jeune femme gothique, pirate, et surtout très peu gâtée par la vie que l'on sent forte et déterminée, même si par obligation elle se voit contrainte à subir quelques humiliations horribles. Mais on sent dans le personnage, et donc dans l'interprétation, une rage et une violence prêtes à s'exprimer en cas de trop plein...ce qui ne manque pas d'arriver au bout d'un moment, pour une autre scène très violente où les rôles ont changé. Je n'en dis pas plus, à vous de voir par vous-mêmes.
Lorsque Lisbeth et Mikael partagent l'écran, enfin, il est difficile de ne pas voir à quel point Noomi Rapace éclipse presque Michael Niqvist, et à quel point son personnage est véritablement la clé de voûte de ce film (et sans doute du roman, puisque visiblement la suite la concerne en particulier). Elle ajoute une caution sombre à un film qui n'en manquait déjà pas, et elle joue parfaitement bien la jeune femme traumatisée dont on n'apprend finalement pas grand-chose, tant elle est enfermée dans son silence, mais dont on soupçonne qu'elle en a bavé pendant des années.
Le reste du casting est bien entendu composé d'acteurs et actrices nordiques dont les noms ne vous diront sans doute rien, pas plus qu'à moi, mais tous sont également justes, la plupart d'entre eux campant les membres de la famille Vander avec brio et, pour certains, apportant une pointe d'inquiétude supplémentaire. Petit reproche au niveau de la mise en lumière des personnages : en dépit d'une famille composée d'un grand nombre de membres, Olev a tendance à ne s'attacher qu'à ceux qui jouent un rôle décisif dans l'enquête, ne permettant ainsi pas vraiment de tisser un imbroglio et à brouiller les pistes de manière suffisante pour qu'on ne finisse pas par se douter, bien vite, de qui seront les coupables, mais cela reste relativement mineur comme critique, le reste du film étant suffisamment réussi pour effacer cette maladresse.
Conclusion
Je ne saurais dire si « Millénium » est une adaptation réussie du roman de Stieg Larson, n'ayant pas lu le livre. En revanche, je peux dire que ce film est une grande réussite, et un très bon moment de cinéma. Il y a fort à parier que le choix d'une adaptation européenne et non américaine contribue à rendre cette réalisation plus fidèle et, dans une certaine mesure, sans concession par rapport à ce que cela aurait pu donner vu d'Hollywood où les scénaristes n'hésitent pas à remanier les histoires originales pour respecter un certain cahier des charges visant à plaire au plus grand nombre.
Il est certain que ce film ne fera pas l'unanimité, pour ma part j'ai été enchanté et ai trouvé le tout très réussi : l'intrigue est très riche et bien mise en scène, les personnages sont également très épais et bien croqués par le réalisateur, et cela donne au final un ensemble très bien équilibré et captivant pendant toute la durée du long-métrage, tout de même long.
Sorti en grande pompe (et projeté dans 500 salles au moment où j'écris ces lignes, excusez du peu), « Millénium » version cinéma risque de connaître un grand succès. Ce ne sera que justice.
Merci de vos lectures.







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