févr.
28

L'homme qui m'aimait tout bas - ERIC FOTTORINO

  • Par patrice le

Voilà un livre magnifique sur la paternité vue du point de vue de l'enfant. Il s'agit de l'histoire d'une adoption, mais chaque père ne doit-il pas « adopter » ses enfants pour être légitimement leur père ? En tous cas je le crois. La fin tragique de ce père là, qui est le ressort du livre est un sujet tout autre qui n'est pas traité, juste évoqué par des petites touches de la part d'un enfant (l'auteur du livre) meurtri par cet adieu silencieux de celui qui l'aime et qu'il aime.

Bonne lecture !


4e de Couverture :

ERIC FOTTORINO L'homme qui m'aimait tout bas

Mon père s'est tué d'une balle dans la bouche le 11 mars 2008. Il avait soixante-dix ans passés. J'ai calculé qu'il m'avait adopté trente-huit ans plus tôt, un jour enneigé de février 1970. Toutes ces années, nous nous sommes aimés jusque dans nos différences. Il m'a donné son nom, m'a transmis sa joie de vivre, ses histoires de soleil, beaucoup de sa force et aussi une longue nostalgie de sa Tunisie natale. En exerçant son métier de kinésithérapeute, il travaillait « à l'ancienne», ne s'exprimait qu'avec les mains, au besoin par le regard. Il était courageux, volontaire, mais secret : il préféra toujours le silence aux paroles, y compris à l'instant ultime où s'affirma sa liberté, sans explication. « Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil », écrivit un jour Montherlant. Mais il me laissa quand même mes mots à moi, son fils vivant, et ces quelques pages pour lui dire combien je reste encore avec lui.

Eric Fottorino est né en 1960 à Nice. Il est notamment l'auteur de trois romans publiés aux Editions Gallimard, Caresse de rouge (prix François-Mauriac), Korsakov (prix des Libraires) et Baisers de cinéma (prix Femina).

Nrf

Extrait d'un journal :

Pour se souvenir, rendre hommage, essayer de comprendre, retrouver le fil d'une histoire humaine, simple comme la vie. Redonner la parole. C'est ce qu'a fait Éric Fottorino dans ce livre étrange, attachant, intime, après le suicide de son père, le 11 mars 2008, sur un parking de La Rochelle. Dès l'été, le directeur du Monde a eu besoin d'édifier ce qu'il appelle « le contraire d'un tombeau», ce « monument de papier en bric-à-brac»: souvenirs revenus, sensations retrouvées en fouillant les papier s du mort, les photos, lieux traversés ensemble à vélo dans les Charentes d'une enfance sportive.

Le père d'Éric Fottorino n'était pas son «vrai» père: son père adoptif, l'homme qui, à dix ans, lui avait donné son nom. Le père « naturel », lui, avait été tenu à l'écart par les parents de la jeune fille qui, à dix-sept ans, avait, « déshonoré » sa famille. Une «fille-mère»... Le père adoptif devenu vrai « papa » était ce « kiné » de campagne, sportif, vivant, volontaire, refusant tout contact avec les « administrations», ancien d'une guerre d'Algérie où il vécut des horreurs baptisées héroïsmes. Cet homme, sans doute, au seuil de la vieillesse, s'accorda une ultime liberté : mourir « en forme». Comme un sportif qui « raccroche » sans en faire tout un plat.

«Aurais-je pu l'empêcher?» Éric Fottorino, évidemment, se pose la question des survivants. «Au fond de moi, je crois que oui. Et c'est horrible de vivre avec cette pensée. » Cette culpabilité, rien ne peut l'attester ni la démentir. Témoigner contre la mort? Non, témoigner pour la vie, laisser trace à celui qui était un père plus vrai que «vrai père». En somme, de la part du fils, une adoption définitive publiquement proclamée. Une reconnaissance.



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