févr.
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La folie du monde

  • Par lanaa le
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Pourquoi devient-on fou? Vaste question sans réponse, ou plutôt aux multiples réponses.

J'ai mon idée personnelle, qui bien sûr, comme toutes les autres, n'est pas vérifiable.


On devient fou, on s'écroule, on hurle ce que personne ne veut entendre, on vit ce que personne ne veut comprendre, on se tape la tête contre les murs en pleurant. C'est impressionnant, spectaculaire parfois, destructeur, effrayant, mais à mettre dans une case, celle de la folie, celle qui ne concerne pas les gens normaux. Oui, nous sommes fous, ça se voit, ça se pointe du doigt et ça soulage sur sa propre normalité. Regardez, la folie est là-bas, éloignez-vous en frissonnant puis en en riant.

Mais moi je crois que si nous devenons fous, si je deviens folle, c'est parce que je ne supporte pas la folie du monde. Je crois que nous sommes les dégâts collatéraux de la folie du monde. Nous sommes ceux qui la montrons, qui la crions au grand jour, mais personne ne veut écouter. C'est plus facile de dire que le mal est en nous et uniquement en nous.


Mais moi je deviens folle quand je vois, quand je vis, quand je ressens votre folie. Elle est cachée sous un masque de normalité, elle avance à pas de loups et montre patte blanche, elle est souriante même si ses dents sont pleines de sang. Elle nous regarde avec compassion et nous donne des mots savants, elle veut nous faire taire, elle fait semblant de ne rien comprendre à ce que nous disons, elle méprise nos voix avec un paternalisme bon teint, une compassion de façade, elle tient des liens dans ses mains, des baillons, elle a des hochements de tête faussement compréhensif derrière des sourires de pitié. Elle nous discrédite. C'est tout à son intérêt bien sûr, il ne faudrait pas que nous devoilions le vrai visage de la folie la plus dangereuse, la doucereuse folie qui tue par millions, qui affame, qui emprisonne, torture, massacre, manipule, magouille, écrase; au nom d'intérêt supérieurs, bien sûr. Elle a des raisons elle, pas comme nous.


Il ne s'agit pas de dire je ne suis pas folle, ce sont les autres qui le sont. Non, je reconnais ma propre folie, mais elle n'est qu'un pâle reflet de la folie du monde. Elle n'est que sa conséquence logique. Comment pourrait-on voir vraiment cette folie, ressentir les horreurs du monde et les petits meurtres quotidiens et invisibles sans en devenir fou?

Certains y arrivent, c'est vrai. Mais la plupart ferment les yeux, ne veulent voir ni la folie du monde ni la souffrance qu'elle provoque chez ceux qu'elle rend fou. Ca s'appelle la normalité. C'est reposant, sans doute, mais je ne sais pas si ça me fait envie. Je ne sais pas si j'ai envie de marcher dans le sang sans m'en soucier, je ne crois pas. Et pour moi, la folie est le prix à payer.


1 commentaire

Un aveux d'impuissance

  • Par behemothe le

Oui, je suis d'accord avec toi, mais quel aveux d'impuissance, une façon de se livrer pieds et poings liés à ceux qui nous rendent malade.

Pourtant toi qui agit, certes avec tes moyens, certes tout relatif, mais ton action est là et même si personne ne peut dire quelle importance elle va avoir, je reste intimement persuadé qu'elle n'est pas négligeable.

Quand on cite l'expression c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, on ne se souvient que cette goutte d'eau, pourtant il y a eu toutes les autres, qui ont rempli le vase et sans lesquelles la goutte de trop n'aurait jamais été.

Seulement voilà on voudrait tellement que cela cesse immédiatement, être justement cette goutte de trop, que l'on verse dans l'excès, nous rangeant dans la folie et par la même rendant notre révolte abscons. C'est dommage. Mais souvent on a pas le choix.


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