lu le 11 avril 2003 : Dans la campagne, la vieille ferme de Mato Rujo demeurait aveugle, sculptée en noir contre la lumière du crépuscule. Seule tache dans le profil évidé de la plaine.
Les quatre hommes arrivèrent dans une vieille Mercedes. La route était sèche et creusée - pauvre route de campagne. De la ferme, Manuel Roca les vit.
Il s'approcha de la fenêtre. D'abord il vit la colonne de poussière s'élever au-dessus de la ligne des mais. Puis il entendit le bruit du moteur. Plus personne n'avait de voiture, dans le coin. Manuel Roca le savait. Il vit la Mercedes apparaître au loin puis se perdre derrière une rangée de chênes. Ensuite a ne regarda plus.
Il revint vers la table et mit la main sur la tête de sa fille. Lève-toi, lui dit-il. Il prit une clé dans sa poche, la posa sur la table et fit un signe de tête à son fils. Tout de suite, dit son fils. C'étaient des enfants, deux enfants.
Wiki
Sans sang (titre original Senza Sangue), est un court roman d'Alessandro Baricco, paru en 2002, dont la traduction française par Françoise Brun a été publiée en 2003 par les éditions Albin Michel.
* Un :
Dans la ferme isolée de Mato Rujo, où vit un homme avec ses deux enfants, dans une vie apparemment tranquille, le drame éclate sans explication : une vieille Mercedes, trois hommes ouvrent le feu et tuent Manuel Roca et son fils. La petite fille cachée dans une trappe. Un des hommes ouvre la trappe, la voit... un instant, le temps s'arrête. Il referme la trappe. La petite survit.
* Deux :
Un dialogue dans un restaurant. Une vieille femme, un vieil homme. Le passé se découvre: des années après, la petite fille est devenue Donna Sol, le nom qui accompagne la vengeance qu'elle exécute efficacement. Derrière elle ce passé, devant elle l'homme qui a ouvert la trappe.
En deux épisodes Baricco noue (ou dénoue ?) un drame féroce aux accents de thriller noir, mais l'auteur italien reste fidèle à lui même, et mélange la vengeance, le suspense et le sang à la douceur de la poésie.
Extrait
Elle pensa que même si la vie est incompréhensible, nous la traversons probablement avec le seul désir de revenir à l'enfer qui nous a engendré, et d'y habiter auprès de qui, un jour, de cet enfer, nous a sauvé. Elle essaya de se demander d'où venait cette absurde fidélité à l'horreur, mais elle s'aperçut qu'elle n'avait pas de réponse. Elle comprenait seulement que rien n'est plus fort que cet instinct de revenir là où on nous a brisé, et de répéter cet instant pendant des années. Et pensant seulement que ce qui nous a sauvé une fois pourra nous sauver à jamais. Dans un long enfer identique à celui d'où nous venons. Mais clément tout-à-coup. Et sans sang.



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