religare (34)
LE PRIX A PAYER
Encore une fois, je me dois de remercier ma filleule Caroline qui prend si bien soin de son parrain en lui offrant des livres de qualité. Ayant achevé cette lecture en un temps record, ce qu'elle avait prédit tant le livre est passionnant, je lui écrivais :
" Chère Caroline, Encore merci pour ce livre terrible qui expose une fois de plus les ravages de l'intégrisme musulman. En regard de cette insupportable négation de l'être humain et de sa dignité conférée par le Créateur, Mohammed-Youssef-Joseph ancré dans sa foi est une figure lumineuse qui invite à beaucoup d'humilité et donne de l'espoir malgré la menace de l'idéologie pseudo religieuse toujours présente.
Encore merci pour ce livre qu'il est difficile de quitter lorsqu'on l'a commencé. "
Chaque page témoigne de la foi ardente de Mohammed Fadelle, c'est son chemin de croix qu'il convient d'approcher au fil du récit.
4e de couverture :
« Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d'entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C'est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie » (Luc 21,16-19).
Lors de son service militaire, Mohammed, jeune musulman ira¬kien issu d'une grande famille chiite, découvre avec effroi que son voisin de chambrée est chrétien. Une relation paradoxale se noue entre les deux hommes. Mohammed en sortira métamorphosé. Revenu à la vie civile, il n'aura qu'une idée en tête : se convertir au christianisme. Une pure folie ! Pour ses parents et ses proches, c'est impensable. En Islam, le changement de religion est un crime.
Tout est mis en oeuvre par son clan pour le faire revenir sur sa décision. Rien n'y fait. Après les intimidations et les coups, viennent la prison et la torture... Mohammed, devenu Joseph par son baptême, vit un long calvaire mais ne cède pas. Une fatwa est prononcée contre lui. Ses frères lui tirent dessus, en pleine rue. Grièvement blessé, il s'effondre...
Le prix à payer est une histoire vraie.
Joseph Fadelle vit en France avec sa famille depuis 2001. Il est désormais citoyen français.
ISBN: 978-2-35631-060-6
Un arc-en-ciel dans la nuit
4e de couverture
La naissance tumultueuse de l'Afrique du Sud racontée à travers les destins héroïques des fondateurs de la nation arc-en-ciel.
« Un chef-d'oeuvre.» France Info
« Plus qu'un document, une fresque captivante et bouleversante. » Le Figaro Magazine
Texte intégral
ISBN 978-2-266-18994-1
1651- 1994 Comment passe-t-on de la Bible à l'Allemagne nazie ! Les trois extraits ci-dessous résument de façon presque parfaite une épopée tragique commencée en 1651 pour aboutir au séisme politique et culturel de 1994, l'élection de Nelson Mandela.
Les promoteurs de l'apartheid - membres très assidus de l'église Hollandaise réformée, le peuple choisi par Calvin - après avoir fondé leur vision missionnaire et conquérante de peuple élu et de terre promise dans les écritures saintes ( l'Ancien Testament), vont peaufiner leur tactiques dans l'Allemagne nazie :
(pp100)
Hendrik Verwoerd et ses camarades sont subjugués par le message. L'idéologie prônée par Adolf Hitler n'est donc pas un produit de sa seule imagination. Elle vient des profondeurs de l'histoire allemande. Comment ne pas être impressionné par cette découverte? Tout en appelant les masses à communier dans l'idéal du Blut und Boden, du sang et de la terre; tout en exaltant la notion de peuple » et de « race », le maître du IIIe Reich parle de renouveau historique, développe la vision d'une révolution à la fois nationaliste et anticapitaliste, condamne en même temps le communisme et le libéralisme. Autant de thèmes d'une cruciale réalité pour les représentants d'un peuple minoritaire étranglé tout à la fois par l'impérialisme industriel et commercial des Britanniques et la pression de millions de Noirs affamés de justice.
Les visiteurs s'aperçoivent rapidement que ces mots sacrés de « sang », de « terre », de « race » qui comptent tant pour eux ont dans la bouche de leurs hôtes (nazi) une signification précise. La lecture d'un banal entrefilet dans la page des informations générales d'un quotidien de Berlin apprend un jour à Verwoerd que le congrès du parti nazi vient de promulguer une loi sur la citoyenneté allemande qui retire à tous les citoyens de race juive la jouissance de leurs droits civiques. Quelques jours plus tard, un autre entrefilet annonce le vote d'une autre disposition dénommée « loi sur la protection du sang et de l'honneur allemands », laquelle interdit les mariages entre juifs et Allemands. Les unions déjà à contractées seront automatiquement dissoutes et les relations sexuelles entre les deux races désormais bannies. La nouvelle loi défend par ailleurs aux juifs d'employer à leur service des domestiques allemandes âgées de moins de quarante-cinq ans.
pp 112
... dans la patrie de Goethe, de Kant, de Nietzsche, de Rilke, au pays de Wagner e de Beethoven, un seul homme (Hitler) est parvenu à convaincre soixante-dix millions de « monsieur tout-le-monde » qu'ils constituent tous ensemble une race de seigneurs ! C'est extraordinaire, non
L'admiration de l'ancien étudiant résonne à travers le salon.
- Nous devons copier Hitler, conclut-il. Pour balayer leurs craintes, nous devons convaincre nos compatriotes blancs qu'ils appartiennent à une race supérieure.
- Je suis complètement d'accord avec Hendrik ! s'exclame aussitôt le représentant de l'Église hollandaise réformée. N'est-ce pas Dieu Lui-même qui a proclamé la supériorité raciale des Afrikaners lorsqu'il leur a donné comme une Terre promise ce morceau d'Afrique, comme il avait naguère donné aux Hébreux la terre d'Israël ? Du fait de ce cadeau, les Afrikaners se sont trouvés investis d'une mission divine : séparer les différentes races et cultures de ce pays pour que chacune puisse fleurir et s'épanouir dans un lieu particulier choisi par Dieu. Les Bantous au Transkei, les Zoulous au Natal, les Xhosas au Transvaal, les métis et les Indiens ailleurs... Mes amis, je suis certain d'être l'interprète des théologiens de notre Église quand je vous affirme qu'instaurer un apartheid dans ce pays ne sera ni un péché ni un crime. Ce sera au contraire une façon de servir la volonté divine qui veut que soient séparés les différents peuples vivant sur cette terre. Les Afrikaners trouveront en outre dans l'apartheid un rempart idéal protégeant leur race élue par Dieu pour dominer le reste de sa créa¬tion.
- Piet, as-tu réfléchi à la façon dont nous devons convaincre les Afrikaners de leur appartenance à une race supérieure ? s'inquiète alors Malan.
- Bien sûr ! Tout d'abord par un minutieux travail de terrain. Il faut mobiliser tous nos pasteurs, nos dominees, pour qu'ils organisent dans toutes les paroisses du pays des séminaires, des colloques, des séances de réflexion, des débats. Cela va prendre des mois, peut-être des années. Mais au bout du compte, nous aurons formé une armée de croisés prête à partir à la conquête du Graal !
L'allusion au vase symbolisant la marche mythique de l'homme vers sa rédemption allume un sourire sur toutes les lèvres. C'est alors que se fait entendre une voix restée muette jusqu'ici. Le naturel plutôt réservé de l'ancien maçon de Johannesburg Henning Klopper était bien connu de ses compagnons, ce qui rendait toujours ses interventions particulièrement attendues. Bien qu'il n'ait pas été un témoin oculaire des grand-messes hitlériennes, Klopper était probablement l'un des Sud-Africains qui connaissait le mieux les techniques utilisées par Hitler pour jeter l'Allemagne dans les tentacules de l'hydre nazie.
-- C'est par une vaste mise en scène à base de symboles autant que par la prédication d'une idéologie que Hitler a réussi à envoûter le peuple allemand, déclare-t-il posément. Il y a, dans le style employé par le chef du IIIe Reich, un modèle qui devrait inspirer nos responsables politiques. Or, comme le sait mieux que quiconque notre cher Daniel François Malan ici présent, une certaine apathie semble paralyser ces jours le petit peuple blanc. Pour le secouer, sans doute faudrait-il ressusciter devant lui quelques grands mythes de son histoire...
pp 228
Les descendants du peuple choisi par Calvin pour répandre la religion chrétienne sur la terre d'Afrique ont réussi la plus colossale déportation de population de l'his¬toire de l'humanité.
Le Cap, cette pointe extrême du globe où avait un jour d'avril 1652 commencé la plus grandiose et féroce des épopées coloniales. Le Cap, la ville qui avait vu partir le peuple d'une nouvelle Alliance vers une Terre promise au coeur de l'Afrique. Que sait-elle, cette éblouissante ville-jardin flottant comme une utopie dans l'odeur des pins, de la tra¬gédie qui se déroule dans le pays dont elle reste le symbole de toutes les douceurs? Que sait-elle des souffrances infligées par Vorster et ses tortionnaires de l'apartheid au peuple des kaffirs? Bien que son Parlement ait instauré le plus terrifiant arsenal de lois jamais votées contre la liberté, elle sait peu de chose en vérité. À part l'éviction des habitants de sa banlieue de District Six et des déportations répé-tées dans quelques camps de squatters des environs, la ville ne connaît pas l'ombre d'une confrontation raciale.
Ce live à auteurs multiples est un trésor de références. De ces divers auteurs, je connais Lytta Basset et Lama Puntso, tous deux rencontrés à l'occasion de seminaires dans le finistère pour l'une et en Dordogne pour l'autre.
pp 8 : "Tout se passe comme si la jeunesse, la santé et une intégration réussie étaient les conditions nécessaires pour bénéficier de la reconnaissance de tous. (BU)
"C'est affirmer que la dimension humaine d'une société se mesure à la façon humaine dont elle traite la fragilité de ses membres." (BU)
pp 24 : de la fragilité du cocon/coquille, une fragilité nécessaire et une solidité qui protège notre enfance "...un jour, il va falloir que ces oeufs puissent casser sous les coups léger des petits canards qui auront grandi" (MB)
pp 25 : "Le sabbat est fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat" (MB)
pp 39: Fragilité d'une soignante " quand un homme particulièrement costaud et violent arrive,.. c'est moi qu'on envoie... il n'a tellement rien à craindre de moi qu'il arrête de s'agiter. Ce que la force ne peut pas, la fragilité le peut. (MB)
pp 41 : "l'homme affranchi de l'ordre du temps" (MB)
pp42 : "Nous devon en finir avec le christianisme, avec cette peste, la pire maladie qui nous ait atteint dans toute notre histoire, qui a fait de nous les plus faibles dans tous les conflits. (Heinrich Himmler - Discours secrets)
pp 43 : "deux fragilité, une bonne et une mauvaise. La bonne est toujours du côté de l'acceptation des différences et des limites, et finalement de la mort. La mauvaise fragilité peut se résumer en un mot : la peur. (MB)
pp 48 : rupture du pain : "Klao, ce n'est pas partager. C'est briser, casser. Comment le pain serait-il symbole, s'il n'était pas brisé, cassé?" (MB : La Cène)
pp 55 : "... le désir comblé,et la marche achevée signifient plutôt la mort que le sommet de la vie." (EL)
pp 70 : "La fragilité n'est pas un bien en soi, elle est la condition de l'engendrement, donc de l'émergence, du radicalement nouveau." (EL)
pp 80 : "A l'heure où prier ne se peut pas, s'employer à devenir vigilant. C'est premier : "Veillez et priez", disait Jésus." (LB)
pp 97 : "La perte est individuelle mais le deuil est collectif, souligne Boris Cyrulnik. (LB)
pp 112 : "Ce n'est pas de la méchanceté des méchants qu'il faut s'étonner, mais du silence des bons" (Martin Luther King cité par JV)
pp 127 : "une réanimation commencée ne doit pas être arrêtée...» Comment faire? Il faut attendre qu'une équipe hiérarchiquement plus outillée vienne à la rescousse, autrement il ne faut pas la commencer. Mais si l'on décide malgré tout de le faire, alors il faut avoir prévu toutes les évolutions possibles, et être prêt à y faire face quoi qu'il se passe, même si cela prend des heures. Sans cela, sans cet engagement à aller jusqu'au bout, ce n'est qu'une manière pour le réanimateur de se faire plaisir. (XE)
pp 137 : Il faut introduire du symbole tout le temps entre les êtres, c'est ce qui permet d'explorer nos propres ressources. Justement dans ces contes populaires, les fleurs, comme celle que m'a offerte ce paysan bourru, sont un symbole très puissant ! Et c'est parce qu'il y a tous ces symboles que le geste de ce paysan a pu avoir du sens, qu'il a pu nous mettre en relation tous deux, même si nous appartenions à deux mondes radicalement différents. Or le danger actuel, c'est que notre société perd ses clés de la ritualisation et du symbolique qui sont des représentations, comme disait Jung, des archétypes de l'inconscient collectif, ce tré¬sor que l'humanité a accumulé au cours des âges. (XE)
pp 147: Au Samu social, je disais toujours à mes équipes que la juste distance de la relation sociale, c'était de se tenir à cinquante centimètres l'un de l'autre : « Si vous êtes à quarante-neuf centimètres, vous êtes trop près, vous allez être dans la fusion et vous allez tomber ; si vous êtes à cinquante et un centimètres, vous êtes trop loin, vous allez "techniquer", vous allez banaliser. » La juste distance, c'est accompagner sans sombrer, mais sans être non plus un technicien qui cesse de réfléchir et de se poser des questions. (XE)
pp 156 : "On connait la blague de carabin sur la différence entre Dieu et un chirurgien: Dieu, lui, ne se prend pas pour un chirurgien..." (J-M G)
pp 159 : "Exprimer son émotion ou sa fragilité, c'est se laiser entrainer sur un terrain que tout sysyteme, depuis la formation initiale jusqu'à l'accès au postes de responsabilité élevée, interdit de fréquenter." (J-M G)
pp 171-2 : Un des aspects de l'enseignement du Bouddha (mais à mon sens un aspect essentiel dans l'approche de la fragilité) est la contemplation de l'impermanence afin de la rencontrer vraiment, de l'intégrer en profondeur.
... des méditations auxquelles nous invite le Bouddha afin de nous libérer du déni de l'impermanence, une des sources de nos fragilités. (LP)
pp 174 : Une des traductions possibles du terme « méditation » à partir du tibétain est « entraînement », ou « familiarisation ».
La méditation est un chemin qui nous permet une rencontre en profondeur avec nous même, une rencontre avec la réalité de notre être. (LP)
175 : Des qualités pour transformer la fragilité
Face à la fragilité de l'autre, le Bouddha nous invite à développer la compassion. Et s'il y a bien un point qui rassemble les différentes religions, aussi bien que les approches humanistes, c'est cette notion d'amour et de compassion. Il y aurait beaucoup à en dire, mais l'aspect qui, me semble-t-il, concerne vraiment la fragilité de l'autre, c'est la générosité. Elle consiste, d'un point de vue bouddhiste, à rassembler les circonstances qui vont permettre à l'autre de mieux vivre, de mieux faire face aux situations de vie, et d'utiliser cette fragilité dans le but de se libérer. La générosité, c'est ce qui donne à l'autre l'occasion de faire de sa fragilité un chemin.
À cela le Bouddha ajoute deux autres qualités essentielles, intimement liées à la générosité : l'éthique et la patience. (LP)
pp 176 : La traduction du mot "courage à partir du thibétain est "effort enthousiaste" (LP)
pp 196 : C'est un roi chrétien (Le Négus, roi chrétien d'Abyssinie) qui va abriter les premiers musulmans pourchassés par l'aristocratie guerrière, hautaine, de la Mecque ! (EG)
pp 198 : Une autre catégorie de faibles, d'êtres fragiles, ce sont les parents. : le Coran revient à plusieurs reprises sur cette dette onthologique qu'ont les enfants à l'égard de leurs parents (EG)
pp199 : Parmis les être faibles devant l'homme, il faut mentionner les animaux qui partagent avec l'homme l'âme vitale (le rûh) (Islam)
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4e de couverture
LA FRAGILITE
faiblesse ou richesse ?
sous la direction de Bernard Ugeux
Notre monde semble souvent vouloir n'offrir qu'un seul visage : celui de la pleine santé, de la jeunesse, de la prospérité, du succès. Mais ce qui apparaît chaque jour, à travers les épreuves qui s'offrent à la société et à nos vies, c'est la fragilité de l'humain.
Accepter sa fragilité, accepter d'en parler, c'est refuser d'emblée de céder à la tentation d'une position factice et toute-puissante. C'est permettre également de ne pas se laisser aller à une posture victimaire, à la glorification de la faiblesse.
Tout au long de cet ouvrage, psychanalystes, médecins, spécialistes des religions et de l'économie explorent les facettes de la fragilité. Celle-ci dévoile alors ses richesses insoupçonnées, en même temps que se dessine le vrai visage de la force : celle d'une humanité consciente de ses limites, mais aussi de ses ressources.
Illustration :
© Groupe Composer
9 "782226"191311"
61 3591 7 ISBN 978-2-226-19131-1
12 € TTC
La pointe de ce livre est peut-être dans la toute fin du livre de cette histoire de l'élaboration de la doctrine sur la nature de Jésus : Le repère commun à tous les Chrétiens : La foi des apôtres qui en leur temps n'avais élaboré aucune doctrine et pourtant furent de vrais croyants en la personne de Jésus.
Nul doute également que le pouvoir politique a été le vecteur de la consolidation et du développement du Christianisme, au delà même des attentes de Constantin car dans le temps il est arrivé que l'Eglise prenne le pouvoir sur le politique et/ou les royautés en place.
Extraits :
pp 12 : C'est pour des raisons éminemment politique que Constantin convoque en 325 le concile de Nicée
pp 22 : L'évangile le plus ancien est celui de Marc. Ce dernier auquel la tradition accorde la paternité du texte n'est pas un apôtre, mais un disciple de Pierre dont il se fait l'interprète.
pp 29 : On appelle Torah les cinq premiers livres de la Bible juive, c'est-à-dire le Pentateuque. Ces livres racontent l'histoire de l'humanité et du peuple juif de la Création à la mort de Moïse. Il s'agit de la Genèse, de l'Exode, du Lévitique, des Nombres et du Deutéronome.
pp 109-110 : DES CHRÉTIENS CHEZ LES PAÏENS
En fait, le grand paradoxe de la vie chrétienne se trouve magistralement résumé dans un écrit célèbre, la lettre à Diognète (fin du IIe siècle), dont l'auteur est resté anonyme : « [Les] chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par leur pays, ni par leur langage, ni par les vêtements. Ils n'habitent pas de villes qui leur soient pro-i» ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire leur genre de vie n'a rien de singulier [...]. Ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s'acquittent de eus leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur ait une patrie, et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n'abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils partagent tous sème table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre l'emporte en perfection sur les lois. Ils aiment tous les hommes, et tous les persécutent. On les méconnaît, on les condamne on les tue et par là ils gagnent la vie. Ils sont pauvres et enrichissent un grand nombre. Ils manquent de tout et surabondent en toutes choses. On les méprise et dans ce mépris ils trouvent leur gloire. On les calomnie et ils en sont justifiés. On les insulte et ils bénissent. On les outrage et ils honorent. Ne faisant que le bien, ils sont châtiés comme des scélérats. Châtiés, ils sont dans la joie comme s'ils naissaient à la vie [...]. En un mot, ce que l'âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. »
Autrement dit, les chrétiens sont dans le monde sans être du monde.
pp 120 : par la parole (raison créatrice de sens), l'homme parvient à se représenter la réalité, à lui donner un sens.
pp 148 : Marcion : le rejet des origines Juives de Jésus
pp 159 : Le gnosticisme : "Simon le sage?" (acte des apôtres 8, 9-25) exerçait la magie et jetais le peuple de Samarie dans l'émerveillement.
pp 163 : Plus connu, Basilide se fait le prédicateur de la pensée gnostique dans l'Alexandrie bigarrée de la seconde moitié du IIe siècle. L'Egypte a d'ailleurs été particulièrement imprégnée par le gnosticisme - ce n'est sans doute pas un hasard si on y a retrouvé l'important corpus de Nag Hammadi - dont le haut niveau intellectuel ne pouvait manquer de séduire les Alexandrins cultivés. Basilide fonde une école si réputée que l'on en entendra encore parler au début du IVe siècle, et il est de surcroît l'inventeur d'un nom appelé à une immense fortune parmi les cercles ésotériques, mais pas seulement : celui d'Abraxas, qu'il donne au Dieu suprême. Les lettres de ce mot, additionnées selon leur valeur numérique en grec, donnent le nombre 365, sensé symboliser la création ; il est devenu notre « abracadabra». Auteur assez prolifique, Basilide aurait écrit en Entre sa propre version des quatre Évangiles, ainsi qu'un commentaire sur ceux-ci en vingt-quatre volumes, les Exegetica, dont il ne nous reste que quelques fragments.
pp 165 : La gnose et les femmes
Avant d'en venir à la christologie de la gnose, j'aimerais tenter d'éclaircir un point qui prête à confusion depuis le succès planétaire du Da Vinci Code : les femmes et la gnose. Reprenant des thèses répandues depuis quelques décennies, Dan Brown oppose la « misogynie » de la Grande Église au « féminisme » des gnostiques. La question est beaucoup plus complexe : en effet, les gnostiques ont une vision de la femme éminemment paradoxale, et cette vision est d'autant plus difficile à synthétiser qu'il existe de nombreux courants gnostiques et donc, à chaque fois, des nuances plus ou moins importantes dans leur approche de la féminité. On peut néanmoins résumer les choses ainsi : la pensée gnostique a une vision pessimiste de la femme, puisque, par sa capacité à procréer, elle permet à l'oeuvre du démiurge (le monde matériel, perçu comme mauvais) de perdurer. Du reste, c'est un éon (Du grec aiôn, « éternité », « entité divine ».) féminin, Sophia, qui a provoqué la naissance de ce démiurge néfaste, et c'est pour « rattraper » la catastrophe déclenchée par Sophia que Dieu va émettre un nouvel éon (masculin, cette fois) : le Christ.
pp 170 : La publication en 2006 de l'Evangile de Judas a placé cet ouvrage sous les feux de la rampe ! Loin de faire de l'apôtre un traître maudit qui livra le Christ aux grands prêtres, Judas y apparaît comme le disciple bien aimé de Jésus, récipiendaire de son enseignement surnaturel et qui n'a fait qu'obéir à la volonté de son maitre en le livrant afin qu'il soit délivré de son corps de chair.
pp 178 : ... le terme même d'"hérésie"n'est « stricto sensu », aucunement péjoratif, le grecque « hairesis » ne désignant rien d'autre que le choix ; or le choix est une chance, une preuve d'ouverture d'esprit, de vitalité, une invitation à la tolérance.
pp 181 L'Ancien Testament : De ce fait, les Écritures juives sont naturellement acceptées dans le corpus canonique. Jésus ne les lisait-il pas ? N'annoncent-elles pas le Christ et la Nouvelle Alliance ? Les chrétiens de la Grande Église utilisent donc la Bible juive, avec une prédilection pour sa traduction grecque réalisée au IIIe siècle avant notre ère, appelée Bible des Septante. Voilà qui constitue ce que l'on nommera, à la suite de Marcion, l'« Ancien Testament » : il comprend les cinq livres du Pentateuque (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), huit livres de pro¬phètes (Josué, Juges, Samuel 1 et 2, Rois 1 et 2, Jérémie, Ézéchiel, Isaïe, et le texte des douze petits prophètes), onze livres d'écrits (Ruth, Psaumes, Job, Proverbes, Qohélet, Cantique, Lamentations, Daniel, Esther, Esdras-Néhémie, Chroniques 1 et 2), auxquels s'ajoutent des écrits rédigés dès leur origine en grec (non en hébreu), et appelés « deutérocanoniques », car ils constituent une sorte de « deuxième canon » chez certains groupes juifs (Sagesse, Baruch, Maccabées 1 et 2, Judith, Tobie, le Sira-cide). Dès 160, la Septante est traduite en latin : on appelle cette traduction la Vêtus Latina (« Vieille Latine »).
pp 185 Le Nouveau Testament : Quoi qu'il en soit, et bien que l'expression « Nouveau Testament » (au sens que lui donne la Grande Église) apparaisse dès 200 sous la plume de Clément d'Alexandrie, il faudra attendre le IVe siècle pour qu'une liste précise d'écrits chrétiens canoniques soit édictée. C'est Athanase d'Alexandrie qui, en 367, recense les vingt-sept livres composant ce Nouveau Testament, liste confirmée par le décret du pape Damase en 382, puis par le second concile de Carthage le 28 août 397. Les écrits retenus sont les suivants : les quatre Évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean ; les Actes des apôtres ; quatorze lettres mises sous le nom de Paul ; sept épîtres dites « catholiques » (une de Jacques, deux de Pierre, trois de Jean, une de Jude) ; et la très controversée Apocalypse. Toutefois, la liste ainsi définie n'a pas force de loi, et si la plupart des Églises s'accordent peu ou prou sur ce corpus, des variations existent en fonction des communautés. (Du reste, aujourd'hui encore, toutes les Églises chrétiennes n'ont pas exactement le même canon biblique, tout dépend de la confession à laquelle elles appartiennent : protestante, catholique, orthodoxe...)
Ainsi, les efforts conjugués des théologiens de la Grande Église ont abouti à la mise au point, à l'extrême fin du II siècle, d'une Bible en diptyque, avec un Ancien et un Nouveau Testament. Ce diptyque, c'est Jésus qui en assure la cohésion, puisque aux yeux des Pères de l'Église, il est bel et bien le Messie annoncé par les prophètes juifs dans le Premier Livre.
186 Les apocryphes : une littérature de seconde zone ?
pp 269 : Constantin : "Le bien de notre empire dépend de la religion : une étroite connection rapproche ces deux choses"
pp 311 : Comme dit l'adage médiéval : La corruption du meilleur engendre le pire. (Excommunication en mars 2009 du médecin qui avorta la fillette de 9 ans violée au Brésil)
4e de Couverture : Comment Jésus est devenu Dieu
« Pour vous qui suis-je ? » Cette interrogation de Jésus à ses disciples n'a rien perdu de sa force. Les Évangiles laissent planer un doute sur l'identité de cet homme hors du commun : est-il un prophète ? le Messie attendu par les juifs ? le Fils de Dieu ?
De nos jours, le christianisme est pourtant la seule religion qui affirme que son fondateur est à la fois homme et Dieu. Comment les chrétiens des premiers siècles ont-ils progressivement été amenés à affirmer la divinité de Jésus alors que lui-même ne s'est jamais identifié à Dieu ?
Comment, à l'issue de débats passionnés, furent élaborés les dogmes de la Sainte Trinité et de l'Incarnation ?
Quels autres regards ont été rejetés comme « hérétiques » lors de ces virulentes joutes théologiques qui ont coûté la vie à certains ?
Quel a été le rôle du pouvoir politique dans l'élaboration du credo chrétien à partir du IVe siècle et de la conversion de l'empereur Constantin ?
Écrit comme un récit, cet ouvrage captivant permet de comprendre la naissance du christianisme ainsi que les fondements de la foi chrétienne et pose avec acuité la question centrale : qui est Jésus ?
Philosophe, Frédéric Lenoir est aussi directeur du
Monde des religions et producteur de l'émission « Les racines du ciel » sur France Culture. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la religion, dont La Rencontre du bouddhisme et de l'Occident (Fayard, 1999), Le Christ philosophe (Pion, 2007), Socrate, Jésus, Bouddha (Fayard, 2009). Il est également l'auteur de romans historiques traduits en vingt-cinq langues, tel L'Oracle délia Luna (Albin Michel, 2006), ainsi que de la pièce de * théâtre Bonté divine !
ISBN 978-2-213-63673-3
Jacques Philippe est membre de la Communauté des Béatitudes. Il a exercé en son sein d'importantes responsabilités (conseil général responsable des prêtres et des séminaristes, responsable de la formation des bergers). Prêtre depuis 1985, il prêche des retraites en France et à l'étranger.
« Ce petit livre veut aborder un thème fondamental de l'existence, celui de la liberté intérieure...
ISBN 978-2-84024-184 3
Ce livre est un cadeau de ma filleule que je remercie.
Dans une langue qui parfois date un peu, l'on trouve des idées intéressantes et quelques vérités fondamentales. Un certain vocabulaire entre acceptation et résignation, refus et maîtrise, peut générer des malentendus :
P11 : Il n'y a pas d'amour sans liberté : un amour qui procède de la contrainte, ou de l'intérêt, ou de la seule satisfaction d'un besoin, ne mérite pas le nom d'amour. .. la liberté donne son prix à l'amour... (J'ajouterai : le mal que l'on se donne)
P35 Bernanos : le Dialogue des Carmélites : « Surtout ne vous méprisez jamais. Il est très difficile de se mépriser sans offenser Dieu en nous. »
P78 : Le mal véritable n'est pas en dehors de nous, il est en nous
P80 Je préfère encourager le bien que de condamner le mal.
P106 : Quand à l'Amour il est aussi une décision, Cela va parfois tout seul d'aimer quand le désir nous pousse mais, bien souvent, aimer signifiera choisir d'aimer, décider d'aimer. Si non l'amour ne sera qu'émotion, superficialité, voir égoïsme et non ce qu'il est dans son essence profonde, Quelque chose qui engage notre liberté.
Pp 132 : Le piège de la loi : 136 : .. cette logique de la loi est source de mort...
P135 : La loi peut me conduire à l'orgueil.. elle peut me conduire au désespoir.
P137 : La loi nous maintient dans une mauvaise dépendance.
P144 : Le besoin d'être : On prétend assouvir un besoin d'être par l'avoir... le risque est grand d'une confusion entre l'être et le faire.
P145 L'homme libre, celui qui n' a plus rien à perdre.
Auteur : Frédéric Lenoir
4e de couverture :
Pourquoi la démocratie et les droits de l'homme sont-ils nés en Occident plutôt qu'en Inde, en Chine, ou dans l'Empire ottoman? Parce que l'Occident était chrétien et que le christianisme n'est pas seulement une religion.
Certes, le message des Evangiles s'enracine dans la foi en Dieu, mais le Christ enseigne aussi une éthique à portée universelle: égale dignité de tous, justice et partage, non-violence, émancipation de l'individu à l'égard du groupe et de la femme à l'égard de l'homme, liberté de choix, séparation du politique et du religieux, fraternité humaine.
Quand, au IVe siècle, le christianisme devient religion officielle de l'Empire romain, la sagesse du Christ est en grande partie obscurcie par l'institution ecclésiale. Elle renaît mille ans plus tard, lorsque les penseurs de la Renaissance et des Lumières s'appuient sur la « philosophie du Christ », selon l'expression d'Erasme, pour émanciper les sociétés européennes de l'emprise des pouvoirs religieux et fonder l'humanisme moderne.
Frédéric Lenoir raconte ici le destin paradoxal du christianisme - du témoignage des apôtres à la naissance du monde moderne en passant par l'Inquisition - et nous fait relire les Evangiles d'un oeil radicalement neuf
Frédéric Lenoir est philosophe, historien des religions et chercheur associé à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Directeur du magazine Le Monde des religions, il est l'auteur d'essais et de romans historiques qui ont connu un succès international. Ses ouvrages sont traduits dans vingt-cinq langues.
Aprés avoir pris une centaine de notes de lecture j'ai trouvé ce texte en fin de livre qui résume l'essentiel du message de Frédéric Lenoir. Je vous le propose donc en guise de commentaire.
Vous trouverez également ci-dessous le prologue qui "pose le problème" évoqué par l'auteur. Il évoque bien sûr une église révolue mais peut-on dire qu'il n'en reste aucune trace?
A vous de voir
Le Christ philosophe
P284 ...
Le message du Christ est donc un message religieux au sens le plus plein du terme (relier l'humain et le divin), mais un message qui relativise la religion extérieure au profit de la spiritualité intérieure. Les religions du tournant néolithique et l'avènement du monothéisme juif avaient désacralisé la nature. Jésus désacralise les religions. Il ne supprime pas pour autant toute notion de sacré : chaque être humain est sacré en tant qu'il vient de Dieu et qu'il peut retrouver sa Source - le Père, le principe premier, l'Un, le divin, l'Absolu, quel que soit le nom que l'on donne à la Transcendance - dans l'intimité de son esprit. Rien n'a dès lors autant de valeur que la conscience humaine: conscience libre qui cherche la vérité. Après le Christ, la religion est encore possible, mais à une seule condition : qu'elle accepte cette radicale autonomie des individus qui sont placés, dans leur conscience, seuls face à Dieu comme face à l'autre, ainsi que l'a bien exprimé Emmanuel Levinas.
Plus aucune médiation institutionnelle, plus aucun geste sacrificiel, plus aucun rituel n'est indispensable. Certes, les croyants peuvent se rassembler. Ils peuvent prier ensemble, partager la parole, chanter, effectuer des rituels. Mais ces gestes n'ont plus rien à voir avec des gestes religieux traditionnels censés avoir une efficacité immédiate en vue du salut. Le Christ fait comprendre à la Samaritaine que cette ère est révolue, que dorénavant tous ces gestes sont utiles, mais non plus indispensables puisqu'il n'y a plus de centre religieux.
Difficile liberté
Or nous avons vu que les chrétiens sont vite revenus à une attitude religieuse classique. Après la destruction du Temple de Jérusalem, ils ont commencé par se redonner un centre, Rome pour les chrétiens d'Occident, Constantinople pour ceux d'Orient, et ils ont remis l'individu sous la coupe du groupe, de la tradition. C'est d'ailleurs, à mon sens, la critique profonde qu'on peut adresser à l'institution ecclésiale : avoir survalorisé le moyen - l'institution, les sacrements, le magistère - au détriment de la fin, en arrivant parfois jusqu'à totalement la subvertir, comme l'a montré l'Inquisition. Elle a retourné le message révolutionnaire du Christ pour permettre à l'humanité de « retomber sur ses quatre pattes » comme dit Kierkegaard. Elle a déployé tout l'arsenal religieux traditionnel qui apporte à l'homme la sécurité d'une vérité unique, d'une morale intangible, d'un ordre cosmique et social, d'une pratique rituelle qui le protège des mauvais esprits ou lui assure son salut éternel.
Il ne sert cependant à rien d'accabler l'Église. D'abord il est difficile de reprocher à une religion de ne pas parvenir à dépasser la religion! Il est évidemment plus facile pour chaque chrétien de dépasser spirituellement la religion que pour l'institution, censée représenter et guider une communauté. Ensuite, elle est historiquement le fruit de la volonté de millions de chrétiens qui, à travers les siècles, ont formé sa doctrine et accepté son joug. La domination d'un petit groupe sur la foule ne peut s'exercer durablement que parce qu'il existe dans le peuple un désir de « servitude volontaire », pour reprendre l'expression de La Boé
P 285
de '. Le Grand Inquisiteur n'a sans doute pas tort lorsqu'il dit à jésus que l'être humain est un révolté qui préfère pourtant la sécurité à la liberté, # ce don funeste qui lui cause de tels tourments ». Il aura fallu attendre quinze siècles pour que cette exigence de liberté mûrisse au point de ne plus supporter la sécurité de la domination ecclésiale et rende l'individu autonome. Passé ce premier acte de libération, l'histoire moderne montre bien que les hommes n'ont effectivement eu de cesse de remettre cette précieuse liberté entre les mains de nouveaux tyrans : les États totalitaires. La leçon a été rude et il est probable que les Occidentaux ne retournent plus vers des totalitarismes religieux ou politiques. Puissions-nous maintenant ne pas nous tourner vers de nouvelles formes plus subtiles encore d'aliénation: celles par exemple à l'égard d'une idéologie de la consommation ou de la technique.
Rien en effet ne semble aussi difficile à vivre que la liberté. Non pas évidemment la liberté illusoire de pouvoir faire ce qu'on veut et qui peut très facilement nous asservir à nos pulsions ou nous faire dominer les autres. Mais la liberté intérieure qui nous rend réellement autonomes et responsables envers autrui. Or jésus, à travers son enseignement tel qu'il est retranscrit par les Évangiles, entend montrer que cette liberté vraie se réalise pleinement dans le lien à Dieu. Loin d'asservir l'homme, ce lien le libère. C'est évidemment incompréhensible pour un esprit moderne non religieux. Car toute notre philosophie de l'autonomie s>est justement construite en s'opposant à cette idée de dépendance à l'égard d'un ordre supérieur. C'est tout à fait vrai au niveau politique. Mais la liberté politique ne résout pas le problème soulevé par les philosophes de lAntiquité ou par le Bouddha : celui de la liberté intérieure. Comment être vraiment libre à ....
La suite est tout aussi passionnante et je vous encourage fortement à vous saisir de ce livre !
PROLOGUE
La légende de Dostoïevski
Jésus face au Grand Inquisiteur
« L'action se passe en Espagne, à Séville, à l'époque la plus terrible de l'Inquisition, lorsque chaque jour s'allumaient des bûchers à la gloire de Dieu. » Ainsi débute l'épisode du Grand Inquisiteur, dans Les Frères Karamazov, le chef-d'oeuvre de Dostoïevski. Bien que ne partageant pas la foi chrétienne de l'écrivain russe, Freud considérait ce roman comme « le plus imposant qui ait jamais été écrit » et l'histoire du Grand Inquisiteur comme « une des plus hautes performances de la littérature mondiale ».
Dans ce texte d'une vingtaine de pages, Dostoïevski raconte une légende : celle du retour du Christ sur terre, à Séville, au xvi' siècle. Il est apparu doucement, sans se faire remarquer, et, curieusement, tous le reconnaissent. « Silencieux, il passe au milieu de la foule avec un sourire d'infinie compassion. Son coeur est embrasé d'amour, ses yeux dégagent la Lumière, la Science, la Force, qui rayonnent et éveillent l'amour dans les coeurs. » Le peuple est comme aimanté et le suit dans l'allégresse. Il arrive sur le parvis de la cathédrale et ressuscite une petite fille que l'on s'apprêtait à enterrer. C'est alors qu'arrive le cardinal Grand Inquisiteur, le maître des lieux, qui a déjà fait brûler une centaine d'hérétiques en cette même place. C'est un grand vieillard, presque nonagénaire, avec un visage desséché, des yeux caves, mais où luit encore une étincelle. » Il a tout vu : l'arrivée de l'homme, la foule en liesse, le miracle. Il donne l'ordre de faire arrêter le Christ. « Si grande est sa puissance et le peuple est tellement habitué à se soumettre, à lui obéir en tremblant., que la foule s'écarte devant ses sbires. » On enferme le prisonnier dans une étroite cellule du bâtiment du Saint-Office. À la nuit tombée, le Grand Inquisiteur vient lui rendre visite, seul. « C'est Toi, Toi? l'apostrophe-t-il. Pourquoi es-tu venu nous déranger? » Le prisonnier ne dit rien. Il se contente de regarder le vieillard. Alors celui-ci reprend : « N'as-tu pas dit bien souvent : "je veux vous rendre libres. " Eh bien! Tu les as vus les hommes " libres ", ajoute le vieillard d'un air sarcastique. Oui cela nous a coûté cher, poursuit-il en le regardant avec sévérité, mais nous avons enfin achevé cette oeuvre en ton nom. [ ... ] Sache que jamais les hommes ne se sont crus aussi libres qu'à présent, et pourtant, leur liberté, ils l'ont humblement déposée à nos pieds. »
Puis le cardinal explique à jésus qu'il n'aurait jamais dû résister aux trois tentations diaboliques : changer les pierres en pains, se jeter du haut du pinacle du Temple et demander aux anges de le sauver, et accepter de régner sur tous les royaumes du monde (Matthieu, 4, 1 -11). Car, poursuit-il, il n'y a que trois forces qui peuvent subjuguer la conscience humaine : le miracle, le mystère et l'autorité. « Et toi tu veux aller au monde les mains vides, en prêchant aux hommes une liberté que leur sottise et leur ignominie naturelle les empêchent de comprendre, une liberté qui leur fait peur, car il n'y a, et il n'y a jamais rien eu, de plus intolérable pour l'homme et pour la société! [ ... ] Il n'y a pas, je te le répète, de souci plus cuisant pour l'homme que de trouver au plus tôt un être à qui déléguer ce don de la liberté. [ ... ] Là encore tu te faisais une trop haute idée des hommes, car ce sont des esclaves. [ ... ] Nous avons corrigé ton oeuvre en la fondant sur le miracle, le mystère, l'autorité. Et les hommes se sont réjouis d'être de nouveau menés comme un troupeau et délivrés de ce don funeste qui leur causait de tels tourments. [ ... ] Demain, sur un signe de moi, tu verras ce troupeau docile apporter des charbons ardents au bûcher où tu monteras, pour être venu entraver notre oeuvre. »
L'Inquisiteur se tait. Il attend avec nervosité la réponse du prisonnier qui l'a écouté pendant des heures en le fixant de son regard calme et pénétrant. « Le vieillard voudrait qu'il lui dise quelque chose, fût-ce des paroles amères et terribles. Tout à coup, le prisonnier s'approche en silence du nonagénaire et baise ses lèvres exsangues. C'est toute la réponse. Le vieillard tressaille, ses lèvres remuent; il va à la porte, l'ouvre et dit : " Va-t'en et ne reviens plus... plus jamais! " Et il le laisse aller dans les ténèbres de la ville. *
Une incroyable perversion
Cette légende du Grand Inquisiteur traduit en termes romanesques ce que fut en certains points essentiels la réalité de l'histoire du christianisme : une inversion radicale des valeurs évangéliques. Dostoïevski met l'accent sur ce qui lui semble le plus important dans cette trahison : le message de liberté du Christ a été rejeté par l'Église, au nom de la faiblesse humaine, afin d'asseoir son pouvoir.
4e de Couverture:
Saint Paul
Paul est surtout connu comme un champion de la conversion des païens. En réalité, l'homme d'action dut composer avec les pouvoirs publics et fut contesté par ses pairs. L'apôtre connut des échecs, et ceux-ci témoignent de l'individualisme des premières communautés chrétiennes.
Rechercher Paul à travers les portraits stéréotypés que nous en livrent les sources, c'est donc découvrir la différence entre un homme doté de pouvoirs surnaturels, comme l'attendaient les Grecs, et un charismatique qui les renvoie à Dieu. Derrière le portrait du saint apparaît alors une personnalité complexe : un homme qui resta attaché à ses origines juives ; un homme doué d'un sens évident de la communication, qui acquit une formidable maîtrise de l'espace politique romain. Un homme, enfin, qui partout suscita des attachements au point qu'on en fit le premier héros de roman chrétien.
Marie-Françoise Baslez, ancienne élève de l'École normale supérieure, professeur d'histoire ancienne à l'université de Paris-XII, est spécialiste d'histoire des religions dans le monde gréco-romain. Son livre Les Persécutions dans l'Antiquité (Fayard) a reçu le prix Chateaubriand 2007.
Nouvelle édition revue et augmentée
Commentaires à venir
LES ECRITS ESSENIENS DECOUVERTS PRES DE LA MER MORTE
Cadeau de ma fille chérie Olivia, ce livre trouvé chez un bouquiniste parisien m'a dabord impressioné de par son aspect vieillot et austère ainsi que par le sujet qu'il travaillait : Taduction et commentaires des textes Esseniens originaux.
En fait cette lecture est passionante et pleine d'enseignement. Si j'ai pu à un moment me poser la question, maintenant je sais avec certitude que Jésus n'a jamais été membre de cette secte qui pouvait être redoutable pour ses membres. Il est étonnant de découvrir les similitudes entre le parcours du fondateur de cette secte toturé à mort puis attendu comme le messie par les membres de la secte, entre le cérémonial du partage du pain et du vin pratiqué par la secte à chaque repas (1 siècle BC) et le signe laissé par le Christ aux chrétiens. Mais ils étaient à 1000 lieues de l'expression d'Amour et de miséricorde exprimé par le Christ. Dogmatiques et formalistes ils étaient à l'opposé de la liberté prêchée par Jésus.
Un point commun : ils faisaient peur à l'establishment des Juifs du temple d'une part et à la puissance occupante romaine.
Textes à venir
« La traversée de l'impossible »
Drôle de titre pour un livre qui finalement explique pourquoi et comment l'Amour est possible.
La demande de notre neveu Sam et future nièce Delphine de les accompagner pendant quelques mois sur le chemin de leur mariage nous a non seulement beaucoup touché, interrogé sur nous même mais nous a également donné l'occasion de creuser et découvrir des textes fondateurs, confirmé dans nos convictions et stimulé dans la recherche du vrai. Ci-dessous des extraits significatif de ces textes !
Le livre de Xavier Lacroix (EXTRAITS)
P 11
UN VOULOIR, UN ART, UN DON
Dans son premier moment, le lien naît du désir, de la rencontre entre deux désirs. De l'émerveillement devant la beauté de l'autre, de l'attrait des corps, de la correspondance entre deux psychologies. Mais, pour que le lien soit durable, encore faut-il passer du désir à la liberté, du psychique au spirituel. Dans l'alliance, ce ne sont pas deux désirs seulement, mais deux libertés qui se nouent. C'est là qu'intervient la volonté. Une chose est de désirer vivre ensemble l'unité, la souhaiter, la rêver, une autre est de la vouloir effectivement. Une chose sont les processus qui se passent en nous, le fonctionnement, les mécanismes de notre vie affective, une autre est ce que nous décidons, la fidélité à ce que nous avons décidé. Le lien conjugal n'est pas un « produit naturel », une chose toute faite. Il est une réalisation, une construction, une victoire sur la séparation, qui demande un effort.
Quoi que l'on dise, et que je suis loin de contester, sur la pesanteur réelle des déterminismes psychoaffectifs, il est certain qu'un élément déterminant dans la vie du couple sera le fait que l'un et l'autre veuillent ensemble construire le lien. En l'absence de cette ferme volonté, le premier obstacle sérieux balaiera le couple. Seule une volonté déterminée fera poser les gestes, qui coûtent parfois, nécessaires à la vie ou au salut du couple. Actes de parole vraie, de réconciliation, de réforme des comportements, de service, de solidarité. Je cite souvent cette jolie formule de France Quéré : « Les couples qui marchent sont ceux qui font marcher7 ».
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7 France QUERE, L'amour le couple, Centurion, 1992, p. 67.
P 12
D'où l'importance, pour cela, que le couple ait été fondé, fondé sur une claire décision, laquelle prend nécessairement la forme d'une parole qui fera office de référence, offrant un cadre, un point fixe dans les moments de turbulence. Cette parole a ouvert un avenir, fixé un cap, et il n'est nulle navigation qui ne se fixe un cap. Comme le disait le philosophe Sénèque, « il n'est nul bon vent pour celui qui ne sait où il va ».
Pour la clarté de l'engagement, il peut être bon de rappeler ici une différence entre savoir que l'échec est possible, ce qui est du réalisme, et laisser ouverte en soi la possibilité de vouloir autre chose, ce qui serait le cas d'une volonté qui, selon l'expression d'un philosophe, « loucherait sur sa propre faiblesse8 », envisageant d'avance de vouloir, d'elle-même, autre chose, au cas où..., se ménageant une porte de sortie. L'engagement conjugal comme pacte d'alliance est un acte dans lequel la volonté s'engage tout entière.
Il faut bien reconnaître toutefois que, si la volonté est déterminante, elle n'est pas toute puissante. S'il suffisait de vouloir durer pour y parvenir, les choses seraient plus simples. La volonté n'est pas toute-puissante, et cela pour trois raisons au moins.
(1) Elle ne peut pas s'autoalimenter. Elle doit recevoir son énergie de plus intérieur, plus originaire qu'elle. Croire que la volonté puisse être à elle même son propre moteur, cela s'appelle volontarisme.
(2) La seconde raison pour laquelle la volonté n'est pas toute puissante est qu'il y a en nous des résistances, des obstacles qui résistent à ce que nous voudrions faire. Ce sont tous les déterminismes ou les entraves intérieures dont nous faisons amplement l'expérience dans la vie de couple, dont la vie de couple est un des meilleurs révélateurs.
(3) La troisième raison est que pour faire vivre l'alliance, il faut être deux. Ce qui complique bien des choses ! Je ne peux vouloir à la place de l'autre. Je n'ai pas d'emprise sur sa volonté, ce qui est au fond une bonne chose.
Il ne suffit donc pas de vouloir durer, encore faut-il savoir comment s'y prendre. Autrement dit, cela relève aussi d'un savoir faire, d'un art. Et ce sera la deuxième dimension du lien.
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8 « L'amour qui louche sur sa propre faiblesse ressemble à la bonne volonté sans bonne foi qui connaît trop bien la limite du possible et de l'impossible ; cet amour-là est d'une bien inquiétante lucidité ! » Vladimir JANKELEVITCH, Les vertus et l'amour [1970], Flammarion, colt. Champs, p. 236.
P 13
Un époux en cours de divorce disait un jour à l'un de ses interlocuteurs : « Nous nous aimons, mais nous sommes incapables de vivre ensemble ». On peut en être incapables par une collection de maladresses, par des enchaînements de scénarios funestes, par l'enfermement dans des situations qui rendent difficile une avancée. Ils voudraient vivre ensemble, mais ils ne savent comment s'y prendre. Comme le disait un collègue de Louvain, thérapeute de couples : « Il ne s'agit pas d'amour, mais d'être capables de vivre ensemble. Et l'amour aide un peu' ». Au reste, l'amour lui-même n'est pas seulement un élan, une intention, encore moins un fluide magique. Il est, selon les termes d'un philosophe, un « artefact », une construction, un ouvrage, qui demande du talent, de l'inspiration. Un « art » au sens large et le plus ancien du terme, technè en grec, qui désigne un savoir faire, une compétence. « Les relations de couples sont sans doute plus riches qu'avant, mais elle demandent, en contrepartie, davantage de compétences », déclarait un autre spécialiste". Un « art » aussi au sens plus restreint de « beaux arts », c'est-à-dire entendu comme capacité à créer, à créer une oeuvre, une oeuvre belle. J'évoquerai ici quelques traits de cet art.
- Art de savoir dire « oui » mais aussi, et pour cela, celui de savoir dire « non ». Savoir s'affronter au désaccord, paisiblement, sereinement, sans le confondre avec le conflit, sans confondre non plus celui-ci, s'il advient, avec la crise, ni la crise avec la catastrophe ;
- Art de demander, de savoir faire connaître à l'autre ses désirs, ses attentes, ses déceptions ; sans que cela n'apparaisse comme une plainte, un reproche ou une accusation ;
- Art de recevoir et de donner. Certains ne font que l'un ou l'autre. Dans l'un et l'autre cas, c'est aussi dommageable. Le don, sous ses diverses formes, des plus grandes aux plus petites, est ce qui fait vivre le lien. Mais il n'est que l'envers de l'accueil de l'autre. Savoir se laisser aimer, apprivoiser, savoir reconnaître et dire que l'on a besoin de l'autre, savoir aussi donner sans alimenter l'égoïsme du partenaire si le don n'est pas réciproque. Il y a deux écueils possibles pour le don : l'avarice ou la prodigalité. L'avarice de celui qui ne sait pas donner, la prodigalité de celui qui donne sans sagesse.
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9 M. VANSTEENWEGEN, Colloque de l'I.N.T.A.M.S. Bruxelles, novembre 1999. Claude HERAUD, in La Croix, 27 février. 1998.
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- Art de savoir être homme et femme, dans le respect des différences, de la différence des genres tout particulièrement. Sans que l'un des deux n'impose son modèle à l'autre, ou ses critères, ou sa manière d'être. Savoir conjuguer égalité et différence, justice et dissymétrie... tout un art ! Savoir donner au partenaire de développer les harmoniques de sa masculinité ou de sa féminité (ou les deux). C'est d'un jeu subtil de ressemblances et de différences entre les conjoints que naîtra le profil unique, inédit de la différence sexuelle, différence qui prendra un visage singulier dans chaque couple, pour chaque couple, au-delà des stéréotypes.
- Art de cultiver le désir et la tendresse charnels, de leur trouver des ressources nouvelles, renouvelées, à chaque étape de la vie commune, par delà les élans des commencements. Il en est qui affirment que l'attachement tue le désir : l'art est alors de leur prouver le contraire en inventant une histoire et une harmonie propre à chaque couple, au delà, ici encore, des stéréotypes.
- Art de parler avec les enfants, et, ce qui est plus délicat, avec les adolescents, en trouvant une parole de père, une parole de mère, avec leurs différences, en discernant ce qui est opportun selon les moments et les étapes de la vie.
- Art de créer une communauté de vie originale, aussi singulière que les personnes qui la composent, où se partagent des joies communes, des moments de fête, des découvertes, cela suppose de l'attention, de l'imagination, de l'intuition. Je pense ici à cette parole sibylline du poète René Char:
« L' amour va du plus grand au plus petit 11. »
- Art d'exercer l'hospitalité, d'ouvrir la famille. La maison ouverte, la table accueillante, la conversation avec des amis, la place faite à l'hôte imprévu, tout cela fait partie non seulement de l'art de vivre, mais de la conjugalité elle-même, contribuant à la construire. La conjugalité ne se réduit pas à l'intimité.
On pourrait poursuivre, bien sûr. Je relèverai ici une question, celle de l'apprentissage de ces arts, en un temps où les familles sont plus
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11 René CHAR, Recherche de la base et du sommet [ 1971 ], Oeuvres complètes, Bibliothèque de la Pléiade, p. 717.
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isolées, moins intégrées, participant moins, en général, à un réseau de familles. Il faudra des lieux de parole, de confrontation, de partage d'expérience, d'encouragement, pour les jeunes couples tout particulièrement.
Mais nous nous rendons bien compte que, aussi important soit l'art ou le savoir faire, la réalité du lien ce qui le fait vivre, est encore au-delà. Il est bien évident que le lien n'est pas, ne saurait être le résultat de toutes ces pratiques, comme de recettes, encore moins le produit de techniques. Le lien n'est pas seulement une question de volonté ; il n'est pas seulement une question de savoir faire, il est d'abord le fruit d'un don.
J'ai évoqué tout-à-l'heure la notion de don au sens actif. Le don est créateur de liens, le don seul est créateur de liens, fondateur du lien. C'est en donnant à l'autre que je signifie le prix du lien pour moi et, ce faisant, je fais exister celui-ci. Le don réalise ce qu'il signifie, c'est-àdire la koinonia, mise en commun, la communauté, qui est un autre nom du lien.
En une culture où domine l'utilitarisme, c'est-à-dire la pensée selon laquelle seule la recherche de l'intérêt, de l'intérêt individuel, gouvernerait tous nos actes, il nous faut oser dire, avec plusieurs philosophes ou anthropologues, que le désir de donner est en nous aussi profond, plus profond même, que le désir de profiter. C'est très concrètement que nous en faisons l'expérience : dans la joie de donner. La joie est le signe que la vie grandit, la vie s'éprouve en donnant et se donnant. Vie, joie et don, ces trois mots sont indissociables. « L'amour est la circulation même de la vie comme don" ».
Il ne s'agit pas d'un don à sens unique : le don véritable n'est que l'autre nom de l'accueil. Le plus beau cadeau que je puisse faire à l'autre est de l'accueillir. Aimer, c'est précisément cela, l'expérience de recevoir en donnant et de donner en recevant. Cela ne signifie pas que l'on donne pour recevoir, ce qui redonnerait raison au schéma utilitariste. On donne pour que l'autre vive, pour que le lien vive, sans calculer. La joie de donner, celle de recevoir de l'autre ne sont pas le but de l'acte mais son fruit. Non le but d'un calcul égoïste déguisé mais le fruit d'un acte généreux.
` « Le don est l'acte même de l'amour. L'amour est la présence de la vie en tant qu'ouverture. Il y a équivalence pratique entre le don, l'amour et la vie ». Jean-Claude SAGNE, La loi du don, P.U.L., Lyon, 1997, p. 12.
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Mais, me direz-vous, de ce mouvement sommes-nous capables ? Sommes-nous capables par nous-mêmes de don authentique et généreux ? Telle est bien la question, la grande question, qui rejoint celle que nous posions au début sur la possibilité même du lien.
L'élan qui, le plus naturellement, suscitera la force de vouloir construire et de donner sera ordinairement ce que l'on nomme le désir. Désir dont nous venons de dire qu'il est désir de donner autant que de recevoir. Désir que l'autre vive, qu'il existe toujours davantage, désir de le connaître, à tous les sens du mot, y compris ce que l'on nomme pudiquement « le sens biblique du terme » qui se trouve être - et ceci est significatif - le plus incarné.
Mais il y a les ambiguïtés du désir, qui est loin d'être toujours pur et limpide, qui demeure toujours marqué par l'égoïsme et les représentations de l'imaginaire. Il a aussi et surtout les pannes du désir, les moments plus ou moins longs où il n'est plus sensible, où il est tourné vers ailleurs. Ce serait de la légèreté que croire que le lien puisse ne reposer que sur le désir. Il contribue à la précarité des liens, tous ces discours, fort répandus aujourd'hui, qui prétendent que le désir puisse être le seul ou même le principal fondement du lien. Pour tenir, pour durer, pour vouloir vraiment, il faut un autre ingrédient, un autre mouvement, une autre source.
En d'autres termes, nous avons l'intuition, l'expérience même que la gratuité et la générosité débordent les ressources de notre psychisme, de notre vie naturelle. Que l'amour comme don ne saurait résulter de la seule alchimie de notre vie psychoaffective. Livrée à elle-même, celle-ci reste immanquablement centrée sur l'ego, sur le moi et les intérêts du moi. Emmanuel Lévinas a osé écrire : « Le psychisme est égoïsme` ». Pour nous décentrer, pour entrer dans le mouvement qui nous conduit vers l'autre, il nous faut recevoir un élan, un dynamisme qui vient de plus loin que nous, pour nous conduire plus loin que nous. Qui nous allège de nous-mêmes, nous délie de nous-mêmes pour nous lier à l'autre. Cet élan est reçu, le mouvement par lequel nous donnons est luimême reçu, il est un don, un cadeau, en latin gratia, une grâce.
Comme son nom l'indique, la gratuité est fille de la grâce. L'un et l'autre terme viennent du latin gratia, faveur, cadeau. En vérité, nous recevons le mouvement même par lequel nous devenons capables de
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-3 Emmanuel LEVINAS, Totalité et infini, Martinus Nijhoff, 1968, p. 30.
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donner, de nous donner. Nous sentons bien que de ce mouvement, par nos propres forces, nous sommes incapables. « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime » (Jean 15, 13). Qui, de lui-même, est capable d'un tel don ? Un seul d'entre nous prétendrait-il en être capable par lui-même ?
Au fond, l'alternative est la suivante : ou bien le lien conjugal n'est que le résultat de l'intersection, de l'alchimie qui résulte de l'interaction entre deux psychismes, caractères, tempéraments, histoires, ou bien il est aussi le lieu d'affleurement, de révélation, de donation d'une vie autre, introduction à une vie nouvelle, plus originaire et plus universelle que celle de nos deux ego, la vie absolue, qu'en judéochristianisme nous nommons agapè, l'amour-charité.
De cette troisième vie, des non croyants ont l'intuition, l'expérience. Certains l'ont même nommée. C'est Vladimir Jankélévitch, philosophe agnostique, qui affirme : « La charité est fille de la grâce" ». Je ne sais pas quelle est la confession de foi de Shmuel Trigano, professeur à Paris X Nanterre, mais c'est dans un ouvrage de stricte philosophie, La séparation d'amour, qu'il écrit : « C'est comme s'il y avait toujours un troisième interlocuteur qui s'insérerait dans le face-à-face et l'ouvrirait du dedans vers l'ailleurs" ». Citons encore Jacques Lacan lorsqu'il suggère de manière énigmatique : « Pour que le couple tienne sur le plan humain, il faut qu'un dieu soit là16 ».
Le propre des croyants sera de pouvoir nommer la source du don, de nommer ce Tiers et de le célébrer en communauté, en faisant corps avec d'autres, en référence à une Ecriture, une histoire, une présence. En reconnaissant comme grâce le don de l'agapè et dans ce don l'initiative de celui que l'on nomme « Dieu" », mais qu'il est plus précis et plus proprement chrétien de reconnaître et de nommer comme Père, Fils, Esprit. Cela à partir de l'Ecriture et de la vie spirituelle concrète.
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Vladimir JANKELEVITCH, op. cit. p. 238.
Shmuel TRIGANO, La séparation d'amour. Pour une éthique de l'alliance, Arléa, 1998, p. 7 1.
16 Jacques LACAN, Séminaire, Livre 11, Seuil, 1978, p. 306.
17 « Dieu » est un terme abstrait, d'origine gréco-latine (de deus, lui même issu de Zeus). Ce n'est pas le nom de Dieu qui, pour la foi juive, est imprononçable (YHWH) et qui, pour les chrétiens, depuis l'Evangile, est « Père ». Chaque fois que je le puis, j'évite ce terme, pour lui préférer des termes qui renvoient davantage à l'expérience et à l'histoire de la foi : le Seigneur, l'Eternel, la Source de la vie, le Verbe, l'Epoux et, bien sûr, les noms trinitaires introduits dans ce paragraphe.
P 18
Le Père comme celui qui donne, la source cachée du don, celui u auquel renvoie Jésus lorsqu'il déclare, après avoir cité le chapitre 2 de la Genèse, « Ce que Dieu a uni... »
Le Fils comme celui qui se donne, la forme et le modèle du don, celui en qui le don prend corps et qui vient habiter le lien, comme il l'a promis en une parole que certains Pères de l'Église18 appliquaient au mariage : « Quand deux ou trois sont réunis (unis) en mon nom, je suis là au milieu d'eux » (Matthieu 18, 20).
L'Esprit comme don donné, qui donnera au lien souffle, respiration et énergie, en le libérant de ses esclavages, lui dont les fruits sont, selon les termes de saint Paul : « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi » (Gal 5, 22).
L'action de la grâce dans la vie conjugale peut se décliner selon deux registres, classiques dans la théologie chrétienne. Selon l'ordre de la création, de l'action créatrice, pour donner vie au lien, en suscitant le désir (au sens fort de ce mot), la joie, l'émerveillement de la rencontre ; mais aussi selon l'ordre du salut, pour sauver le lien des nombreux périls qui le menacent. « Toute histoire d'amour est une histoire de salut », lisais-je récemment19 Tout couple aura un jour ou l'autre besoin d'être sauvé, et il le sera de façon très concrète (c'est-àdire non magique ou irréelle) par les différents aspects du travail de la grâce : don de l'énergie pour recommencer, don de l'humilité pour demander pardon, don de l'espérance, de l'aide fraternelle plus large. Cette nécessité, en même temps que cette possibilité, d'un salut pour le couple, et donc pour la famille, est un des messages les plus originaux que les chrétiens aient à formuler dans les situations actuelles.
Il est bien vrai que ce don est livré à notre nature, et, comme le dit saint Paul, « ce trésor, nous le portons dans des vases d'argiles »
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18 CLEMENT D'ALEXANDRIE: « Qui sont les deux ou trois rassemblés au nom du Christ, au milieu desquels se tient le Seigneur ? N'est-ce pas l'homme, la femme et l'enfant, puisque l'homme et la femme sont unis par Dieu ? » (Stromates IL Y, 68). TERTULLIEN : « Entre eux deux, psaumes et hymnes retentissent. Le Christ se réjouit à cette vue et à ce concert. Il leur envoie sa paix. Là où deux sont réunis, il est présent lui aussi. Là où il est présent, le Mauvais n'a point sa place. » Ad uxorem, 9 (Sources chrétiennes n' 273, p. 150).
19 Alain MATTHEEUWS, « Les dons du mariage », Nouvelle revue théologique, n° 2, 1966.
p19
(2 Co 4, 7). Il ne faut donc pas oublier ou nier les limites de notre nature ou, en termes modernes, des déterminismes de notre vie psychoaffective, renforcés par le péché qui habite en nous. Vous connaissez la formule de saint Thomas d'Aquin à laquelle, dans le domaine de réflexion qui est le mien, je pense presque tous les jours : « la grâce ne supprime pas la nature, mais elle la perfectionne" ». Ne pas abolir la nature, dans l'ordre de ce qui fait la vie quotidienne d'un couple, nous mesurons la portée de ce que cela implique. C'est bien pourquoi l'échec est possible. De l'irrémédiable peut advenir, à cause de nos limites, aggravées et renforcées par le péché. Mais, en toute logique chrétienne, il faut ajouter aussitôt qu'il est difficile de dire quand une situation est vraiment irrémédiable. Aux yeux de la foi chrétienne, il n'y a pas de fatalité, une voie est toujours offerte. Tant que les partenaires restent sujets de la relation et s'ouvrent l'un et l'autre au don de l'Esprit, des ressources nouvelles peuvent apparaître.
Ni fatalisme, ni optimisme naïf, donc. Il nous faut bien voir que l'accueil du don de la grâce est au-delà de toute garantie, que rien n'est jamais acquis. Le salut du couple n'est pas de l'ordre de la garantie. Garantie et grâce sont deux termes antinomiques. Or, ce qui est au-delà de toute garantie est de l'ordre de la foi. La réception de la grâce n'est pas de l'ordre de l'évidence ou de la continuité d'un processus. La vie n'est pas un long fleuve tranquille. L'accueil de la grâce est un acte, acte de la liberté la plus profonde, acte qui est un pas, le pas de la foi.
Cela est très concret, existentiel même. Ainsi, dans la prière personnelle ou s'ils prient ensemble, les époux pourront-ils trouver une source de paix, un foyer d'énergie d'où ils recevront la force de parler, de pardonner, de prendre patience. Imaginons un conjoint en situation de crise conjugale ou de difficulté personnelle. Le voici devant le psaume 143 (versets 7 à 10) :
Fais que j'entende au matin ton amour,
car en toi je me fie ;
fais que je sache la route à suivre,
car vers toi j'élève mon âme.
Délivre-moi de mes ennemis,
Seigneur, c'est vers toi que j'ai fui
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20 Saint THOMAS D'AQUIN, Somme théologique, la, qu. 1, art. 8.
P20
enseigne-moi à faire tes volontés,
car c'est toi mon Dieu ;
que ton souffle bon me conduise
par une terre unie.
S'il fait vraiment siennes ces paroles, sa relation à la situation n'en sera-t-elle pas différente ? Il ne se fie pas en lui-même ou en son conjoint seulement, mais en une autre Source. Il est à l'écoute d'un autre amour, d'une autre dimension de l'amour. Il est en attente : d'une route, d'une délivrance, d'un enseignement, d'un souffle, d'une « terre unie ». Ne sera-t-il pas plus libre et plus fort par rapport à ses affects, ses angoisses, ses peurs ? Cette référence est prise presque au hasard. On pourrait en trouver tant d'autres dans les psaumes, à travers toute l'Ecriture... Pensons en particulier à la prière des époux au livre de Tobie. Autre illustration, aux incidences très pratiques : on sait que, dans les Equipes Notre Dame, mouvement de spiritualité conjugale, un point important d'effort est le fameux « devoir de s'asseoir ». Or, il est reconnu, et cela est très significatif, que ce moment est très difficilement mis en oeuvre par beaucoup de couples. Beaucoup alors peuvent témoigner, par expérience, qu'ils l'abordent beaucoup plus paisiblement, avec plus de confiance, s'il est vécu « à trois », selon l'expression d'un équipier, c'est-à-dire si la rencontre est placée sur le signe de l'invocation du nom du Christ, dans la foi en sa présence, en vertu du verset évangélique cité plus haut (« Quand deux ou trois... »).
Un livre de France Quéré :
En nous invitant à revisiter les raisons de notre choix, celui de la fidélité dans notre couple au cours des bientôt trente sept dernières années, nos neveu et (bientôt) nièce nous ont fait un superbe cadeau. Nous savions que ce choix de vie est toujours à refaire. Nous savions qu'il peut connaître ses obstacles comme bien sûr ses moments de certitude mais de confronter ce que nous avions vécu et vivons encore avec ce couple en gestation, exigeant et ouvert a été un merveilleux moment d'autenticité et d'optimisme partagé. Avec eux nous nous sommes senti comme à l'orée d'une aventure formidable qui restait à écrire pour les années qui nous seraient encore nombreuses, nous l'espérons.
Ce livre est un corollaire des questions et réflexions qui ont été les notres.
Merci Sam et Delphine
Patrice et Annick
4e de Couverture :
L'Amour Le Couple
La famille est un fait, une politique, un mystère. Tels sont les trois grands axes de cet ouvrage qui situe tout d'abord le couple dans son enracinement humain et historique, dans sa dimension sociale et éthique ensuite pour, enfin, le présenter comme mystère. Mystère de la gratuité qui ouvre à la grâce, mystère de communion qui ouvre au Dieu un et trois.
France Quéré, théologienne protestante, écrivain, membre du Comité national d'éthique, a déjà publié plusieurs livres touchant à ces questions.
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L'amour, le couple EXTRAITS
France Quéré
L'amour ne va pas seul
La souveraineté plénière de l'amour, si belle soit-elle en son principe, nous mène déjà dans un monde irréel. Sa nécessité n'entraîne pas sa suffisance. D'autres forces sont également sollicitées, des compétences précises que l'amour ne suscite pas par magie. Quand Jean Chrysostome dit que la famille est une petite église et Engels, une petite usine, ils désignent implicitement un ordre de relations interpersonnelles, une obéissance à une règle, une considération d'enjeux multiples, de ritualisations ou un faisceau d'activités et de répartition des rôles qui ne sont nullement gouvernés par l'amour.
D'ailleurs, quel sens prêtons-nous à ce mot? Il est chargé d'équivoques : est-ce l'ardeur d'une passion? Est-ce l'émoi tragique devant une possession impossible? Est-ce la sollicitude du dévouement? Est-ce la pure charité envers tout prochain? Sait-on seulement de quoi on parle?
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Chacun s'honore d'être fidèle à soi. Qu'est-ce que cela signifie? Cela signifie que la plus belle partie de nos pensées est celle qui est voulue et dont on a juré.
Alain
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Et quand on le saurait, l'amour n'est qu'un sentiment; il ne crée pas de position objective. Autant il suffit à des relations amicales, gratuites, ou franchement illégitimes et ne cherchant pas à se nouer autrement, autant la famille exige, à moins de sombrer dans la promiscuité, de mettre entre les conjoints un lien qui ne soit pas seulement sentimental, mais présente une consistance impersonnelle et soit indépendant des variations inévitables des humeurs. Qu'ils le veuillent ou non, les plus amoureux savent bien que si cette matérialité n'existe pas, leur union repose entièrement sur un acquiescement quotidien. Et c'est justement en raison de cette conscience qu'ils hésitent à prendre une décision définitive, qui leur retirerait le droit à la variabilité du libre arbitre.
Cependant maints d'entre eux m'ont confié que les querelles dans un tel foyer glissaient irrésistiblement vers l'éventualité d'une séparation, que l'un et l'autre savaient à portée de main : « Après tout, nous ne sommes pas mariés... » Les couples en demandent trop à leurs ressources propres et cette participation, délicieuse dans les commencements, parce qu'elle est soulevée par la puissance de leurs élans, finit par devenir aussi pesante qu'anachronique. À trop tirer sur le seul amour, sans l'appui d'une volonté formelle et présumée inamovible - ayant au moins force de loi -, les énergies d'un couple s'épuisent. L'essoufflement s'installe, suite à la volonté sans cesse interpellée au plus intime d'elle-même, à moins que la quotidienneté ne reprenne ses droits et engloutisse le primat supposé du sentiment sur la loi, mais quelle différence alors avec les ménages rassis dont on se moque? Bref, le sentiment ne suffit pas au sentiment. C'est trop d'intermittences, de variations, de lassitudes, de repentirs et de frayeurs, dont dépend le statut du couple. Ces tressautements ne composent pas la règle d'une vie. Autant la légitimité du « tout amour » brille au début de tels embrasements, autant ensuite et parce que nul foyer ne peut maintenir ses passions dans leur adolescence, cette simple association « date », exhibe une idéologie qui n'est plus de mise et complique inutilement une existence tout de même destinée à d'autres activités, d'autres rayonnements que ces hésitations indéfiniment étirées.
Quand ces couples nous disent: « Ce n'est jamais entre nous une affaire classée; il nous faut ranimer nous-mêmes et tous les jours nos sentiments », je crois qu'ils ont sur ce point raison. Tant d'autres négligent, parce que la vie les emporte, le culte de l'amour : ils ne s'accordent plus de moments où échanger leurs confidences, s'abandonner à la tendresse. Il est bien vrai que l'activité trépidante des deux conjoints leur fait peu à peu négliger les instants de secrets où ils retrouveraient le langage des premiers aveux et laisseraient parler leur coeur. A leur insu, un mur de silence s'élève, qu'ils ne peuvent plus traverser. Ils se parlent, échangent des informations, se consultent, tiennent des propos utiles, mais une timidité censure les mots de la tendresse, trop longtemps désertés. Et sans cesser de s'aimer, ils ont perdu la chanson.
Ce péril n'est pas conjuré par une discipline propre à ceux qui ne se marient pas. Eux aussi, passé les premiers émois, sont emportés par le tourbillon de la vie active. Leurs sentiments s'étiolent, la même retenue les émousse; à moins d'une prudence qui ne dépend que des tempéraments et non des modalités de l'alliance, la même déception taraude les coeurs, secrètement.
Amour et étrangeté
C'est aussi par naïveté- que l'on dit que l'amour n'est qu'une brassée de sentiments. Pourquoi le réduire à l'émotion des corps et des coeurs? Pourquoi l'enfermer dans le seul registre des passions? Il n'est donc pas fécond, il ne produit pas d'oeuvres, il n'a pas de parole, il n'institue rien, n'a pas d'effet et ne laisse pas de trace? Frileuse étroitesse, et qui ne le déclare vrai que sous les verrous d'une alcôve!
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L'amour, par sa nature, est plutôt anarchique et perturbateur. Chacun voit bien qu'il rompt une famille et en détache un rameau. Il suffit de remarquer que l'amour, en sa gloire, première, et en son admirable suffisance, repousse l'idée même d'un devoir comme indigne de lui, cherchant au contraire le libre consentement, toujours défait, toujours renouvelé par les jeux immémoriaux de la coquetterie. Etre choisi en chaque instant, et librement choisi, refuser pouvoir et pouvoir tout, telle est l'idée enivrante qui est la source des plus grands bonheurs et des plus grands malheurs en cette vie difficile. Il est vrai que le serment est naturel aux premières heures de l'amour; mais il est naturel aussi qu'on méprise le serment, qu'on en délie l'autre, qu'enfin on essaie témérairement ce pouvoir qu'on ne veut pas exiger.
Alain
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L'amour se donne des règles extérieures à lui-même, un modèle qu'il n'a pas sécrété; il se précipite, s'il est vraiment l'amour, vers des lieux et des circonstances où il n'est pas aimé: il intervient dans la violence et l'injustice. Il fait son souci de toutes les détresses du monde. Il puise ses inspirations, non dans ses émois, mais dans la terre ingrate où poussent l'ivraie et la misère. On le mutile en lui coupant ses ailes et en le tenant pour plus petit qu'il n'est, tout recroquevillé sur soi. C'est aussi trop présumer de ses énergies et pécher par étrange mépris que de le nicher seulement dans des rêves tout personnels, et comme si chacun était, devant ce brasier, l'unique maître de forge. Auguste Comte a exprimé une grande pensée : « Il faut des devoirs pour faire des sentiments. »
Amour libre, dit-on. Ce qualificatif est impropre. Libre de quoi? Aucune parenté n'est instituée, aucun lien objectif n'est noué. Dès lors, par quelle marque ce foyer se distingue-t-il de la société? Il n'y a rien de plus entre les conjoints qu'entre eux et leurs voisins de palier, sauf le sentiment. Les jours où celui-ci défaille, quelle force maintient l'unité? Si l'amour prime tout, qu'est-ce qui interdit de le suivre quand il va en zigzag? Insoutenable confusion, où triomphe un sophisme l'amour nous donne le droit de ne plus aimer!
Le sentiment ne crée pas une parenté. Cette inaptitude se décèle clairement dans les relations intrafamiliales. En n'épousant pas, je n'entre pas dans la famille de l'autre, et réciproquement. Les deux souches ont beau multiplier les amabilités, elles restent étrangères, et le jeune foyer n'a ni beau-frère, ni cousins par alliance ni, naturellement, beaux-parents.
Pareille indépendance favorise, dit-on, le libre amour. Elle n'en témoigne guère, à refuser ainsi le monde de l'autre, ses attaches, son passé, ses biens consanguins, l'éducation reçue qui a pourtant exercé son effet de séduction. Quant à éloigner la belle-mère, si elle est un dragon (est-ce inévitable?), le but est manqué. Le compagnon demeure fils sans devenir époux. Il n'a donc symboliquement pas quitté son père et sa mère et ne s'est pas attaché à sa femme, puisqu'il n'a pas introduit de parenté nouvelle. Sa filialité le maintient dans sa famille d'origine, stable et certaine, et il n'a à lui opposer qu'une union précaire et immatérielle, le tout sous couvert d'émancipation! Aperçoit-on le déséquilibre entre la grande dynastie incorruptible et cet agrégat labile? Fils et fille, frères et soeurs, parents sans doute à leur tour. Époux, jamais. Le lien essentiel, frappé d'originalité, parce qu'il permet de rencontrer un autre et d'échapper à l'identité des relations consanguines, est sacrifié. Les familles sont réduites à des gens de même sang. Elles n'ont plus la force d'accueillir symboliquement (matériellement oui, mais cela ne vaut rien dans l'ordre des représentations) l'étranger qui fait leur richesse, qui apporte littéralement un sang frais, et elles ne consentent plus à instituer de l'égalité. Sous l'illusion de la générosité et de l'ouverture, la mesquinerie prospère, avec la suspension du lien royal qui rapprochait deux êtres dissemblables, étrangers l'un à l'autre, et les apparentait par la volonté tout humaine de leur alliance.
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Il y a toujours à craindre pour un ménage trop isolé et qui se nourrit d'amour seulement. Ce sont des barques trop légères., trop mobiles au flot, sans lest. Et la sagesse par réflexion n'y peut pas grand-chose. C'est l'institution qui sauve le sentiment.
Alain
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Mille ans sont comme un jour
Ce sont parfois les mêmes qui disent qu'ils n'ont pas besoin d'autre secours que leurs sentiments et doutent que l'on puisse s'aimer si longtemps: au lieu des dix ans de durée moyenne, c'est cinquante qui les attendent. Leur appréhension se comprend: qui peut jurer de la perpétuité de ses feux? Aujourd'hui surtout, où des expériences précoces lui ont enseigné la fugacité des passions : qui aime tôt, lorsque sa personnalité est encore balbutiante, voit s'éteindre ses ardeurs aussi promptement qu'elles se sont allumées. Ces couples adolescents combinent leurs incertitudes. L'échec s'ensuit le plus souvent. Si donc la passion n'excède pas trois mois, comme l'affirment les psychologues attachés à des lycées, comment envisagerait-elle les cinquante années?
Mais l'argument du temps long manque de pertinence: on constate d'abord que la période fragile du mariage se situe au début, dans les sept premières années. Et surtout seuls ceux qui n'ont pas affronté la durée accusent le demi-siècle d'être long. La durée ne pèse que sous sa représentation imaginaire, lorsqu'on la voit s'étendre à l'horizon à perte de vue. Quand elle s'éprouve, c'est une eau qui coule et se perd; les heures, les jours s'enfuient, les semaines, les ans. Le propre du temps est sa disparition. Il n'est qu'un départ, et nous ne l'éprouvons que dans la mesure où il s'efface sans retour. La méditation grecque qui conclut à l'inexistence du présent reste vraie : l'infini du temps, ou sa surabondance se loge dans le passé, ou dans la projection de l'avenir, sans limite. Mais ces deux infinités sont des inexistences : le passé n'est plus, le futur n'est pas encore. La philosophie grecque du temps nul est confirmée par des journées qui s'annoncent remplies. Le couple travaille. Demandez-lui une heure : je n'ai pas le temps, répète-t-il. Ils n'ont pas le temps et ils craignent la durée! Ils n'ont donc pas devant eux cinquante ans, même si un jour ils fêteront leurs noces d'or. Ils ont à vivre cette célérité, la fraîcheur des instants, le glissement d'une heure sur l'autre, la nouveauté des matins, la jeunesse perpétuelle du temps qui ne sait que commencer. Chaque jour est le seul jour, peuplé d'événements uniques. Qui trouve le temps long s'ennuie. C'est dans son coeur qu'un rouage est usé. C'est lui qui est pauvre. Mais qu'il n'accuse pas la durée, mot de physicien, pas d'amant.
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Tout se précipite dans le passé, rien n'est immuable, rien ne demeure dans un présent qui lui-même ne demeure pas. Tu peux voir cette étoile morte depuis cent milliards d'années, c'est-à-dire qu'elle peut tomber sous tes sens, alors que tu ne peux pas connaître ce que contient la seconde qui suit celle que tu vis. On ne peut pas nous menacer du futur; on ne peut nous menacer que du passé.
Jean Giono
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La querelle est d'ailleurs étrange. Les activités propres à la famille exigent du temps, et sa crainte serait de n'en disposer assez. (Euvres lentes, rythmes imprescriptibles! Neuf mois pour faire un enfant, vingt-cinq ans de dévouement, d'attention, de services, d'exemples et de partages pour mettre debout un homme. Les travaux qui ne regardent pas la vie humaine participent de cette lenteur: l'acrobate s'exerce assidûment avant de s'exhiber sur scène, le virtuose pendant des années roule des gammes, le paysan ne force pas la loi des saisons, il sait attendre. Rien d'instantané ne s'accomplit, ni dans la croissance du corps ni dans les éclosions de l'esprit. Pourquoi traiter en ennemi le temps qui est l'allié principal de la fécondité humaine?
Un essai sans conclusion
Plus réaliste est l'autre raison invoquée : l'essai avant la décision, qui exercerait en quelque sorte une prévention du divorce. Nous vérifions que notre entente est solide par la meilleure preuve qui soit : la cohabitation. Si l'expérience est concluante, nous nous marions, avec confiance. C'est bien la phrase que j'ai le plus entendue dans mes rencontres avec de jeunes couples, et qui résume tout le projet : « On verra si ça marche. » Le procédé, quoiqu'il transgressât des usages sévèrement codifiés, en convainquit plusieurs parmi les aînés eux-mêmes: enfin un choix éclairé et raisonnable! L'enjeu principal de la vie, qui est le mariage, exigeait, par une convention incompréhensible, que l'on ne se connût pas avant que les verrous soient tirés! Comment avait-on pu si longtemps exposer des jeunes gens à cette dangereuse absurdité?
Or, les observations démographiques rendent un autre verdict: le nombre des divorces augmente, que la période probatoire était censée éviter. Comme si le mariage, en perdant son rôle d'inauguration, sombrait dans l'insignifiance et que l'on s'autorisât ainsi à le rompre sans raisons décisives. Qu'est ce qui explique cette friabilité accrue?
Outre la raison déjà indiquée, que le mariage comme tel perd sa signification puisqu'il n'introduit aucun changement dans l'existence quotidienne, et ne revêt plus qu'une valeur symbolique ou psychologique (entériner une décision), la démarche n'est plus la même. Toute passion a, tôt ou tard, besoin de réflexion lorsque des projets de vie commune se dessinent. Or, la cohabitation est précédée d'une période d'intimité lentement croissante, jusqu'au jour où elle devient effective. On se fréquente, on multiplie les sorties, puis les contacts, et par de fines gradations, l'assiduité se renforce et finit par aboutir à la vie commune. Le couple a suivi la pente d'une attirance partagée qui, par la force de son élan, avance toujours. L'attrait a mené le jeu. Inutile de procéder à des délibérations intenses, on ne s'ennuie pas avec cela dans la quête du bonheur. D'ailleurs, l'intimité a progressé par phases si petites qu'aucune n'a vraiment mis en demeure d'une réflexion radicale, dont dissuadait en même temps l'absence corrélative d'engagement. Tout est dans la simplicité d'un vivre ensemble. Aucun seuil qui sépare un avant d'un après, dans cette progression continue. Aucun pas de franchi, quoiqu'on avance, on reste à tout moment libre de se retirer et cette éventualité procure même un sentiment d'assurance, paradoxal, puisque c'est la possibilité de l'arrêt qui encourage le mouvement, et la rupture qui garantît la persévérance! Et comme ce régime où le désir gouverne, où la peur préserve le revirement, le choix du conjoint n'a plus besoin d'être aussi regardant que lorsque l'on savait que le cours entier de la vie était concerné au plus près par les sentiments naissants. Il sera bien temps ensuite d'aviser, se dit-on.
Une histoire se noue, les choses suivent leur cours. Un jour vient où le réveil est brutal: tôt ou tard, il faut réfléchir. L'« expérience » tant de fois invoquée est toujours ambiguë: elle sert d'épreuve et équivaut donc à une façon de questionner l'avenir, mais elle consiste elle-même en une réponse déjà donnée puisque la vie commune a commencé et souvent plusieurs années auparavant. Est-il, en cas de déception, si facile, sous prétexte que l'on n'a pas signé de papier, de conclure négativement l'essai?
L'échec serait radical. Si l'amour se renonce, un pan de la vie s'effondre aussi. On n'évite pas, la douleur ni même les complications administratives lorsqu'on a imprudemment marié les finances, en vue d'un achat important, en général un logis. L'idée de rompre en fait hésiter plusieurs, qui sentaient leurs sentiments se déliter : ils ne veulent pas en finir; ils s'aperçoivent que leur prudence n'éviterait pas le déchirement d'un divorce : tant d'habitudes, de projets, d'espérances s'étaient entrelacés! Alors, par un sursaut désespéré, ils se marient brusquement, attendant de la cérémonie qu'elle ravive les sentiments vacillants. Le recours à un agent extérieur fait en soi douter du résultat; les volontés personnelles ne prêtent pas leur concours. C'est elles qui importaient. De surcroît, ce sont les mêmes qui réduisaient le rite à une formalité superflue. Et ils lui demandent maintenant un pouvoir magique dont évidemment il est dépourvu! Encore heureux s'ils ne confient pas semblable mission à un enfant qu'ils conçoivent à cette fin. Le minuscule Monsieur Bons Offices échoue, bien entendu, et l'on punit cet incapable en le faisant naître dans un foyer divisé. Ils se marient donc. Tout, après, reprend comme avant, et, de guerre lasse, passé un ou deux ans, ils divorcent. D'où la floraison tout à fait propre à cette fin de siècle, de séparations survenant peu d'années après le mariage. Le taux en est élevé. Il y a trente ans, 13 % des mariages se soldaient par une rupture. Le nombre a doublé aujourd'hui. Cette friabilité des couples nous intrigue : que vaut la rigueur scientifique de l'essai annoncé? Ce n'était pas de la science, c'était du cinéma. Écoutons une fois encore la phrase clé : « On verra si ça marche. » On. Qui est: on? Je ne sais. Le pronom est indéfini: il n'y a pas ici de conscience responsable. Ils diraient : nous, ou : lui et moi, on percevrait des sujets. Ils se dérobent, non sans motif il n'y a pas de nous. Il n'y a pas de liaison entre lui et moi car il est exceptionnel que la déconvenue les saisisse ensemble et le même jour. L'un veut continuer, l'autre arrêter. Le pouvoir appartient, bien entendu, au plus fort. Non pas au plus persuasif, mais à celui des deux qui aime le moins. Il partira, s'il veut partir. L'autre ne restera pas, s'il veut rester. La formule est muette sur cette disjonction. Dès lors, s'esquive la principale objection qui est : et l'autre? Si vous ne l'aimez plus, sa douleur, son désir à lui sont comme anéantis dans la conscience de l'infidèle. Il juge que cet amour persistant est une billevesée, tandis que son absence d'amour à lui revêt une grande importance puisqu'elle entraîne un changement de vie. Le vide dicte sa loi au plein. Le rien, au tout. L'indifférence, à l'amour. Et comme ils ne sont pas protégés par les lois qu'ils ont négligées, le partant n'a pas d'indemnité à fournir, ni de justification. Il part, c'est tout. Ainsi faisaient les Romains. Cela s'appelle la répudiation. C'est le cadeau de la « liberté ».
Poursuivons notre pénible exercice grammatical : qu'est-ce que le ça de « si ça marche »? C'est l'amour. Derechef, un indéfini. On censure le mot « amour » qui jurerait à côté de ce verbe fonctionnel (« marcher ») que l'on appliquerait plus volontiers à un aspirateur ou une motocyclette. Les grands noms vont à la trappe, comme les grands pronoms. Tous les mots de la phrase sont piégés, même le discret si qui introduit à une décision hypothétique, comme dirait Kant, et non pas catégorique : le résultat est en effet subordonné à une condition. Il convoque une instance extérieure à la volonté et qui est l'événement, les caractères, je ne sais quoi encore. OÙ est la liberté, ainsi ligotée par les circonstances? Qu'on le veuille ou non, la formule a d'emblée altéré l'union. Elle a introduit la clause de la séparation dans le voeu même de ne pas se séparer. Une sournoise fissure travaille en silence. La relation n'est pas la même que celle qui pose avec fermeté une promesse que l'on sait cependant fragile. Mais au moins n'at-on pas inclus au départ l'éventualité que l'on abhorre le plus: l'échec. Cette volontaire imprudence contient sa vertu roborative. Où donc est la logique d'un propos qui, pour assurer la fidélité, a besoin de s'adosser à cette infidélité anticipée qu'est le droit de partir? La contradiction agit comme une sape.
Restent les deux verbes : « voir » et « marcher ». Ne s'agit-il donc que de voir et d'assister passivement au spectacle de la vie à deux, comme si l'amour était un film?
Acceptons la métaphore. Mais, alors, disons que les couples ne sont pas des spectateurs calés dans leur fauteuil, mais les acteurs et les auteurs du scénario. Le mot capital fait ici défaut: la volonté. Qu'est-ce que marcher et pourquoi y at-il des couples qui marchent, et d'autres qui ne marchent pas? Un avocat m'éclaira un jour en me disant, fourbu par tant de divorces, la différence entre les deux espèces : les couples qui marchent sont ceux qui font marcher. Le maître du destin est ici encore la volonté qui entend surmonter les événements de la vie comme les inconstances du coeur. C'est l'amour qu'il faut aimer, disait Augustin, et l'on comprend que la loi de Moïse, d'un sentiment passionnel et tumultueux, néanmoins fait un commandement. Et Alain: « Aimer, c'est vouloir aimer. » Il faut, bien entendu, nuancer. Certaines séparations sont inéluctables, qui dérivent d'une incompatibilité d'humeur - et parfois l'entourage admire la persévérance du couple à travers son épreuve. Une erreur de choix, une évolution défavorable, un coup de tête et un abandon entraînent des solutions obligatoires, et des victimes. Rien à dire devant cette fatalité, sauf, s'il est possible, que ces malheurs trouvent compensation...
La dette insolvable
Allons plus vite: il est des arguments sans solidité. L'illusion de ne rien devoir aux autres et de n'avoir pas de comptes à leur rendre qualifie assez bien l'individualisme régnant et sa puissance mensongère: ainsi certains croiraient, de bonne foi, qu'ils se sont faits tout seuls, qu'ils n'ont bénéficié d'aucun service et que tout ce qu'ils sont et font, ils ne le doivent qu'à eux-mêmes. Ont-ils décidé de naître? Ont-ils compté tous ceux qui, depuis leur venue au monde, leur ont été utiles pour se nourrir, se vêtir, circuler, se loger, se distraire, assurer leur santé et leur protection? Peuple obscur et besogneux que dédaignent ces princes! Quant à la culture dont ils bénéficient, elle écrase par le sentiment d'une dette insolvable. Nous disposons de quinze mille ans, au bas mot, d'oeuvres et de pensées. Nous avons droit à cette fantastique caverne d'Ali Baba, où les trésors de musique, de peinture, de poésie sont à notre disposition sans rien nous demander en contrepartie, pas même le moindre merci, qu'en effet nous ne prononçons pas; et devant cet amoncellement, nous disons ne rien devoir? Sans compter que ceux-là qui affirment ne rien devoir acceptent comme un dû les diverses prestations sociales.
Au demeurant, endettés ou pas, nous appartenons à la communauté humaine, dont rien ne devrait nous séparer, à plus forte raison l'amour, dont la fuite sauvage manifeste incompréhensiblement son étroitesse rechigneuse, et fait douter qu'il soit l'amour. Ces fuyards ont-ils conscience que l'amour conjugal est un privilège octroyé aussi par la société?
C'est hors de la famille et dans l'immense vivier où frétillent d'innombrables candidatures possibles que la quasi-totalité de nos congénères vont pêcher l'âme soeur. L'exogamie est la vertu du mariage occidental. Nous ne devons rien à la société? Nous lui devons notre élu, donc le mariage d'amour. Nous lui devons même l'illusion d'être délié de toute dette.
Enfin, ceux qui se plaignent de l'impersonnelle société, théâtre d'indifférence, pourquoi refuseraient-ils d'officialiser leur sentiment? Belle occasion, au contraire, de rendre cette société témoin d'un peu d'amour, et de lui faire acquérir la conviction apaisante que ces individus liés deux à deux tissent sa maille avec leur union et lui communiquent un peu de ce qu'elle manque.
Les deux liens familiaux
Le refus du contrat est plus sérieux. Il est naturel que les amoureux répugnent aux actes notariés. Que signifient ces conditions écrites? À quoi bon attacher ceux qui se sont rejoints librement? Rien de plus morne que ces signatures échangées, comme si les familles se méfiaient et exigeaient des garanties. Elles introduisent de la suspicion là où règnent sincérité et ferveur, et jettent de l'obligation sur les initiatives les plus spontanées.
Cette fâcheuse impression se conçoit, si l'on en reste là, en interprétant comme une prudence sordide ces témoins convoqués et ces registres ouverts et paraphés.
Mais le rite porte grand sens. Nous ne le comprendrons que si nous posons à nouveau des questions radicales : qu'est-ce qu'une famille? ou qu'est-ce qui nous apparente les uns aux autres? La plupart, ainsi interrogés, restent cois, comme s'ils n'avaient pas une famille par naissance, et sans doute une autre, par mariage. Les plus hardis finissent par lâcher que la parenté dérive d'un ancêtre commun et que la consanguinité des membres définit le groupe familial. Ils oublient régulièrement le second élément bâtisseur de famille, qui est l'alliance. Et leur oubli est la preuve de la disproportion qui existe entre les deux éléments. L'un est charnel, objectif, permanent, irréversible, royal en un mot. Vous ne répudierez jamais votre fils. L'autre paraît secondaire, adventice, sinon superflu. Il est fragile, sujet au parjure et à l'oubli, variable selon les sociétés, et ne possède aucun support matériel - qui dit alliance dit parole, mais qu'est-ce que la parole? Un déplacement d'air, un flatus vocis qui disparaît sans laisser de trace. Un lien fort, le sang, un lien faible, la parole, voilà le fondement de la famille, tragique en sa disproportion.
Que fait la tendance contemporaine? Elle affaiblit le lien faible. Cela ne demande ni astuce ni effort. Il suffit de supprimer le rite qui, en effet, est révocable. La famille se réduit alors à une lignée pauvre où se reconnaissent seulement les consanguins, c'est-à-dire les frères et les fils. Le reste a disparu. C'est-à-dire l'élément le plus intéressant parce que c'est celui qui apporte de la nouveauté, de l'étrangeté, qui empêche la reproduction du même, en cet accueil insolite autorisé par une parole.
Après mon filleul, ma nièce Myriam me gâte en me faisant découvrir ce livre que j'ai lu avec beaucoup de bonheur.
Que dire de ce roman si ce n'est que c'est un roman ! Mais comme le dit Marek Halter tout ce qu'en disent les évangiles se résument à quelques versets elliptiques... alors pourquoi pas tenter d'imaginer une autre Marie, loin des images prostrées et tout en confitures que l'Eglise nous a assénée depuis quelques siècles. Marie, une femme exceptionnelle oui mais une vraie femme en chair et en os avec ses désirs de liberté, son amour de ses semblables allant jusqu'à la mener à pousser au combat un rebelle chassé par l'occupant, faisant de la résistance à sa façon. Vraie ou fausse, cette revisitation du personnage de Marie nous ouvre à beaucoup de possibles qui nous la rendent très proche et nous donne envie de l'aimer et de l'admirer.
Dernière de couverture :
Marie
Existe-t-il une personne au monde qui ignorerait le nom de Marie, mère de Jésus, celle qui engendra le plus grand bouleversement spirituel depuis la naissance du monothéisme? Pourtant, ce que nous en disent les Évangiles se résume à quelques versets elliptiques et mystérieux.
Durant les années nécessaires à la rédaction de ce roman, dressant le portrait de « ma Marie », je me suis efforcé d'imaginer qui avait pu être cette Miryem de Nazareth, née en Galilée dans le chaotique royaume d'Israël en butte à l'occupation romaine.
Quels liens entretenait-elle avec la résistance et l'un de ses chefs les plus populaires, Barabbas? Quels rapports avait-elle avec les esséniens de Damas, la secte des thérapeutes? Et avec son lointain cousin Jean le Baptiste?
Né en Pologne, où le culte de Marie domine l'Église catholique, j'ai été depuis mon enfance fasciné par le destin de cette jeune juive à l'origine du christianisme. Un jour il fallait bien que je parte à sa recherche. Aujourd'hui, j'aimerais partager cette histoire passionnante avec vous. »
Marek Halter
Après la trilogie consacrée aux héroïnes de la Bible, Sarah, Tsippora et Lilah, immense succès en France, traduite dans vingt-deux pays, voici Marie. C'est le roman le plus surprenant de Marek Halter, depuis La Mémoire dAbraham.
Maurice Zundel
(1897-1975), prêtre suisse, mena une vie de prédicateur itinérant - en France et à l'étranger -, pratiquement inconnu de son vivant, Sa vision de l'homme, « libre de sois et de tout, (pourtant) se jeter dans les bras de Dieu qui est liberté » rencontre aujourd'hui l'attente d'un très large public.
Merveilleux petit livre ! La pensée achevée, certes, mais aussi l'élaboration de cette pensée. Le prêtre dans sa maturité certes, mais aussi l'homme en marche. A cet égard, « L'homme existe-til ? » nous comble tant l'échange rapide, sans développements, exigeant parce que constamment relancé, nous livre sans fioriture l'homme dans sa vivacité et la réflexion dans son jaillissement.
Le lecteur est invité à se mêler à l'échange entre « le journaliste » et l'auteur, alors à l'aube de son oeuvre. Certains thèmes sont éternels tant ils agitent le coeur de l'homme, d'autres qui ont sons doute vieilli permettent de vérifier que la lucidité de Maurice Zundel n'aura jamais été prise en défaut sons doute parce qu'elle s'enracinait dans une foi exempte d'idéologie, Rares sont les intellectuels qui battaient l'estrade durant ces années et dont les oeuvres peuvent être relues sans gêne aujourd'hui.
Il fallait rééditer ce livre, Il ne fallait rien couper. Voilà qui est fait !
L'Homme existe-t-il ?
« ...Son existence de robot, j'en tombe d'accord. Mais si c'est là toute notre existence: il n'y a pas d'homme et il est vain d'agiter à son propos aucun problème. Nous parlons dans le vide comme des perroquets, si l'homme doit exister, avec une charge spécifique d'humanité, cela n'est possible que dans une dimension d'être aucunement préfabriquée - où il devient capable d'assumer son robot sans le subir - et qu'il a seul le pouvoir de créer. »
Son existence de Robot ! Tout est dit L'homme naît robot tout sophistiqué que soit ce robot. Mais c'est lui également au coeur de sa liberté qui se crée homme par ses décisions, libre d'adhérer à celui qui l'a placé dans cet espace de liberté. Même ce qui semble relever de la liberté, règle de vivre en société ; règle éthique et/ou morales ne sont bien souvent que les règles d'une société qui s'autogére, un ensemble de robot qui tels des fourmis ou tout autre groupe animal assure sa survie dans la cohabitation et des règles appropriées.
De l'amour et des meubles
Vos meubles ne sont pas des objets juxtaposés n'importe comment, ainsi qu'il arrive dans une vente aux enchères. Ils gravitent autour de votre travail, de votre vie domestique, et ils comportent, de ce fait, une référence essentielle à vous-même et à tous les membres de votre famille.
Faisons un pas de plus. Dans cet ensemble où le mobilier explicite sa valeur, le centre à partir duquel se déploie toute l'ordonnance de la maison, c'est l'union conjugale, autrement dit: l'amour du couple,
Mais l'amour du couple ressortit à un ordre de réalité qui n'a aucun lien avec les meubles en tant qu'objets, disons, tels qu'ils sont exposés dans une galerie de vente. Leur harmonieuse distribution dans un ménage dépend donc, finalement, de l'accord du couple, de cet échange interpersonnel, toujours à réinventer, où s'actualise l'engagement nuptial.
Nous ne juxtaposerons donc pas les meubles et l'amour conjugal, mais nous dirons que le mobilier domestique s'insère dans une trame de sentiments qu'il reflète et qu'il symbolise autant qu'il en tire, aux yeux des usagers, son prix et son sens...
La nouvelle version d'affinitiz ne permettant plus d'associer image et texte, vous trouverez plus haut les illustrations correspondant au textes et n° ci-dessous sans lesquelles la démonstration n'est plus possible.
Christiane Desroches Noblecourt
Conservateur général honoraire Département des Antiquités Egyptiennes du musée du Louvre Grand Officier de l'Ordre de la légion d'honneur.
Au travers deux exemples ci-dessous l'auteur montre en un saisissant raccourci le passage de la mythologie Egyptienne à celle de l'époque Romaine du bas empire puis à la mythologie chrétienne.
Saint Christophe/Anubis
Le Chien Anubis accompagnateur du mort dans son voyage dans au travers les 12 portes des enfers égyptien vers l'ultime vie de l'au delà (photo n°1)
Le défunt de l'époque romaine toujours accompagné du Chien Anubis dans sa vie (voyage) dans les enfers. (photo n°2)
St Christophe à tête de chien de l'époque chrétienne : Il est le protecteur des voyageurs (cette fois-ci vivants) (photo n°3)
Autre illustration de l'influence des icones égyptiens sur la mythologie chrétienne :
Saint Georges/Horus vainqueur du monstre (Hippopotame-Crocodile-Dragon):
Ce qui suit est la représentation de Pharaon qui combat (et vainc) l'animal (esprit) malfaisant qui règne dans les eaux profondes du nil. (photo n4)
Sur ce bas relief, la personification de l'esprit mauvais apparait nettement au bout de la lance de Pharaon. Cet esprit a la forme de l'hippopotame. (photo n°5)
Dans l'image ci-dessous le cavalier romain a une tête de faucon c'est àdire de l'horus qui est la symbolique du pharaon fils d'Isis et d'Osiris le resuscité. L'animal malfaisant a déjà fait une première mutation: c'est maintenant un crocodile plus conforme à la bestiaire romaine bien qu'existant également dans l'univers de l'ancienne Egypte. (photo n°6)
Voici maintenant le Saint Georges que nous connaissons avec la présentation du mal conforme aux mythes chrétiens : le dragon!
Christiane Desroches Noblecourt
Conservateur général honoraire Département des Antiquités Egyptiennes (lu musée du Louvre Grand Officier de l'Ordre de la légion d'honneur.
LE FABULEUX HERITAGE DE L'EGYPTE
Quel est le point commun entre la brique, le jeu de l'oie, ~ l'alphabet, le calendrier, les animaux. des fables d'Ésope et de La Fontaine, le test de grossesse, les traitements de la cataracte ou de la migraine, les châteaux forts ou encore la symbolique chrétienne de la résurrection et de l'eucharistie ? Leur origine prend sa source au coeur de l'Égypte Ancienne.
Philosophie, médecine, techniques et sciences, théologie... ces disciplines fondatrices nous viennent toutes, en droite ligne, des 4 000 ans d'histoire de la civilisation égyptienne.
Pour la première fois, Christiane Desroches Noblecourt dresse un panorama étourdissant du legs unique et insoupçonné de l'Égypte ancienne à l'Occident, dans sa vie quotidienne comme dans ses fondements religieux et philosophiques les plus essentiels.
Dans une langue limpide et très accessible, la plus respectée et la plus audacieuse des égyptologues contemporaines propose aujourd'hui aux amoureux de l'Égypte une relecture passionante des influences qui ont façonné notre culture.
Cette démonstration nous incite à tourner plus que jamais nos regards vers une civilisation incroyablement féconde, indéniablement liée à la naissance de la nôtre.
Le fabuleux héritage de lÉgypte avance l'hypothèse fascinante d'une véritable origine égypto-chrétienne de notre civilisation.
Dans ces pages très personnelles, Henri Madelin livre ce qui constitue à ses yeux le coeur du christianisme. Sans concession, il inventorie quelques lieux significatifs où l'expression de la foi chrétienne, soumise à des questions radicales, souffre de malentendus ou d'incompréhensions: interprétation des textes bibliques, impérialisme des sciences, contestations philosophiques, dévalorisation du politique, violence des conflits dans un monde en voie d'unification.
Dans un tel paysage, il s'agit de mesurer à nouveau la pertinence de la foi et de l'utopie chrétiennes pour le devenir de l'humanité. En définitive, elles ne peuvent qu'être stimulées par les grands défis contemporains. Si l'on croit, sans que rien n'y contraigne plus, d'un coeur léger et avec toute son intelligence.
Henri Madelin, ancien provincial des jésuites de France, est enseignant au Centre Sèvres et à l'Institut d'études politiques de Paris, rédacteur en chef de la revue Études depuis 1995.
Le livre d'Henri Madelin est plein de phrases et citations comme celles qui suivent révélant un aspect nouveau d'une vérité ancienne, bien connue mais jamais circonscrite. Je vous en ai choisies quelques unes :
« Il est plus facile que l'on croit de se haïr. La grâce est de s'oublier. »
« Le doute suit l'âme comme l'hombre suit le corps. L'ombre n'empêche pas que l'on aille où l'on voudra, mais toujours fidèle, toujours présente.»
« Ascèse, c'est-à-dire renoncer à poursuivre d'autres buts pour se couler dans la recherche de ce qui est voulu comme le principal. .. La vocation des savants : écouter la longue patience du passé écoulé et les milliers d'années devant soi qui attendent encore dans le silence »
« L'heure vient - dit Jésus - où ce n'est ni sur cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père Jean IV 21-23 »
« Dieu a créé l'homme comme la mer a fait les continents : en se retirant. » Isaac Luria, La Kabbale.
« La dette à l'égard de ceux qui précèdent ne peut jamais être honorée vraiment ; elle se paye par la tendresse à l'égard de ceux qui viennent après soi. »
Nous avons au cours de notre vie Nique et moi, croisé quelques saints et saintes. Nous en gardons un souvenir émerveillé et émus. Ils ont tous en commun une grande humanité qui nous fait penser que la familiarité avec le Christ doit être quelque chose de suprêmement bon. L'un d'entre eux, le Père Mahé a été notre aumônier d'Equipe Notre Dame au Sénégal. Quelle surprise et quelle joie de voir ce petit livre consacré à sa vie, toute simple et héroïque entouré des plus déshérités. Jamais une critique, jamais un reproche à nous membre de l'équipe et patrons nantis s'il en était dans ce pays du tiers monde. Un jour il avait organisé une réunion d'équipe chez lui dans le bidonville de Gédiawaye près de Dakar où il vivait avec les « Déguerpis ». Quatre murs de planches mal jointoyées, une tôle ondulée en guise de toit. 35° à l'ombre, j'avais hâte que la réunion se termine. Il nous expliquait que la présence des rats qui lui rongeaient les bouts de pieds pendant qu'il travaillait le soir était ce qui le gênait le plus.
Il vit sa dernière ligne droite près de Chartre où nous comptons bien lui rendre visite.
Sur les traces de Marie et de Joseph, il avait «décidé, un jour, de se livrer comme Jésus, de se livrer à Dieu en se livrant aux hommes sans rien garder pour lui, et pour toujours ! Il avait décidé d'apporter consolation et libération à tous ceux qui souffrent et qui malheureusement sont souvent la proie de sauveurs de pacotille. Dans la pauvreté et la chasteté de son célibat, il a été solidaire de tous les sans famille par nécessité, des sans famille par handicap physique ou à cause de la méchanceté humaine : solidaire de tous les démunis, de tous les prisonniers, de tous les malades, de tous les marginaux. Son seul trésor, sa seule consolation: le Christ. »
En définitive, qu'a-t-il fait ? Que fait-il de plus que. la plupart des Prêtres et des Religieux ses frères, dont on ne parlera jamais ? De façon plus pittoresque probablement: c'est ce qui lui a valu ces pages consacrées, à travers son personnage, à ses confrères maristes, à ses compagnons prêtres, religieux et laïcs de France, d'Allemagne et d'Afrique, à tous les hommes de bonne volonté.
Dakar, 23 juillet 2000
Pour paraphraser les sophistes, l'on peut dire que le message d'Alain Etchegoyen dans ce livre est le suivant. « Ce qui est rare a beaucoup de valeur, la fidélité étant mise à mal sa valeur est de plus en plus reconnue. »
Il y a un passage très beau sur l'amitié. Il y a des développements intéressants sur la « résistance » à tout ce qui est éphémère, au temps qui file comme au fixisme. La fidélité qui désarme les analystes qui parient sur le changement et la séduction. Etchegoyen se réjouit de la dépolitisation et l'apparente infidélité, là où le totalitarisme et les partis perdent de la vitesse au profit d'une fidélité aux valeurs. Un livre intéressant par ce qu'il donne à penser des concepts et des idées reçues.
La force de la fidélité dans un monde infidèle
Alain Etchegoyen, normalien et agrégé de philosophie, est hauteur de nombreux essais qui lui ont valu notamment le prix Médicis et le grand prix de l'Académie française
Notre société et notre économie sont marquées par le développement d'infidélités croissantes, et notre existence en subit le contrecoup dans toutes ses dimensions: la religion, la politique, le couple, l'entreprise. Faut-il le regretter? Faut-il donner dans la nostalgie? Faut-il fustiger les infidèles?
Non, soutient Alain Etchegoyen dans cet essai. Car la fidélité, valeur reconnue depuis que le mot existe, change aussi de contenu. Souvent contrainte par le passé, souvent engendrée par des craintes ou des terreurs, elle est aujourd'hui librement choisie. Son contenu s'enrichit d'une bonne nouvelle: désormais, si l'autre m'est fidèle, c'est qu'il m'aime. Aussi la fidélité, plus rare et plus chère, devient-elle un véritable atout dans l'existence et un avantage compétitif dans l'économie... et dans la vie.
La force de la fidélité se substitue à l'inertie des fidélités anciennes.
Qui sont les patriarches, Abraham, Isaac, Jacob/Israël... Comment à l'époque de Salomon puis David les auteurs de l'époque ont-il réécrit (inspirés ?) l'histoire des tribut nomades ou semi nomades de l'époque patriarcale ?
Comment les Dieu des Pères se sont-ils fondus en El au Nord (Israël) et YAWEH au Sud (Juda). Voici un livre qui donne des clefs de l'histoire des ancêtres du Christ qui pour la plupart ont vécus des itinéraires qui ne se sont croisés que dans l'imaginaire des tributs puisque sur le papier des auteurs de l'époque des rois. On y retrouve également le désir de constituer une légitimité et un pouvoir centré sur les territoires des deux grands états Juda et d'Israël d'alors. Désir affirmé plus encore à l'époque du Roi Josias si l'on en crois les archéologues auteurs de « La Bible Dévoilée »
Bonne lecture
PS : Pour ceux que cela intéresserait, le livre étant épuisé à l'édition existe sous forme de fichier word.
L'Épître aux Hébreux nous offre en exemple la foi d'Abraham, d'Isaac, de Jacob. Que furent nos ancêtres dans la foi ?
Si, dans un premier moment, l'histoire moderne détruit l'image traditionnelle que nous avons des patriarches, elle sait aussi mettre en évidence la profonde signification théologique des traditions patriarcales : annonce du salut universel, puissance irrésistible de la Parole, Alliance indéfectible de Dieu avec son peuple. C'est à dégager cette signification théologique et spirituelle que s'attache l'auteur de cet ouvrage.
Ancien élève à l'Institut biblique de Rome, Robert Michaud est aujourd'hui professeur d'Ancien Testament à l'université du Québec, à Rimouski.
LES EDITIONS DU CERF
ISBN 2-204-02518-6
ISSN 0588-2257
Imprimé et reproduit par Corlet Imprimeur S.A. 14110 Condé sur Noireau
N°Editeur 8163 N° Imprimeur 7627















