oct.
22

Le boulevard périphérique - Henri Bauchau

  • Par patrice le
    (mis à jour le )

Ce livre est comme ue musique et comme dans une musique il y a des sonorités auxquelles je vibre tout particulièrement. Les cordes à l'origine de ces vibrations sont Freyr et d'autres lieux mythiques, des états, un air pur et cristallin, une arête sublime, un rocher où affleure le Crystal pur et tranchant. Les quelques extraits ci-dessous sont de ces notes dont l'harmonie m'a atteint au plus profond sans toutefois je puisse l'exprimer avec des mots car les mots ne sont pas mon métier :


Extraits :

pp

16 Varappe « Sur le plan du rocher... » « Là, il était mon maître. Un maître rigoureux qui ne m'épargnait pas la difficulté, qui relevait mes fautes. Un maître qui me traitait comme un égal. Ce garçon, peu instruit, qui avait quitté l'école à seize ans, était un maître auprès duquel j'apprenais une technique, une science de la gaieté dans l'effort et l'énergie du plaisir difficile. »


21 « Je ne peux m'empêcher de lui demander: "Tu n'as pas répondu à ma question. Stéphane, tu penses souvent à la mort ?" Il répond simplement "oui", en tirant sur sa petite pipe qui s'est éteinte et qu'il vient de rallumer avec un tison. Il ajoute : "Et toi ?

- Moi presque jamais.

- Toi, tu as des enfants, les enfants, c'est l'éternité." »


35 « Il faut payer, toujours payer et on ne paie pas avec des pensées. Il faut payer de sa personne. Il faut payer avec sa vie. »


88 « Ce que j'ai fait de mon enfance, je n'en sais rien, je l'ai perdue en partie, mais il en reste des traces effilochée à tous les buissons, à toutes les ronces de ma vie. Peut-être que quelque chose renaîtra, ce n'est pas mon affaire maintenant. »


97 « Comme une araignée tisse sa toile, je n'ai rien fait avec ténacité que de m'emprisonner moi-même. J'ai eu des mouvements de libération, j'ai parfois brisé une porte, scié un barreau, mais je n'ai jamais cessé d'être fidèle à la Loi qui depuis mon enfance me prescrit de bâtir ma prison. »


121 Ivan Karamazov Dostoïevski : « Sans l'homme et ses passions plus d'événements, sans lui pas d'événements. Cette perspective est pire que la souffrance des enfants, car pour eux aussi il faut des événements. Il est nécessaire qu'ils souffrent pour évoluer, grandir, devenir durs, forts, résistants et, parfois aussi, doux, patients, compatissants. Il faut des événements pour que le monde des hommes soit un monde. Sans événements pas d'espoir, pas d'amour, pas de fin. Nous, les hommes à démon, les démons si tu veux, c'est à cela que nous servo ns. Déclenchant l'événement nous pouvons dire ensuite - car ce n'est plus notre affaire - que ton règne ou que le règne arrive. »


131 « Je lui ai proposé de passer à notre service, très souvent les plus honnêtes font semblant d'accepter, espérant gagner du temps. Il a refusé : «Je travaille seul !» J'avais vu dans son dossier qu'il était alpiniste. J'ai dit : «Ça ne se fait pas seul l'alpinisme» et j'ai vu là un moyen d'agir sur lui. »


252 « "Premier Livre des Rois, XIX 11-13. «Le Seigneur dit à Elie : 'Sors et tiens-toi sur la montagne devant le Seigneur: voici, le Seigneur va passer! Il y eut devant le Seigneur un vent fort et puissant qui érodait les montagnes et fracassait les rochers ; Le Seigneur n'était pas dans le vent. Après le vent il y eut un tremblement de terre ; le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, il y eut un feu ; le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu, le bruissement d'un silence ténu. Alors, en l'entendant, Elie se voila le visage avec son manteau.»"


Quatrième de couverture : LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS


Paris, 1980. Alors qu'il "accompagne" sa belle-fille dans sa lutte contre un cancer, le narrateur se souvient de Stéphane, son ami de jeunesse. Au début de la guerre, cet homme l'a initié à l'escalade et au dépassement de la peur, avant d'entrer dans la Résistance puis, capturé par un officier nazi - le colonel Shadow -, de mourir dans des circonstances jamais vraiment élucidées.


Mais Shadow, à la fin de la guerre, s'est fait connaître du narrateur. Son intangible présence demeure en lui, elle laisse affleurer les instants ultimes, la mort courageuse - héroïque, peut-être - de Stéphane. Et la réalité contemporaine (l'hôpital, les soignés et les soignants, les visites, l'anxiété des proches, les minuscules désastres de la vie ordinaire, tout ce que représentent les quotidiens trajets sur le boulevard périphérique) reçoit de ce passé un écho d'incertitude et pourtant d'espérance...


L'ombre portée de la mort en soi, telle est sans doute l'énigme dont Henry Bauchau interroge les manifestations conscientes et inconscientes, dans ce captivant roman qui semble défier les lois de la pesanteur littéraire et affirmer, jusqu'à sa plus ultime mise à nu, l'amour de la vie mystérieusement éveillée à sa condition mortelle.


Né en 1913, en Belgique, Henry Bauchau est poète, dramaturge, romancier et psychanalyste. Son oeuvre, essentiellement publiée par Actes Sud, est aujourd'hui traduite dans toute l'Europe, aux Etats-Unis, en Chine et au japon.



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