Suite de l'article où il est plus question de l'accompagnement
Dossier "Recherche" remis pour la validation du D.U. Responsable de Formation 1997/99 au Centre Universitaire de Formation Continue de l'Université d'Angers. © Pierre HUMEAU, Septembre 1999.
DEUXIEME PARTIE :
III Le terme ‘accompagnement’ et ses dérivées.
En préliminaire, je voudrais signaler que les termes accompagnement, accompagner et accompagnateur sont beaucoup usités dans le domaine musical depuis le XVIIème siècle ; ainsi que dans le domaine militaire. Pour ce qui est du terme accompagnateur, nous le laisserons de côté dans la suite du dossier ; en effet, en dehors du champ musical ou du champ touristique , il ne me semble pas avoir rencontré ce mot dans le champ qui nous préoccupe. Quoiqu’on puisse rencontrer des accompagnateurs pour des personnes handicapées. Nous reproduisons ci-dessous les définitions qui m’ont servi d’appui de départ.
accompagner
accompagner verbe transitif
I. 1. Aller quelque part avec (qqn) ; conduire, escorter. Il l'a accompagnée à la gare.
2. Mettre en place des mesures visant à atténuer les effets négatifs de qqch ; assister, aider.
– Accompagner un malade, un mourant, lui apporter les soins et les soutiens nécessaires pour l'aider à supporter ses souffrances physiques et morales.
3. Soutenir par un accompagnement musical. Accompagner au piano un chanteur, un violoniste.
4. Ajouter à, joindre à. Accompagner ses paroles d'un geste de menace.
II. Aller avec, être joint à. Une lettre accompagne le paquet.
accompagnement
accompagnement nom masculin
1. Action, fait d'accompagner.
2. a. Suite, escorte.
b. Chose qui accompagne.
3. Mus. Partie, ensemble des parties vocales ou instrumentales secondaires soutenant la partie principale.
Il est vrai qu’à la consultation de dictionnaires de la langue française, de dictionnaire spécialisé ou la consultation d’encyclopédie, je n’ai pas rencontré, si les termes étaient présents, une définition permettant de cerner et clarifier ces termes usités dans les textes actuels. De ce fait, il m’importe de comprendre à quoi correspondent ces termes pour renforcer la professionnalisation des acteurs de la formation professionnelle, orientés vers l’insertion, auxquels j’appartiens. En effet, assez souvent on rencontre des travaux d’analyse du public des jeunes, des mesures mises en place ou des « y a qu’à – faut qu’on », … néanmoins, il me semble qu’il existe peu d’écrits sur la posture que doivent adopter ces acteurs de l’insertion.
III.I Depuis quand les rencontre-t-on dans les textes ? …
Dans le cadre de la formation professionnelle continue, j’ai repris des textes officiels s’intéressant à l’insertion sociale et professionnelle et j’ai tenté de découvrir les premières apparitions des termes accompagner et accompagnement.
En 1981, la publication du rapport de B. Schwartz « l’insertion professionnelle et sociale des jeunes », m’apparaît comme le début de la mise en place de dispositifs d’insertion pour une nouvelle catégorie sociale que sont les jeunes en difficulté. Néanmoins, en aucun cas il est fait allusion à une forme d’accompagnement. Il est seulement souligné qu’il faut « agir au plus près des jeunes » en mettant en place « des lieux susceptibles de concerner tous les aspects de la vie sociale et individuelle des jeunes » avec « une équipe pluridisciplinaire » afin de trouver les solutions adéquates et adaptées. Cette idée donna naissance aux premières P.A.I.O. et Missions Locales, en 1982.
Quelques années plus tard, en 1989, devant une urgence pour les jeunes en difficulté, le gouvernement a mis en œuvre le crédit formation individualisée pour tout jeune, « sortis de la formation initiale sans avoir obtenu au moins le C.A.P. ou le B.E.P », ayant pour objectif de leur « permettre de s’engager dans un parcours de formation personnalisé » en vue d’une qualification professionnelle de niveau V . Cette mesure demeure à ce jour toujours en vigueur. Apparaissent alors les termes accompagner et accompagnement. Dans le chapitre des fonctions à organiser, il est question - outre le bilan, la formation et la validation des acquis - de la fonction accueil, orientation et suivi. Il revient au correspondant d’un jeune, entre autres, « d’accompagner, par un suivi personnalisé, le jeune tout au long de son parcours » assurant alors la continuité du parcours du jeune . Cette fonction se trouve donc développé dans la formation des correspondants puisque dans le contenu de formation, nous trouvons dans l’axe ‘relation aux jeunes’ un contenu abordant l’accueil et l’accompagnement , visant à préciser la philosophie du dispositif, le rôle et les relations du correspondant. Aussi dans un autre texte concernant l’Éducation Nationale , il est demandé à celle-ci de participer aux différentes phases et fonctions du C.F.I. La fonction de l’accompagnement en fait partie même si l’Éducation Nationale a plus les compétences pour les autres fonctions - l’accueil des C.I.O., les bilans et la formation dans les GRETA - . Enfin les Missions Locales et surtout les correspondants sont concernés à plusieurs titres. « Les mesures d’accompagnement sont l’une des clés de la réussite du projet, supposant des savoir-faire : - la pédagogie du projet et la démarche contractuelle susceptibles de concilier efficacité du dispositif et respect du principe de volontariat, - l’accompagnement des jeunes à la fois dans la durée et dans toutes les dimensions de leurs problèmes d’insertion, - la capacité de construire des itinéraires individualisés qui combinent les différentes mesures. » . Par contre, cet accompagnement, suivi du correspondant, ne doit pas se confondre avec le suivi particulier, à caractère pédagogique et administratif, propre à chaque formation et sous la responsabilité des organismes de formation conventionnés .
En 1992, le gouvernement relance la lutte contre l’exclusion et le chômage de longue durée pour les jeunes les plus en difficulté, avec un dispositif, le programme P.A.Qu.E. , avec pour objectif d’aider, par des méthodes pédagogiques innovantes, les jeunes sans qualification à se réinsérer socialement et professionnellement. Dans ce programme, « les organismes de formation devaient s’engager à prendre en charge tous les jeunes qui leur étaient adressés » et « par un repérage, une orientation et un accompagnement adaptés » assurer le passage vers une formation qualifiante ou vers un emploi durable. La nouveauté de ce dispositif, outre les innovations pédagogiques entre autres, a été de laisser du temps à des organismes de formation pour mettre en place cet accompagnement adapté et personnalisé. Toutefois, il est à remarquer que les acteurs des structures d’accueil du C.F.I. pouvaient se sentir dépossédés des fonctions d’accompagnement et de prescription . Aussi à cette époque, l’accent a été mis sur « un entretien personnalisé et approfondi pour les chômeurs de longue durée afin de leur offrir la solution la mieux adaptée à sa situation » .
Enfin j’en arrive à 1998 où la dernière loi relative à la lutte contre les exclusions met en avant le terme accompagnement. (30 fois dans la seule loi). Dans ce nouveau programme TRACE (Trajet d’Accès à l’Emploi) , l’accompagnement personnalisé et continu vers l’emploi se trouve être une action et non plus une fonction ou un contenu. « Le programme est un dispositif d’accompagnement structuré et cohérent permettant une prise en charge globale du jeune. (…) Cet accompagnement personnalisé vise : - à identifier les difficultés auxquelles le jeune est confronté et à lui proposer des solutions adaptées ; - à construire avec le jeune une stratégie d’insertion… » . Dans le cahier des charges du programme l’ensemble des opérateurs (P.A.I.O., Missions Locales et autres partenaires) doivent respecter les principes directeurs que sont l’accueil, la prise en charge globale et l’accompagnement du jeune. Celui-ci sera assuré par un référent unique, disponible et compétent, construisant avec chaque jeune un itinéraire adapté et ajustable, articulant des actions de bilan, de mise en situation professionnelle et de formation, jusqu’au bout du parcours et de façon continue.
Pour terminer ce regard des textes officiels, je prends le rapport, effectué à la demande du secrétariat d’État de la formation professionnelle, effectuant un bilan de la formation professionnelle . Ce rapport montre que, dans la réalité, « le système de la formation professionnelle est devenu au fil des ans d’une grande complexité… » « La formation, est une composante importante des politiques actives de lutte contre le chômage. (…) Les dispositifs existants font appel à plusieurs logiques dont la logique de l’insertion sociale et professionnelle pour ceux qui sont le plus éloignés de l’emploi. (…) Les actions qui en découlent doivent s’inscrire dans le cadre d’un accompagnement personnalisé de la part des services compétents. (…) visant la construction de leur projet de formation et de réinsertion. » .
Le terme accompagnement se trouve donc bien dans le champ de la formation professionnelle pour l’ensemble des jeunes et dans les débats qui animent les différents acteurs autour de la vie économique et sociale.
III.II Ce terme ‘accompagnement’ que représente-t-il ?
Au-delà de sa définition pure, au-delà de la forme et du contenu de l’accompagnement, il m’intéresse de voir la posture à adopter par un acteur du champ de l’insertion et le comportement qu’il lui faut adopter. En effet, accompagner un jeune tout au long de son parcours d’insertion en vue de l’accès à l’emploi peut s’envisager de façon différente. Tout se joue actuellement dans l’implication que peut avoir l’ensemble des acteurs. C’est ainsi que je vais essayer de mettre en lien le mot accompagner avec d’autres termes qui gravitent autour.
Les jeunes, après un ou plusieurs échecs lors de leur formation initiale, se retrouvent dans le gouffre de l’exclusion. La perte des repères et la crise du sens dans lequel nous nous trouvons actuellement, est un phénomène qu’il est nécessaire d’aborder. Les jeunes ont besoin alors de retrouver une identité tant sociale que professionnelle pour construire leur futur. Pour ce faire, leur environnement peut adopter plusieurs solutions. Ainsi, pour la suite de mon exposé, après deux possibilités d’action, je vais m’attarder sur une solution qui me semble être primordiale pour un acteur de la formation en insertion professionnelle et sociale.
La première que j’indiquerai est d’explorer, de façon exhaustive, par de nombreuses recherches et travaux, les causes de leur situation actuelle et de découler alors sur une inertie paralysante devant l’ampleur du phénomène. En effet, ces jeunes en grande difficulté sont tellement éloignés de la réalité du travail que l’on va alors minimiser le sujet. Certains décideurs ou acteurs croient que, quoique l’on fasse, cela ne servira à rien. De ce fait, les élus pour protéger le reste de la société mettront en place des dispositifs qui dévient le problème posé au départ. Si cela a été fait à un moment donné, cette position ne peut, à un moindre coût, réguler la situation à long terme. Et c’est pour cela que je laisse de côté cette solution qui tendrait à renforcer les écarts entre les différentes populations de jeunes. De surcroît, toute action engagée ne vise qu’à augmenter l’exclusion sociale. Dans ce cas de figure, il me semble que l’on ne puisse pas parler d’accompagnement.
La deuxième solution, devant un phénomène d’urgence sociale, serait d’adopter une forme d’accompagnement où l’aide est l’attitude à adopter. Dans ce cas-là, tout acteur du champ de l’insertion met en place des actions visant à la survie tant matérielle que sociale. Ainsi l’action sera spontanée et immédiate. Il me semble qu’une part des travailleurs sociaux participe à ces formes d’interventions. Toutefois, l’ensemble de ces actions est coûteuse pour la collectivité et n’apporte pas une solution définitive. L’assistanat de la population renvoie aussi à un partage inégal dans les différentes populations. On aborde alors que la première partie du dicton chinois : « Si tu donnes un poisson à un homme, tu l’as nourri pour la journée ; si tu lui apprends à pêcher, tu l’as nourri pour toute sa vie. ». Pour beaucoup de personnes, une mise en formation, le plus souvent inadaptée et sans espoir pour la population des exclus, est un moyen de dégonfler les statistiques du chômage.
Avant d’aborder la troisième solution qu’est l’accompagnement du jeune, je pense que la formation d’une personne par son environnement est de devenir capable de prendre seul de l’information, de réfléchir et donc d’effectuer des choix. Cette formation continue, tout au long de la vie, lui permettra de croître, de se développer, de s’adapter à l’environnement tant social que professionnel, d’être citoyen. Cette solution s’envisagera par la réflexion de tous les acteurs, par un partenariat, et avec un moyen essentiel qu’est le temps.
Cette possibilité d’accompagnement qui s’instaure, doit s’appuyer sur une relation claire et définie où les protagonistes, impliqués et volontaires, se reconnaissent comme des pairs. Cet accompagnement permet alors d’indiquer modestement, clairement et précisément, les points de repères sur les constitutifs des savoirs, des savoir-faire et surtout des savoir-être (les attitudes, les valeurs, les croyances, les idéaux, la philosophie de la vie). Ainsi le jeune, petit à petit, sera à même d’évoluer de façon sereine dans son environnement, d’effectuer ses propres choix, d’élaborer son parcours d’insertion, cheminement visant à atteindre son autonomie.
Néanmoins, la personne accompagnante ne peut-elle pas avoir des orientations différentes voire opposées ? En effet, en revenant à la définition du dictionnaire, où accompagner c’est aller avec, il est nécessaire, je crois, d’élargir à d’autres termes pour cerner l’idée d’accompagnement.
D’un côté, on peut se trouver derrière ou en léger retrait de la personne. De ce fait nous pouvons dire que l’on suit le jeune, qu’on le seconde dans ses actions, … C’est le type d’action où l’objectif est d’assurer un suivi global jusqu’à la fin du parcours. Ainsi, le public que sont les jeunes se retrouve devant tous les dangers ou pièges du parcours sans pour cela avoir tous les éléments pour solutionner ces instants. L’agent de l’insertion se trouve alors avec rôle de « ramasseur »… Il arrive derrière pour constater les faits et les erreurs commises, puis redynamise, remotive le jeune pour qu’il reparte pour ce parcours interminable dans bien des cas. Le jeune, assez souvent, n’a pas choisi en totalité les orientations de son parcours : on décide pour lui quel est son bien. On peut donc comprendre facilement que cet accompagnement ne correspond pas tout à fait aux idées traversant la formation actuelle. Dans ce cas, le jeune n’est pas pris comme un être potentiellement autonome.
De l’autre, on se trouve à côté de la personne, on est avec elle en même temps. Dans ce cas là, j’estime que l’on conduit le jeune, le guide, le soutient au cas où, … L’appui que reçoit le jeune est un accompagnement qui montre le chemin possible, qui éclaire le jeune dans ses choix et surtout ses décisions. L’aide et le soutien apportés se doivent d’être constant et continu, sans être mis en avant. Je pense que l’on pourrait prendre l’image d’une béquille temporaire servant lors d’un plâtrage de membre, c’est à dire qu’elle ne doit pas être éternelle.
Il est vrai que lors de mes activités dans le dispositif P.A.Qu.E. j’ai eu à prendre cette position d’accompagnement total pour certains jeunes. Il a été question, entre autre, d’éviter la position de manipulateur, ou plus précisément de machiniste qui possède la toute puissance… En effet, il m’a fallu conduire les jeunes sur un étroit chemin parsemé de diverses embûches. Dans ce cas là, j’avais le rôle de l’éducateur – éduquer : conduire quelqu’un - quoique j’avais affaire à des gens pouvant être considérés comme adulte. Il était donc important pour moi et pour garder mon rôle d’accompagnement, de relayer très souvent avec des partenaires plus experts sur les problèmes posés.
De toute façon dans les deux cas autour de l’accompagnement il y a les actions que sont : accueil, conseil, et orientation…Avec le terme accueillir, le jeune est accepté tel qu’il est, il est reçu et reconnu, il est écouté. En donnant des points d’appui et des repères, les conseils et les orientations possibles d’un parcours sont nécessaires à jalonner les itinéraires et à contribuer au développement de la personne.
Ainsi donc le terme accompagnement renforce l’idée d’une proximité avec la personne mais en conservant un respect distancié pour cet autre même si la souffrance que l’on entrevoit, est insupportable… Il s’agit de laisser le libre choix aux jeunes exclus pour qu’ils découvrent leurs contraintes avec lesquelles ils doivent évoluer.
III.III Le lien social au-delà du travail
« Les jeunes affirment clairement leur désir d’un travail, d’un vrai travail et non d’une occupation. Le travail est pour eux la clef de tout ce à quoi ils aspirent : l’appartement, la famille, la voiture…, mais aussi l’indépendance, les responsabilités, le sentiment d’être ‘‘quelqu’un’’. L’enjeu n’est pas seulement l’argent mais aussi, plus profondément, une forme de rapport au monde, aux autres et à soi-même. » .
Cela est bien en soi, mais face aux repères changeants, mouvants, du monde du travail, le questionnement n’est plus l’insertion des exclus. L’augmentation de l’individualisme de la part de certains, associé à une crise généralisée de sens, a provoqué, me semble-t-il, un état d’exclusion tel que les idées actuelles, au-delà de l’assurance matérielle, s’orientent vers une remise en place d’une cohésion sociale. Toutes les actions mises en place se doivent en plus d’assurer une aide d’urgence matérielle, de renouer les liens perdus ou oubliés, permettant le lien social, source de toute organisation.
Dans cette idée d’accompagnement individualisé, renforcé que l’on rencontre dans les textes et cette notion de lien social que j’indique, je ne peux pas m’empêcher de faire quelques analogies.
Tout d’abord, dans une des définitions du dictionnaire , il est fait référence à l’accompagnement d’un malade, d’un mourant où il est question de prodiguer des soins palliatifs pour aider à supporter ses souffrances physiques et morales. De ce fait ne peut-on pas faire un parallèle avec le terme ‘’palliatif’’ usité dans le rapport de 1999 et avec cette logique de dispositif où le jeune se retrouve dans une alternance de mesures, normalisant la phase de transition et permettant de détourner assez souvent le véritable professionnalisme demandé. Voire à l’extrême, l’accompagnement n’est-il pas un soutien palliatif de ces jeunes, malades moralement, sans identité, et proche de la mort sociale ? … Vaste débat, il me semble, qui pourrait faire l’objet d’un autre dossier. Néanmoins je retiens quand même la similitude de l’accompagnement d’un handicapé avec l’accompagnement suivi et renforcé du jeune exclus.
Aussi, dans un article de journal , où il était question de parrainage de jeunes de 16-25 ans , j’ai effectué de nouveau un parallèle. En effet le parrain, secondant un jeune par de fréquentes rencontres, soutient moralement dans le cas de situations d’isolement parfois désespérés. Ce parrain accompagne, conseille, redonne confiance, … visant à permettre, pour les jeunes défavorisés, l’accès à un emploi ou à une formation qualifiante. Dans l’article un parrain « avoue volontiers être un père pour eux. La plupart sont issus de familles au couple brisé ou inexistant. ». Et de ce fait, j’ai fait donc un rapprochement avec cet accompagnement éducatif que j’ai exposé auparavant. Au-delà de l’idée d’un père qui suit son enfant, ne pourrait-on pas envisager le renforcement des liens sociaux inter-générations qui donneraient des repères aux jeunes, futurs acteurs et décideurs des prochaines générations.
IV La forme possible d'un accompagnement cadré.
Je m’oblige, en fonction de l’actualité du moment, d’effectuer un retour sur la première partie du dossier et de tenter de répondre de façon affirmative, bien sûr, aux hypothèses que j’ai exprimées. Toutefois je suis conscient que les réponses apportées ne sont qu’un produit de mes réflexions appuyées par mon expérience puisque le terrain ne s’est pas exprimé directement.
IV.I Un référent et un contrat pour l’accompagnement.
En dehors de l’accueil et de documents administratifs, je crois en premier que le jeune doit pouvoir choisir son référent qui va l’accompagner tout au long de son parcours. En effet, il est important que les personnes soient d’accord sur les mêmes points de vue, ou plutôt que les divergences ne soient pas trop grandes. J’ai vu, dans certaines actions, des jeunes qui présentaient un fort taux d’absentéisme par réaction au formateur du groupe. Le jeune s’engage sur une longue durée et il lui est nécessaire d’accepter la relation qui s’instaure. Ainsi, il me semble pour une réussite que le référent soit unique, volontaire, disponible et s’engage à construire avec chaque jeune un parcours adapté à la situation de chacun jusqu’au terme de ce parcours. L’important est d’obtenir l’accord, l’adhésion et la dynamique du jeune. De même, ce référent, de bien entendu compétent, se devra de relayer vers d’autres personnes ressources, parfois plus expertes dans les domaines psychologiques, psychosociologiques et économiques.
Aussi un contrat écrit doit s’établir : il fixera alors le cadre, les engagements de chacun, les objectifs mis en place au fur et à mesure du parcours, les moyens mis en œuvre par les protagonistes, et l’évaluation de son exécution. Au-delà du contrat, un document de liaison permettra de noter le cheminement progressif du jeune. Il est vrai que dans bon nombre de dispositif que j’ai rencontré, il est mis en place ce style de document qui ponctuent tous les moments du parcours : les entretiens, les rencontres, les attentes, les projets, les choix, les orientations, les entreprises, le repérage des acquis, … Pour les uns ce sera un portfolio, pour d’autres un livret de formation, … Quoiqu’il en soit, il s’agit d’un document qui soit une mémoire lisible par tous, d’un document qui devienne l’histoire propre du jeune, d’un document qui lui permette d’être reconnu par tous, d’un document qui se projette vers le futur, et surtout d’un document qui appartient au jeune.
Enfin, cette relation unique aidée par une trace écrite permettra la prise en charge globale d’un jeune où les divers acteurs pourront assurer des prestations individualisées et adaptées à la situation.
IV.II Une forme structurée de l'accompagnement.
En plus de la référence et des traces que nécessitent l’accompagnement, il me semble que la structuration très simple de la forme de l’accompagnement augmentera les chances de réussite. Pour moi, l’accompagnement doit se situer dans l’espace et dans le temps. Le parrain, cité dans l’article de Ouest-France , indique qu’il « voit ses ‘’filleuls’’ en moyenne trois fois par semaine pendant deux heures ». Il est vrai que la fréquence est à relativiser. Néanmoins il est important de consignés les lieux, dates et heures de chaque rencontre. Je pense qu’une fréquence hebdomadaire est suffisante dans bien des cas pour effectuer l’évaluation du parcours. De même des rencontres sont nécessaires lors de tout changement de situation de la part du jeune. En prenant l’analogie du père avec ses enfants, celui-ci fixe souvent le cadre dans lequel le jeune peut évoluer et lui demande souvent des comptes après…
Bien sûr ce cadre sera plus ou moins fort selon le degré d’autonomie du jeune : L’accompagnement sera d’autant plus appuyé, plus proche, si le jeune présente de forts handicaps ; une fréquence presque journalière peut s’envisager à certains moments…
Finalement cette structuration spatio-temporelle donne des points de repères au jeune et le motive à poursuivre son cheminement.
IV.III L'efficacité par la proximité temporelle.
L’efficacité de cette proximité, déjà exprimée, semble-t-il, dans les mesures du parrainage, est difficile à évaluer. D’autant que je ne possède aucune donnée précise sur le sujet. Il faudrait, je pense analyser des trajectoires sur un long terme et sur une grande population. Peut-être cela serait-il possible avec les importantes données récoltées par l’O.N.E.V.A. du C.E.R.E.Q. ?
Pour ce qui est de la contiguïté des actions, une chargée d’accueil dans une structure de quartier m’a indiquée qu’elle avait des relations très étroites avec l’amont d’un parcours, c’est à dire des enseignants de S.E.G.P.A. et par la même occasion avec les collèges associés. Néanmoins je reconnais que cela n’est pas suffisant pour en déduire une réelle efficacité. D’autre part, dans ma pratique, les jeunes et moi-même avions de fréquents contact avec les correspondants C.F.I. en fin d’action puisque pour certaines actions un document effectuait la liaison. Là encore, je ne peux en dire l’efficacité. Le jeune rencontrait-il de nouveau, sur la lancée, son référent dans les jours qui suivait ? La question reste à être revu.
IV.IV Le réseau nécessaire.
Dans les constats de toutes les mesures et dispositifs, en cours ou ayant existé, il est indiqué que tout acteur se doit de connaître le réseau environnant et d’engager un partenariat mobilisant l’École, les entreprises, les divers professionnels, les associations et les collectivités locales. Ce réseau et le partenariat engagé se doit d’être non pas figé mais en perpétuelle évolution selon les situations. Dans le rapport « Défis et enjeux » , il est bien souligné que l’enjeu est le même pour tous les acteurs au niveau local : « Comment donner à tous les jeunes les moyens de construire leur projet, de bâtir par étapes une qualification reconnue et de développer un véritable professionnalisme, garant de leur intégration à long terme dans le monde du travail ? ». La réflexion doit être commune entre tous les acteurs des différents champs d’intervention. Cette réflexion aménagera des procédures communes qui tendront vers les mêmes objectifs. Chacun pourrait alors s’appuyer sur les personnes ressources plus expertes et plus compétentes vis à vis de la situation présenté par le jeune en phase d’insertion.
Au contraire, ne rencontre-t-on pas des organismes de formation qui gardent jalousement secret leur production, ou d’autres qui ne fonctionnent que pour équilibrer leur budget, aussi précaire que les formateurs et leurs publics… Ne voit-on pas des travailleurs sociaux qui tombent dans l’assistanat et vont à l’encontre des objectifs prônés par les acteurs de l’insertion… Chacun se défend de favoriser les réseaux et le partenariat mais dans un but de profit pour eux-mêmes et non pour la population des jeunes. Les acteurs du terrain, le nez dans le guidon se laisse avoir malgré eux et j’y ai participé.
Néanmoins, il existe, quand même, un partenariat qui ne demande qu’à évoluer. En effet, par exemple, les tuteurs d’entreprise sont souvent démunis dans certaines situations et apprécient d’autant alors le contact avec les personnes de la formation si ce n’est même une demande de formation personnelle. Aussi, j’ai vu et même participé à des constructions ou à des réalisations d’actions où l’ensemble du réseau et les partenaires concernés se rencontraient. Il me semble que cela était l’objectif des groupes opérationnels de zone du C.F.I. ou des organismes pilotes lors du P.A.Qu.E. Mais ce qui est regrettable ce sont des moments furtifs qui n’ont pas duré.
Enfin on y gagnerait dans les moyens à mettre en œuvre à ce que les rencontres, les échanges s’intensifient et qu’ils s’étoffent longitudinalement (temps et espace) et transversalement (les différents acteurs, quelque soit leur degré dans la hiérarchie, quelque soit leur appartenance professionnelle). J’irais jusqu’à dire aussi de faire participer le public concerné c’est à dire les jeunes de 16 à 25 ans se trouvant dans la situation temporaire ou définitive de l’exclusion.
D’AUTRES PISTES POUR CONCLURE.
Finir un dossier n’est pas une chose agréable pour moi, surtout quand l’on s’aperçoit qu’il reste beaucoup à explorer sur le thème que je m’étais choisi. De même, il m’est difficile de dire fin qui représente un arrêt d’un cheminement, une mort en quelque sorte… Malgré tout, sans avoir répondu totalement à la question initiale d’une forme possible d’un cadre de l’accompagnement , je crois avoir cerner au mieux les attitudes possibles que l’on peut avoir dans ces situations. Mon étude, se voulant être classique au début, s’est vue perturber dans son déroulement. Cela a un effet frustrant mais il m’a permis de rebondir sur un élargissement de la question. La piste pour définir le terme ‘accompagnement’ s’en est trouvé renforcée. Ce terme gagnerait à être mieux défini et de devenir une notion généralisée faisant appel à un champ plus philosophique.
Enfin les orientations possibles de futures réflexions que j’entrevois actuellement autour du terme de l’accompagnement sont au nombre de trois.
Tout d’abord, il serait intéressant de prendre en compte dans la phase de transition d’un jeune, tous les éléments en amont de ce moment. En effet, peut-on exclure l’environnement familial et surtout l’environnement de la formation initiale qui ont fortement influé le cheminement tout au long de la vie du jeune ? Tous les acteurs (parents, famille, éducateurs, enseignants,…) ont assuré un accompagnement. Aussi peut-on, de même, découper en tranches les parcours sans perdre la cohérence et le sens ?
Ensuite, en aval de l’insertion, se trouve le monde du travail qui détermine les choix et les orientations de toute personne. De ce fait, comment un jeune, n’ayant peu de représentations, peut-il se projeter dans des métiers qui n’existent pas encore ou des activités qu’il doit créer ? Les acteurs n’ont-ils pas du mal aussi à indiquer des points de repères dans un monde où il n’existe pas assez de travail pour tous ?
Et la dernière interrogation que je peux avoir actuellement est :
Comment l’adulte immature peut-il s’occuper d’un adulte immature ou en devenir ? Une nouvelle recomposition des points de repères ne serait-elle pas une des possibilités à construire le présent pour le futur de nos jeunes ?
BIBLIOGRAPHIE
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Articles
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Documents
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RÉSUMÉ :
Depuis plus d’une dizaine d’années, toutes les actions que j’ai effectuées, me semble-t-il, ont toujours été appuyées par une visée sociale qu’est de réduire l’inégalité des chances et de participer à ce que chacun puisse trouver sa voie. Si l’égalité des chances n’existe pas, selon certains, je ne peux pas accepter une totale inégalité tel qu’elle peut exister ainsi que les injustices qu’elles entraînent. De ce fait, mes interrogations, mes doutes et mes réflexions ne peuvent exclure les souffrances dans lequel se trouvent certaines personnes, quel que soit leur âge. De même, mes interrogations se portent sur le devenir de mes enfants ainsi que de tous les jeunes. Que proposons-nous à nos futures générations ?
Cette idée est toujours présente lors de ce dossier qui tente de montrer que l’accompagnement, au-delà d’une forme ou d’un contenu de formation, se retrouve central dans la relation qu’entretiennent les acteurs de l’insertion avec les exclus de la société.
Mots-clés :
Jeunes de 16-25 ans ; Bas Niveau de Qualification ; École ; Travail ; Formation ; Insertion professionnelle et sociale ; Accompagnement ; Agents et Structures d’insertion.
Pierre HUMEAU – D.U.R.F. 1997/99

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