févr.
9

0ù on va, papa ? - Jean-Louis Fournier

  • Par patrice le
    (mis à jour le )

Prix Femina 2008

Stock

Jean-Louis Fournier


Que dire de ce livre tout en émotions contenues où la souffrance est dite sur le mode de la dérision. Où la révolte est bâillonnée par un sentiment d'impuissance.

Il est un livre sur la condition humaine - ne sommes nous pas tous peu ou prou handicapés - et un livre de tendresse. L'extrait ci-dessous en dit beaucoup sur le désir qu'un père (en l'occurrence) a de donner le meilleur de la vie à ses enfants.






Pp 76-77


Mes petits oiseaux je suis bien triste de penser que vous ne connaîtrez pas ce qui, pour moi a fait les plus grands moments de ma vie.


Ces moments extraordinaires où le monde se réduit à une seule personne, qu'on n'existe que pour elle et par elle, qu'on tremble quand on entend ses pas, qu'on entend sa voix, et qu' on défaille quand on la voit. Qu'on a peur de la casser à force de la serrer, qu'on s'embrase quand on l'embrasse et que le monde autour de nous devient flou.


Vous ne connaîtrez jamais ce délicieux frisson qui vous parcourt des pieds à la tête, fait en vous un grand chambardement, pire qu'un déménagement, une électrocution, ou une exécution. Vous chamboule, vous tourneboule et vous entraîne dans un tourbillon qui fait perdre la boule et donne la chair de poule. Vous remue tout l'intérieur, vous donne chaud à la gueule, vous fait rougir, vous fait rugir, vous hérisse le poil, vous fait bégayer, vous fait dire n'importe quoi, vous fait rire et aussi pleurer.


Parce que, hélas, mes petits oiseaux, vous ne saurez jamais conjuguer à la première personne du singulier et à l'indicatif du présent le verbe du premier groupe: aimer.



0ù on va, papa ? (4e de Couverture)


Jusqu'à ce jour je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?


Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « qu'est-ce qu'ils font ? »


Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable j'ai décidé du leur écrire un livre


Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux il fallait une patience d'ange et je ne suis pas un ange.


Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement que ce serai : rien.


Et surtout pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite.Grâce a eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines







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