févr.
15

C'est la guerre !

  • Par cfou le
  • Dernier commentaire ajouté

Oui, c'est une guerre, ou plutôt une guerrilla car l'ennemi se cache, reste dans l'ombre.

La maladie est à l'affût tout autour de nous, de vous.

Les personnes touchées sont blessées à jamais, portant à vie les stigmates des combats. Atteintes, projetées à terre, écrasées par la pesanteur et piétinées par la foule, la société.

Tapie aux coins de nos rues, à nos carrefours. Chaque jour nous faisons des choix, chaque choix est l'embranchement d'un chemin, chaque chemin est un cheminement, un parcours. Chaque parcours comporte des obstacles à contourner ou à franchir et des paysages, des périodes plus paisibles de repos, de pause. Tout le monde vit cela.

Banal, me direz-vous. Oui. Mais pour nous, personnes souffrant de troubles psychiques, nous sommes en guerre. Contre qui ? Contre quoi ? Toute la question est là. Il ne faut pas se tromper d'ennemi. Ce n'est ni toi, ni moi, mais la maladie.

En permanence sur le qui vive, à chaque instant nous faisons le choix de vivre quel que soit le prix à payer. Prix du sang, valeur de cette sève qui nous nourrit, nous donne goût à la vie. Peurs, sueurs, froides ou bien brûlantes de fièvre, infection de nos pensées par des parasites, affection profonde de longue durée, afflictions à foison.

N'oublions pas les combattants qui ne reviendrons pas, ceux qui ont donné leurs existences, leurs êtres. Ils ne sont pas tombés, ne sont pas des vaincus, ils restent des résistants. Nombreuses sont les familles en deuil, les amis aussi. Pas de vainqueur, pas de gagnant, ni de vaincu, ni de perdant. Que de personnes qui luttent pour une certaine liberté, une existence acceptable, supportable. Beaucoup de blessés, de prisonniers. De plus en plus de populations concernées.

Oui, c'est une guerre alors mobilisons-nous !


6 commentaires

C'est la guerre

  • Par lanaa le

Une guerre, oui, que parfois on croit avoir gagné, mais la maladie est toujours là, même s'il arrive qu'on l'oublie. Une guerre contre la maladie, mais aussi, et parfois aussi épuisante, contre les préjugés, la politique, l'incompréhension.


RE: C'est la guerre

  • Par cfou le

Comme tu as raison... il faut se battre contre tant de choses, haureusement je me sens moins seule aujourd'hui. Je fais partie d'un GEM et je discute avec toi, c'est déjà beaucoup pour moi. L'enfermement n'est pas seulement hospitalier ou bien devrais-je dire "hospitalitaire" depuis le réforme de la loi 1990, il est aussi dans nos tête. Je reste persuadée que plus on parlera de nous (pas comme dans les médias à coup de sensationnalisme)^plus les préjugés tomberons et la connotation des mots tels que psychiatrie, maladie mentale ou psychique, changerons.

Je suis tournée vers l'espoir... d'une évolution vers un mieux être, mieux dire, mieux penser.


Moi j'ai fait alliance

  • Par survivant le

Je ne pense pas qu'il faille prendre la maladie comme un ennemi, j'ai longtemps essayé de la combattre , en vain. J'ai fini par capituler, par prendre mon traitement avec plus de rigueur. J'ai tenté de l'apprivoiser, de la dompter, de repérer des cycles ou des situations à risques...De VIVRE avec elle, cette folie qui m'accompagne est mienne, depuis quelques années j'ai reconstitué une famille autour de moi,et avec l'aide essentielle du centre de jour je me suis ré-integré dans la vie te dans la ville. Ma fille est scolarisée, et chaque jour je me lève avec l'idée fixe de la la protéger elle de mon handicap et depuis cinq ans ça fonctionne.

Pour ce qui est du reste, la politique, les préjugés, l'incompréhension, c'est devenu pour moi une autre source stabilité, lutter contre la discrimination.

Chaque matin ...


Vivre avec...

  • Par cfou le

Oui, mais je ne capitule pas ! je ne désarme pas !

Pour moi capituler est synonyme d'abandon d'une lutte que tu mènes tous les jours pour ta fille, pour toi. Ce qui me manque le plus c'est l'énergie. Entre les médocs et la maladie je me fatigue vite. Apparemment tu en as assez pour mener une vie avec des satisfactions telles : une fille ! Ne pas pouvoir avoir d'enfants c'est une amputation de mon corps et de mon âme. Une blessure ouverte qui saigne, j'ai 40 ans et je suis une femme un peu perdue, un peu paumée dans sa révolte et ses douleurs. Heureusement j'ai aussi des joies, je m'en prépare tous les jours pour tenir le coup, ne pas sombrer dans le délire comme avant. Ta réponse me touche et me rassure un peu, peut-être qu'un jour j'aurai ton apparente sérénité... j'espère !


La guerre

  • Par lanaa le

Survivant, quand je parle de guerre contre la maldie, je le vois aussi comme toi tu décris ton quotidien. Je vis les choses de la même façon, mais parfois je fais des mini-rechutes, et dans ces moments-là, la tentation de basculer complètement dans la folie est là, pour arrêter de se battre, parce que vivre normalement demande des efforts, et donc là pour moi il y a une guerre, ne pas se laisser détruire, se relever, se rappeler que la schizophrénie est toujours en planque prête à me mettre à terre même quand je croyais l'avoir distanciée.


RE: La guerre

  • Par survivant le

Pareil ! trop souvent les mini-rechutes dont tu parles surviennent et dans ces moments là je fais un deal avec ma part sombre: on laisse à la petite encore un peu de temps pour grandir et on se laisse aller à la folie, mais de tout mon coeur je veux rester "lucide", j'essaye ...Ce combat est épuisant, je suis épuisé, le traitement, les rendez-vous, la vie sociale et affective, toutes ces choses de tous les jours qui demandent une attention de chaque instant, ça fatigue mais ça donne un "cadre". Pas un espoir, mais une raison de rester vivant, digne, propre et intègre au milieu de tous ces gens qui paraissent si curieux voire étranges.

La route est droite mais la pente est rude comme disais l'autre .


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