japon (8)
Une semaine a Tokyo pour decouvrir la modernite japonaise et les plus beaux musees du pays. Mais aussi excursion magique de 2 jours au Mt Fuji.
01/12/03 Tokyo
Il fait de nouveau un temps pourri. Les musees etant tous fermes (nous sommes lundi), il ne nous reste plus qu'une seule chose a faire : nous rendre dans des sanctuaires du shopping. Le choix est vaste puisque Tokyo est la ville du shopping par excellence en Asie, devant Hong Kong ou Singapour. Nous choisissons de nous rendre a Ikebukuro, un quartier sans aucun interet si ce n'est la presence de 2 des plus grands magasins du Japon, voire du monde (Tobu et Seibu). Sur le chemin, nous apercevons un sumo en kimono sur un des quais du metro. Massif !
Je suis plutot decu par Tobu. "L'exception culturelle" japonaise n'est guere visible et j'ai l'impression d'etre au Printemps ou aux Galeries Lafayette. Meme dans la section sur le mobilier, il n'y a quasiment que des meubles de type occidental. La section sur les ustensiles de cuisine differe certes, mais il faut se rendre au dernier etage pour etre vraiment depayse (on y trouve la section sur les kimonos), ou bien au sous-sol puisque de nombreux restaurants ou magasins de nourriture tentent d'allecher les clients avec des plats et produits typiques. A noter que l'on peut aussi trouver de nombreux produits francais (il y a meme un magasin Hediard !). Le "boitier cadeau" contenant un Chateauneuf-du-Pape (cuvee 2000) et quelques fromages de supermarche coute dans les 100 euros...
En soiree, j'organise une soiree crepes avec Sophia et Ruth (Sebastien a malheureusement du partir en deplacement professionnel juste avant notre retour a Tokyo). Lorsque je finis la preparation de la pate, je m'etonne de l'odeur etrange degagee par celle-ci. Je verifie le lait et je m'apercois qu'il s'agit en fait de yoghourt contenu dans un Tetrapack d'un litre. Une apparence fort trompeuse sans aucune indication en anglais... Tant pis, je jette le tout et je recommence avec du vrai lait. Dommage, nous n'avons pas trouve de Nutella...
02 au 03/12/03 Lac Kawaguchi et Mt Fuji
En emergeant le matin, nous decouvrons un grand ciel bleu. Nous n'hesitons pas une seconde : direction le lac Kawaguchi au pied du Mt Fuji, situe a 2 heures en bus depuis Tokyo. Une excellente idee puisque la plus haute montagne du Japon est completement degagee a notre arrivee. Nous nous faisons plaisir pour profiter a fond des paysages : nous choisissons d'aller dans un hotel offrant une vue de carte postale depuis la chambre, le restaurant ou encore les salles de bain communes. L'hotel met a notre disposition des velos gratuitement et nous en profitons donc pour faire une balade le long du lac avec toujours le Mt Fuji en arriere-plan. Magique ! Sans aucun doute mon endroit prefere au Japon. J'ai vu un nombre important de volcans en Indonesie, mais le Mt Fuji a un attrait particulier, un petit quelque chose le rendant unique (sans doute son cone de neige).
Nous avons de la chance de voir la montagne aussi degagee, ce qui est plutot rare. Le lendemain matin, le levee du soleil est gache par la presence de nuages (pratique, il me suffit de lever la tete depuis mon lit pour verifier si la vue merite un reveil aux aurores). Mais durant la journee, alors que nous grimpons au sommet d'une colline pour avoir une belle vue sur le lac, les nuages s'eclipsent pour ne former plus qu'une couronne. Merveilleux ! Nous avons jete un coup d'oeil au livre d'or de l'office du tourisme, et de nombreux etrangers repartaient degoutes sans jamais avoir apercu le sommet de la montagne sacree...
A noter que j'ai ete surpris par la presence d'un pont completement inutile traversant le lac Kawaguchi. En raison de la taille modeste du lac, le pont ne raccourcit que de quelques minutes le trajet pour passer de l'autre cote. Une anomalie que j'ai pu comprendre en lisant l'excellent livre "Dogs and demons, the fall of modern Japan" d'Alex Kerr. Cet auteur explique tout au long de son oeuvre comment les caracteristiques de la culture nippone ont eu pour consequences des comportements aberrants avec la modernisation. Ce pont inutile au milieu du lac en est un parfait exemple.
Par tradition, les Japonais ont toujours souhaite controler le caractere sauvage et desordonne de la nature : la culture des bonzais ou encore les jardins Zen sont l'illustration la plus emblematique. Le desir de domestiquer la nature provient par ailleurs des fleaux qu'elle a engendre a travers les siecles (ouragans, tremblements de terre, innondations...). Les Japonais ont toujours considere celle-ci comme un ennemi qu'il faut arriver a controler. Avec l'industrialisationde 1945 a1965, la devise "bitumons et construisons" a permis de maitriser en partie les caprices de la nature, et de transformer les infrastructures archaiques du pays . Le probleme, c'est que cette devise a toujours cours meme si le pays n'a pas besoin de nouvelles infrastructures. Le budget des travaux publics durant la periode 1995-2005 est 3 a 4 fois superieur a celui des Etats-Unis (2 fois plus peuples et avec un territoire 20 fois plus grand). 40% du budget national est dedie a ces travaux publics contre 8 a 10% aux Etats-Unis ou 4 a 5% en France. L'industrie du batiment employait 6,9 millions de personnes en 1998, soit plus de 10% de la population active. Malheureusement, en raison du traditionnel desir de controler la nature, des interets economiques en jeu et surtout de l'inertie de la bureaucratie nippone, la tendance n'est pas prete de s'inverser.
La consequence : la construction de ponts inutiles, de chemins de fer sans voyageurs, de barrages le long de toutes les rivieres (pour eviter des innondations ayant lieu une fois tous les 500 ans), le betonnage de 55% de la cote avec des tetrapodes (pour empecher une erosion virtuelle des cotes). En bref, "le vandalisme sponsorise par l'Etat" saccage et enlaidit l'environnement. Suite a la destruction de l'un des plus grands marecages du pays pour obtenir des terres cultivables qui ne seront jamais cultivees, un officiel declara : "L'ecosysteme actuel va peut-etre disparaitre, mais la nature en creera un nouveau"... Meme les municipalites souffrent de ce syndrome et construisent des musees sans oeuvres d'art, des monuments sans interet ou des parcs technologiques sans entreprises.
En outre, les bureaucrates ne souhaitent pas inverser la tendance pour des raisons bien personnelles. Les agences gouvernementales japonaises sont parmi les plus corrompues des pays developpes, et la plupart des fonctionnaires retraites sont embauches a prix d'or par des entreprises voulant profiter de leurs carnets d'adresse. L'argent des contribuables est donc depense n'importe comment, quasiment sans aucun controle, alors que certains projets bien penses pourraient rellement ameliorer le quotidien des japonais : enterrement des cables electrique et de telecommunication, modernisation du systeme d'egouts, baisse des couts et amelioration du transport aerien, protection des quartiers historiques.
Par ailleurs, la societe japonaise est peut-etre l'une des plus reglementees au monde, mais les lois sont souvent sans interet et ne servent qu'a engraisser les employes des agences gouvernementales. Alors qu'il faut 4 a 5 permis differents pour ouvrir un club d'aerobic, les reglements controlant les emissions par l'industrie de substances nocives pour l'environnement sont quasi-inexistantes... Il ne faut donc pas s'etonner si la pollution industrielle provoque regulierement des desastres ecologiques sans precedents.
Mais le gouvernement n'est pas le seul coupable a montrer du doigt. Les japonais eux-meme semblent peu preoccupes par les problemes ecologiques. Consacrer du temps a l'activisme social est une chose incomprehensible pour le citoyen lambda : Greenpeace compte 400 000 membres aux Etats-Unis, 500 000 en Allemagne, contre seulement 5 400 au Japon... Il n'y a donc aucun contre-poids face a la propagande gouvernementale. Enfin, de nombreux habitants semblent souhaiter la "sterilisation" de la nature : ils preferent vivre dans un environnement betonne, propre et ordonne plutot qu'au milieu d'une nature sauvage, hostile et chaotique. Un exemple : les arbres sont parfois elagues avant le debut de l'automne pour empeches les feuilles "sales" de tomber.Les japonais semblent s'habituer et se complaire a vivre dans un environnement qui se rapproche de plus en plus de celui apocalyptique decrit dans les mangas.Pour voir de beaux paysages, ils preferent se rendredans d'autres pays :les courbes du tourisme domestique sont en chute libre alors que les voyages a l'etranger ne cessent de gagner en popularite (5 millions de japonais en 1985, 17 millions en 1998). Des chiffres alarmants qui sont aussi une consequence de la destruction du patrimoine historique dont je vous ai parle a la fin de mon excursion dans le Nord.
En guise de triste conclusion, je dirais que, a l'instar de la vie prive des citoyens, l'environnement est sacrifie au Japon sur l'autel de la modernisation et de la croissance a tout prix.Outre la destruction de la nature, les explications que je viens de vous donner soulignent un autre enorme probleme actuel de la societe japonaise. Le financement des agences gouvernementales en charge des travaux publics est non seulement abusif mais aussi plus que douteux et incontrole (comme l'etait celui des banques japonaises jusqu'a la fin des annees 80). Une catastrophe financiere et economique pourrait donc intervernir prochainement si l'Etat ne prend pas le taureau par les cornes. Ce qu'il ne fera pas biensur... Inose Naoki compare cette marche en avant a celle militaire des annees 30 : "L'augmentation des creances douteuses aujourd'hui est similaire a la progression du Japon en Asie avant la seconde guerre mondiale. Incapable de gerer les consequences, nous avions plonge dans la guerre avec les Etats-Unis. Nous aurions du nous arreter au bout d'un moment, mais meme si nous savions pertinement que nous courions au desastre, mais personne n'est intervenu. Aujourd'hui, il n'y a meme plus le sceau imperial pour mettre un terme a la course en avant."
04 au 08/12/03 Tokyo
Disons le franchement, la ville de Tokyo n'a rien d'extraordinaire. Une megalopole futuriste avec quelques jolis temples et de nombreux Grands Magasins. Heureusement, elle offre une diversite de musees pouvant tenir en haleine le touriste lambdapendant un bon moment. Ca tombe bien, pour celebrer les 400 ans de l'avenement au pouvoir de la famille Tokugawa, la mairie de Tokyo propose un pass de 20 euros offrant l'acces a 33 musees ! Nous en profitant a fond et visitons 9 d'entre eux, en variant les plaisirs : Tokyo National Museum,National Museum of Western Art, Tokyo Metropolitan Museum of Photography, Museum of Contemporary Art, Tokyo Metropolitan Teien Art Museum... Comme la capitale a ete completement rasee par les bombardements de la seconde guerre mondiale, de nombreux musees (Edo-Tokyo Museum, Fukagawa Edo Museum, Shitamachi Museum) exposent des batiments d'epoque reconstitues,etretracent l'histoire de la ville. Interessant.
Sinon, nous avons fait le tour desquelques rares vestiges historiques : les abords du palais imperial ; le superbesanctuaireimperial de Meiji ou furent deposees les depouilles de l'empereur Meiji.
Nous sommes aussi alles observer les Japonais se lacher le soir apres une dure journee de boulot. Nous les avons croiser en debut de soiree dans les rues de Kabuchiko, un quartierde Shinjuku ou les bars a hotesses et les Pachinkos jouxtent les bars et restautants. Ou encore dans les rues de Love Hill a Shibuya, ou les couples legitimes etillegitimes se retrouvent pour quelques heures. Les hotels yproposent des chambresde tout style,dubasiqueau plus exotique.
En outre, j'ai pris le temps de lire le passionnant "Polite Lies" de Kyoko Mori, une japonaise emigree aux Etats-Unis offrant une vision acerbe de son pays natal et de ses compatriotes, et j'aitermine le genial bouquin d'Alex Kerr. Voici quelques autres enseignements que j'ai pu en tirer.
A propos de l'economie du Japon. Je vous ai deja explique combien le gouvernement et les localites etaient surendettes, en raison de leur acharnement a construire des infrastructures inutiles ou des monuments sans interet. Et encore, je ne vous ai meme pas parle du probleme du vieillissement de la population, qui touche le Japon plus que n'importe quel autre pays occidental, et provoque la banqueroute du systeme de securite social et des fonds de pension.Le gouvernement et les localitesne sont pas les seuls : une bonne partie des entreprises japonaises souffrent egalement d'une sante financiere laissant a desirer. Les banques leur ont en effet prete de l'argent avec des taux d'interet proche de zero dont elles ont largement abuse. Personne ne sait vraiment quel est l'etat reel d'endettement du gouvernementet des entreprises. La raison : le probleme de facade, une autre caracteristique de la culture japonaise qui a conduita des comportements irrationnels avec la modernisation. Afin de preserver l'harmonie, les japonais tentent toujours de porter un masque cachant une realite parfois douloureuse. Le gouvernement et les entreprises font la meme chose et ne devoilent qu'une partie de leurs malheurs. En fait, toute information au Japon est souvent completement deformee par rapport a la realite : les bilans comptables comme les chiffres du chomage, les incidents dans une centrale nucleairecomme les photos de paysage (souvent trafiquees pour "gommer" le beton). Autre exemple : le massacre de Nanking en 1937, la capitale chinoise a l'epoque. Les Japonais y ont extermine plus de 300 000 personnes en quelques semaines, dans des conditions horribles avec viol et torture faisant passer les nazis pour des enfants de coeur. Par comparaison, les civils tues durant toute la seconde mondial ont ete de 61 000 en Grande Bretagne, 108 000 en France, 101 000 en Belgique, ou encore 242 000 aux Pays-Bas. Les bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki ont tue respectivement 140 000 et 70 000 personnes. Les Japonais nient encore aujourd'hui ce qui s'est passe a Nanking, meme d'eminents hommes politiques, et voilent la verite dans les manuels scolaires. Tout le monde connait Auschwitz. Qui connait Nanking ? Un bel exemple de deformation et de dissimulation d'une cruelle realite. Tout ca pour vous dire que la sante financiere du Japon est probablement bien plus catastrophique qu'il n'y parait.
Vous devez vous demander comment se fait-il que de l'argent "gratuit" puisse etre mis a disposition du gouvernement et les entreprises nippones. L'explication est encore une fois la meme : grace aux sacrifices des citoyens. Ces dernierssont les champions du monde de l'epargne. Engros, ils confient leureconomies aux banques meme si les taux d'interet sont proches de zero. Et s'ils souhaitentemprunter de l'argent, ils fontappel a des usuriers lies aux Yakuzas leur proposant des conditions pourries. Ou encore, les banques font souscrire leurs clients a des plans d'assurance-vie "arnaque".
En gros, le Japon gere avec une tres faible productivite son capital. Les Japonais epargnent peut-etre enormement mais cet argent ne cree pas d'argent. La crise du systeme financier ayant conduit a la crise des annees 90 n'est pas pret de s'apaiser
J'ai aussi appris pas mal de choses sur le systeme educatif. Le formatage commence des le plus jeune age. Les enfants japonais apprennent a se comporter a l'unisson, a suivre les regles, et a vivre au sein d'un groupe cree au debut de chaque annee scolaire. La perseverance et la souffrance sont 2 des qualites enseignees. Les privations voire les punitions physiques sont monnaie courante. Les examens universitaires portant sur des sujets non enseignesau college et au lycee, les eleves sont tous contraints de participer a des cours du soir. Les activites extra-scolaires(musique, sport) sont ultra-organisees et quasiment paramilitaires.En raison de la pression intense imposee, les eleves se defoulent sur des boucs emissaires sortant de la norme. Cesattitudes sontparfaitementtolerees par les ecole, les boucs emissairesetant presque consideres comme les fautifs... Heureusement,la pression se relache completement durant les annees universitaires. C'est un peu la glandouille pendant 4 ans puisque les boites se chargent de former (reformater ?) leurs employes.
On enseigne aussi aux eleves a adopter une attitude condescendantevoire craintive vis-a-vis des etrangers. Tous les professeursnon japonaisqui enseignaientsur le long terme se sont fait virer il y a quelques annees, sans doute par crainte de leur influence nefaste sur le conditionnement des eleves...
Pour ce qui est du contenu, la methode d'enseignement est basee sur la memorisation et le par coeur, pas sur le developpement des capacites d'analyse. Les eleves japonais sont donc en general peu creatifs, et un peu perdu lorsqu'ils sont confrontes a un probleme jamais rencontre.
En bref, les enfants et adolescents japonais apprennent a supporter la fatigue, le travail acharne, les sacrifices, le respect des regles et de la hierarchie, qui seront leur lot quotidien durant leur vie professionnelle. Les consequences :
- Des adultes infantilises, ne sachant pas prendre de decision ou de responsabilites en dehors d'un groupe.
- Des hommes qui continuent a pratiquer le masochisme enseigne a l'ecole, et rentrent tardivement au foyer meme s'ils n'ont rien a faire.
- Des jeunes femmes qui se retrouvent dans les parcs pourrecreer un univershierarchise.
- Un monde artistique sombrant dans la mediocrite en raison du manque de creativite. Le meilleur exemple est l'industrie cinematographique,au bord de la banqueroute et qui, a part quelques produits independants genre Kitano, ne sait plus produire que des filmsdestines aux enfants comme "Pokemon". A noter que les Kurosawa et autres Ozu ne sont pas passes par la"machine educative a formater" mise en place a la fin de la seconde guerre mondiale (les createurs de Honda et autre Sony non plus d'ailleurs).Enfin, les rares artistestalentueuses preferent en general s'expatrier pour sortir du moule.
09/12/03 De Tokyo a Paris
Nous nous rendons en matinee a l'aeroport. L'avion me ramenant au bercail decolle a 11h. Nous survolons les plaines de la Siberie puis l'ocean antartique pour terminer au dessus de la Norvege. Europe, me revoila.
CONCLUSION JAPON
Le Japon... J'avais planifie ce pays dans mon itineraire avec une seule ideeen tete : essayer de comprendre cette societe unique au monde. Ce n'etait pas une mince affaire, et je n'ai pas reussi a eclaircir de nombreux mysteres. Maisces 3 semaines ont ete aussi passionnantesque je l'imaginais. Je tiens toutefois a prevenir les voyageurs, le Japon est plutot decevant en terme d'attractions touristiques. Une foisque vous avez vu un chateau etquelques temples, vous avez quasiment tout vu. J'exagere car il y a aussi le merveilleux Mt Fuji(peut-etre la plus belle montagne apercue au cours de cette annee), la vie trepidante de Tokyo, et les incroyables couleurs d'automne. Mais globalement, le peuple est a mon avisl'attraction majeure du pays.
Les relations interpersonnelles sont encore fortement marqueespar le code du samourai : recherche de l'harmonie, respect des regles, devouement envers son maitre.Les consequences positivessontune politesse extreme, une societe a l'organisation impeccable, des employesfortementattaches a leurentreprise. Mais la confrontation entre les caracteristiques culturellesnippones et le monde occidental et industriel a eu de nombreuses consequencesnegatives. Quelques exemples :un environnement saccage en raison dubesoin de controler les caprices de la nature ;un systeme financier en banqueroute en raison du besoin de deformer voire cacher une realite douloureuse ;des courses en avant insensees sans maitre a bord pour freiner en raison du besoin de partager les responsabilites.Mais surtout, fierte et sens du sacrifice sont les deux traits caracteristiques qui permettent d'expliquer la derive actuelle. A la fin de la seconde guerre mondiale, ou lors de l'arrivee des europeens et des americainsau milieu du 19eme, les Japonais se sont jures a chaque fois de rattraper et rivaliser avec les occidentaux. La premiere foisen termes militaires, la deuxiemefois en termes economiques. Ils y sont arrives a chaque fois, mais au prix d'enormes sacrifices. Leur ancienne devise "Peuple pauvre, etat puissant"s'applique toujours aujourd'hui : les japonais sont peut-etre riches mais ils menent vie que j'ai trouvé peu épanouissante. Ils ont sacrifie leur vie prive, leurs traditions et leur environnement sur l'autel de l'industrialisation. Ces conclusions peuvent vous sembler opaques et je vous recommande donc d'aller lire les articlesde ces 3 dernieres semaines(je n'ai jamais autant ecrit qu'au Japon).
24/11/03 Tokyo
Nous commencons a utiliser notre "rail pass" de 7 jours pour nous rendre a Tokyo, en prenant le fameux Shinkansen (le TGV nippon). Nous assistons a de belles demonstrations de courbettes par les controleurs et vendeurs de nourriture, qui l'effectuent a chaque fois qu'ils rentrent ou sortent du wagon ! Les paysages sont identiques tout au long du voyage : des plaines remplies d'habitations avec quelques rizieres perdues au milieu, le tout encadre par des montagnes boisees et la mer.
Nous sommes accueillis a notre arrivee par Sebastien, une vieille connaissance datant des classes prepas et que j'avais retrouve lors de ma cooperation a Washington. Il travaille pour 2 ans en tant que chercheur dans une universite de Tokyo, et habite dans le quartier de Ueno avec son amie irlandaise Ruth. Apres avoir deguste un delicieux curry indien, un plat usuel au Japon, Seb nous fait faire le tour des principaux quartiers de la capitale :
- Ueno : un quartier traditionnel avec son fameux marche abrite par l'arcade Ameya-yokocho.
- Akihabara : la mecque pour les fanas d'ordinateurs et d'appareils electroniques en tout genre.
- Ginza : le quartier historique ayant accueilli les premiers centres commerciaux ; toujours un must pour les fanas de shopping.
- Shibuya : le lieu de naissance de toutes les dernieres tendances mode ; un quartier rempli de jeunes tokyoites qui aiment se montrer. Voir vidéo.
- Shinjuku : le quartier des affaires et des grattes-ciels.
Ce fut un apercu rapide, et nous aurons le temps d'approfondir notre decouverte de Tokyo durant notre derniere semaine au Japon. Mais je peux deja vous dire quela capitaleet l'antithese de Kyoto : foule compacte et pressee, immeubles recents, bruits, circulation intense...
En soiree, Seb et Ruth nous concoctent un delicieux repas et nous presentent leurs impressions apres une annee passee au pays du soleil levant. Ils nous confirment que les japonais sont vraiment un peuple a part. Ces derniers sont tout le temps occupes, et il est donc difficile de passer du temps avec eux. Par ailleurs, pour discuter de sujets politiques ou necessitant une prise d'opinion, il faut les faire boire. Ils se decoincent alors completement. Sinon, ils evitent toute discussion epineuse en changeant de sujet ou en allant aux toilettes (veridique !). Enfin, peu importe la duree du temps passe au Japon, les expatries sont toujours consideres comme des etrangers. Autant de facteurs qui rendent difficile la liaison d'amities avec les locaux.
Pour ne rien arranger, la langue japonaise est d'une complexite extreme. Sa prononciation est plus abordable que le Thai ou le Chinois, mais plusieurs mots servent a decrire la meme chose et sont utilises selon la forme de politesse exprimee. La meme phrase est donc differente selon la hierarchie de la personne a laquelle on s'adresse. De plus, les phrases sont pleines de sous-entendus et leur structure est a l'oppose de celle des langues europeennes. Enfin, le japonais est en constante mutation et incorpore chaque annee de nouveaux mots...
Je n'ose meme pas vous parler du systeme d'ecriture... Trois scripts differents sont utilises et melanges allegrement :
- le kanji, les ideogrammes developpes par les chinois ; non seulement il y en a des milliers a apprendre par coeur mais en plus, la prononciation est differente selon le contexte comme je vous l'ai explique (ce n'est pas le cas en chinois).
- le hiragana, une cinquantaine de syllabes creees en supplement du kanji en raison des differences de grammaire entre le japonais et le chinois.
- le katakana, une cinquantaine de syllabes utilisees pour representer les mots etrangers, anglais pour la plupart. Exemples : terebi (TV), biiru (beer), keki (cake), kohii (coffee).
A propos des relations hommes/femmes : ils vivent dans 2 univers differents. Les hommes consacrent leur vie a leur entreprise et a se bourrer la gueule a la sortie du boulot entres collegues, tandis que les femmes sont completement dominees et destinees a s'occuper du foyer et des enfants. Les hommes n'ont aucun complexe a aller aux bordels qui ont pignon sur rue au Japon, alors que les femmes n'ont aucun scrupule a fantasmer sur les etrangers, souvent des anglo-saxons enseignant l'anglais. Des amis de Seb se sont meme fait aborder dans la rue par des japonaises leur proposant un rendez-vous sexuel hebdomadaire ! Sinon, il parait que certaines femmes prennent la precaution de mettre des preservatifs dans les valises de leurs maris lorsqu'ils partent a l'etranger, sachant pertinement qu'ils iront faire un tour chez les prostituees locales...
En bref, ce peuple semble avoir une conception du bonheur bien differente de la notre... Biensur, les faits que je vous ai presentes ne s'appliquent pas a tous les japonais, et la societe est en profonde mutation. Mais une grande partie reste vrai.
25/11/03 Kitakata
Nous voila enfin dans une petite ville, loin des groupes de touristes et des paysages urbains apercus jusqu'a present. Les "Kuras", des batiments et entrepots traditionnels en boue sechee, ont fait la renommee de Kitakata a travers le pays. Ils arborent de belles couleurs noir et blanc. Leurs fenetres et toits assurent une totale hermeticite, leur donnant parfois l'aspect de coffres-fort geants. L'air etait ainsi piege et une bougie se consummant a l'interieur brulait tout l'oxygene afin de limiter les risques d'incendie. Ces batiments historiques font aujourd'hui office d'habitation, de magasin ou de restaurant, mais certaines distilleries de sake traditionnelles continuent de produire l'alcool prefere des Japonais.
Nous effectuons une balade sympathique dans les rues de cette ancienne ville commercante, mais la pluie incessante nous gache un peu la journee. Je ne vais pas me plaindre car j'ai quand meme ete gate par le temps depuis le debut du voyage. Et puis il faut bien que je commence a me re-acclimater a la grisaille parisienne que je vais retrouver dans 2 semaines...
26/11/03 Aizu Wakamatsu
Il est temps de reprendre le cours d'histoire entame brievement il y a une semaine. Je m'etais arrete a la periode de 710 a 794, lorsque Nara fut la premiere veritable capitale imperiale du pays, avant d'etre transferee a Heian (Kyoto aujourd'hui).
794-1185 :periode Heian
L'empire nippon connait une periode florissante. Les differents clans de samourais, la classe des guerriers, excercent un pouvoir croissant au sein de la court imperiale. Le clan Fujiwara base a Hiraizumi prend meme plus ou moins les rennes du pays a partir de 1089.
1185-1333 : periode Kamakura
Le clan Minamoto puis Hojo bases a Kamakura (proche Tokyo) prennent le relais apres le clan Fujiwara. Meme si la famille imperiale continue a regner a Kyoto, le dirigeant du pays dans les faits est le Shogun, le seigneur a la tete de la famille de samourais dominante. Les mongols tentent a 2 reprises d'envahir le Japon en 1274 et 1281, mais leur flotte est a chaque fois detruite par un ouragan miraculeux, baptise "Kamikaze" (d'ou le nom donne plus tard aux pilotes suicides durant la seconde guerre mondiale). Le gouvernement de Kamakura emerge victorieux du conflit mais est incapable de retribuer son armee. Il est donc renverse par l'empereur Go-Daigo en 1333.
1333-1467 : periode Muromachi
L'empereur ne retrouve les pleins pouvoirs que brievement puisque le clan Ashikaga base a Muromachi (Kyoto aujourd'hui) fait eclater une revolte victorieuse, puis controle le pays pendant un peu plus d'un siecle.
1467-1600 : le chaos avant la reunification
De 1467 a 1576, le Japon vit une periode chaotique. Le pays est eclate en differents royaumes. Il n'y a plus de gouvernement centralise meme si la lignee des empereurs se perpetue a Kyoto. Mais a partir de 1573, le pays est unifie petit a petit par Oda Nobunaga puis Toyotomi Hideyoshi (periode Momoyama).
1600-1867 : periode Edo
Le dernier clan majeur a diriger le pays entre en scene : la famille Tokugawa basee a Edo (aujourd'hui Tokyo). La hierarchisation de la societe est renforcee, avec par ordre descendant d'importance : le clan Tokugawa, les seigneurs et leurs samourais, les paysans, puis les artisans et les marchands. La mobilite sociale entre les classes (pour ne pas dire castes) est impossible et la position sociale est donc determinee a la naissance. Il ne faut en aucun cas devier des sacro-saintes regles d'obeissance et de loyaute envers les classes superieures. Par ailleurs, a l'instar des Qing en Chine, les Tokugawa decident d'isoler completement le Japon. Une grave erreur puisque le gouvernement ne decouvre que tardivement l'avance prise par les pays occidentaux.
1868 - 1912 : periode Meiji
Le clan Tokugawa ne sait pas trop comment gerer les interferences provoquees par l'arrivee des puissances etrangeres. L'empereur Meiji en profite pour provoquer une revolte le replacant a la tete du pays. Le systeme de shogun en place depuis presque 7 siecles disparait. Les familles de samourais tentent de se rebeller face a l'erosion de leurs pouvoirs mais sans succes. Edo change de nom pour devenir Tokyo et la nouvelle capitale imperiale aux depends de Kyoto. L'empereur Meiji arrive a metamorphoser le Japon en s'inspirant du modele occidental. Le pays subit une industrialisation intense en accueillant des experts etrangers et en envoyant de nombreux etudiants en Europe ou aux Etats-Unis. Les systemes politiques occidentaux sont passes au crible et une nouvelle constitution est redigee en 1889.
Pourquoi les puissances europeennes et les Etats-Unis ne tenterent pas d'envahir le Japon ? Ou du moins pretexter des incidents diplomatiques pour provoquer des conflits et s'implanter comme en Chine (peut-etre que les ressources naturelles n'etaient pas interessantes)? Toujours est-il qu'a la fin du 19eme siecle, l'empire du soleil levant dispose d'une economie performante et d'une armee moderne pouvant rivaliser avec les plus puissants. Les quelques droits acquis par les occidentaux sont abolis et les Japonais ecrasent l'armee chinoise en 1894-95. Le traite qui en resulte reconnait l'independance de la Coree et officialise la cession de Taiwan au Japon. Puis c'est l'armee et la flotte russe qui se font humilier en 1904-05.
1912-1940 : Le calme avant la tempete
Malgre la mort de l'empereur Meiji, le Japon continue sa course en avant, et accentue sa domination de l'Asie. Les exportations liees a la premiere guerre mondiale accelerent la croissance. Le gouvernement adopte une attitude de plus en plus moderee au niveau de sa politique etrangere et relance les processus de democratisation et de liberalisation.
Malheureusement, la crise de 1929 impacte fortement l'economie et inverse la tendance. Comme en Allemagne, le role joue par les militaires augmente. Le Japon envahit la Mandchourie en 1931 puis le reste de la Chine en 1937. Le gouvernement signe un pacte avec l'Allemagne nazi et l'Italie fasciste en 1940.
Je vous passe la suite de l'histoire que vous connaissez certainement tres bien : Pearl Harbour le 7 decembre 1941, invasion de l'Asie du Sud-Est, revers a partir de 1942 jusqu'aux bombes atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki mettant un terme a la guerre. Puis reconstruction du pays miraculeuse pour devenir la puissance actuelle.
Apres ce bref resume d'histoire, je peux vous presenter Aizu-Wakamatsu. Il s'agissait d'une "ville-chateau" hebergeant un clan de samourais comme on en trouvait par centaines a travers le Japon feodal. Lors de la guerre civile de 1868, le clan Aizu Matsudaira resta fidele au Shogun Tokugawa, et defia par consequent les forces imperiales. La resistance fut ecrasee et la ville d'Aizu Wakamatsu incendiee. Alors que la defaite etait scellee, une vingtaine de jeunes samourais se refugierent sur une colline et se firent harakiri.
On peut voir aujourd'hui leurs tombes devenus lieu de pelerinage. Les autres vestiges du passe de la ville sont des maisons traditionnelles et des kuras comme a Kitakata, et une superbe reconstitution de demeure de samourais. Le chateau Tsuruga-jo a ete entierement renove puisqu'il fut rase en 1874 par le gouvernement Meiji. Un total de 144 chateaux-forts furent detruits a cette epoque, puisqu'ils representaient un passe revolu. Puis 27 supplemtaires ne survecurent pas aux bombardements de la seconde guerre mondiale. Il ne restait donc plus que 12 chateaux originaux en 1945... Le plus beau specimen est Himeji, que nous avons visite il y a une dizaine de jours.
En soiree, nous continuons a exploiter notre Rail Pass pour atterir a Hiraizumi vers 20h30. Desagreable surprise a l'arrivee : l'auberge de jeunesse est fermee. Nous avions appele en matinee, mais la personne ayant repondu ne parlait pas la langue de shakespeare. Nous finissons par trouver une "Ryokan" (auberge a la japonaise) vers 21h30 plutot bon marche (50 euros par personne sans repas alors qu'une auberge de jeunesse coute de 25 a 30 euros par personne). Nous avons eu du mal... D'une part, l'heure etait tardive pour les japonais. Dans la plupart des hotels, les proprietaires etaient deja en train de se coucher... Par ailleurs, certains etablissements ne souhaitaient pas accueillir d'etrangers. Pourquoi ? Sans doute par crainte de voir les "gaijins" violer les us et coutumes, mais aussi un peu par racisme. Et oui, les Japonais continuent a souffrir d'un certain complexe de superiorite vis-a-vis du reste du monde. Par ailleurs, il faut savoir que la discrimination n'est pas reprimee par la loi au Japon...
Bien sympa cette nuit dans la Ryokan. A notre arrivee, nous otons evidemment nos chaussures puis enfilons des chaussons pour rejoindre notre chambre. Le sol de celle-ci est entierement recouvert de tatamis, et il faut donc se debarrasser de nos chaussons pour y penetrer en faisant coulisser les portes recouvertes de papier. La table basse et le meuble-tele ne suffisent pas a supprimer l'impression de vide qui y regne. A peine installes, le proprietaire nous sert du the accompagne de sucreries. Puis nous allons nous laver dans les salles de bain communes, similaires aux bains publics que nous avons teste a Kyoto (sauf que nous sommes seuls cette fois-ci). Tout beaux, tout propres, nous enfilons les yukatas (pyjama-kimono) qui nous ont ete fournis et retournons dans notre chambre. En notre absence, le futon et la literie ont ete deployes. Malheureusement, nous sommes arrives trop tard, et nous sommes les seuls clients, donc nous n'avons pas droit a un repas en soiree ou a un petit-dejeuner traditionnels le lendemain. Mais bon, c'etait deja bien depaysant !
Les Japonais s'occidentalisent de plus en plus, mais la tradition du tatami semble encore bien preservee. Dans le ferry de Shanghai a Osaka, il y avait meme des couchettes "western-style" ou "japanese-style". Meme dans les auberges de jeunesse, les dortoirs peuvent etre des 2 types.
27/11/03 Hiraizumi
Si vous reprenez le cours d'histoire d'hier, vous remarquerez que Hiraizumi hebergea le clan Fujiwara, la premiere famille de samourais a dominer la vie politique vers la fin de la periode Heian. De 1089 a 1189, Hiraizumi connut un siecle de gloire et rivalisa meme avec Kyoto. Les principaux vestiges aujourd'hui sont 2 complexes de temples. Motsu-ji est plutot decevant puisqu'il ne reste plus que les fondations de la majorite des batiments. Difficile de croire qu'il s'agissait du complexe le plus important du Nord-Est du Japon par le passe, et contenait pres de 500 monasteres et 40 pagodes ! Chuson-ji est nettement plus excitant. De nombreux temples de toute taille sont parsemes sur une colline en plein milieu d'une foret. On peut meme y voir un superbe theatre de Noh.
En attendant notre train, nous allons a la mairie pour surfer sur internet. Difficile d'etre discret puisque l'ordinateur est en plein milieu de la salle d'attente et l'ecran est geant ! On ne va pas se plaindre, le surf est gratuit. Nous nous eclipsons sans attirer l'attention car nous avons semble-t-il foutu un peu la merde en telechargeant le logiciel permettant de visionner les caracteres chinois traditionnels pour Sophia... Nous arrivons a Tono vers 18h30, en pleine campagne. L'auberge de jeunesse etant au milieu des rizieres a 6 km de la gare, nous faisons de l'auto-stop avec succes.
28/11/03 Tono
Nous voila enfin dans la vraie campagne. Tono est repute a travers le pays pour ses contes mettant en scene differents dieux du folklore nippon. Par exemple, les Kappa sont des creatures vivant dans les cours d'eau, de la taille d'un gamin de 12-13 ans, avec une carapace de tortue sur le dos et une depression sur le haut du crane contenant de l'eau source de leurs pouvoirs. Les Oshirasama sont une paire de dieux lies a la production de la soie. L'un a une tete humaine, l'autre a une tete de cheval. Ils sont habilles d'une epaisse couche d'etoffes de luxe, renouvellee tous les ans.
La renommee de Tono a bien sur conduit a la creation d'attractions touristiques, notamment plusieurs reconstitutions de villages paysans. Nous faisons le tour de l'un d'entre eux (Tono Furosato) pour visiter les fermes en forme de L, typiques de la region, et appelees Nambu Magariya. Il s'agit tout simplement de maisons a laquelles ont ete accolees les ecuries. Durant l'ete, de nombreux ateliers permettent aux citadins de decouvrir la vie rurale. Comme il s'agit de la fin de saison, le village reconstitue est desert et nous sommes les seuls touristes a nous y balader.
Mais finalement c'est la promenade a velo que nous effectuons durant toute la matinee qui est la plus interessante. En fouinant un peu, nous tombons sur des batiments d'epoque identiques a ceux reconstitues a Tono Furosato : Nambu Magariya, granges, entrepots...
Nous prenons comme d'habitude notre train en milieu d'apres-midi pour rejoindre notre etape suivante, Kakunodate. Nous essayons cette fois-ci une Minshuku, l'equivalent d'un Bed&Breakfast chez nous. Finalement l'experience est assez proche de celle d'une Ryokan en un peu moins luxueux : pas de the offert a l'arrivee et nous devons nous-meme installer notre literie. En revanche, nous avons droit cette fois-ci au petit-dejeuner japonais... Delicieux !
29/11/03 Kakunodate
Creee au debut du 17eme siecle, Kakunodate est une autre "ville-chateau", a l'instar d'Himeji ou de Aizu-Wakamatsu deja visitees. Le chateau a disparu mais une rue bordee de maisons de samourais a ete admirablement conservee. Nous sommes cependant relativement decus. Il n'y a pas grand chose a voir. De plus, la residence de samourais visitee a Aizu-Wakamatsu etait plus interessante. Enfin, il pleut de nouveau toute la journee... Nous ne sommes donc pas mecontent de prendre un train en debut d'apres-midi pour commencer a redescendre vers Tokyo.
30/11/03 Nikko
Nous passons une matinee tres sympa. En attendant la fin d'une averse incessante, nous essayons des bains thermals (onsen). En gros, le principe est le meme que dans les bains publics et les salles de bain communes des auberges et hotels. Mais l'eau provient d'une source naturelle, les bains sont nettement plus luxueux, et il est possible de profiter d'une piscine exterieure ou encore d'un sauna. Comme les Ryokan ou les Minshukus, il s'agit d'un bon moyen de s'immerger dans la vie quotidienne des japonais. Nous etions dimanche matin et les bains etaient donc remplis de locaux (j'etais le seul occidental). Tout le monde etait a poil bien sur...
Les bains thermals attirent certes de nombreux touristes a Nikko, mais il s'agit avant tout d'un lieu de pelerinage depuis des siecles. Les premiers temples furent construits au 8eme siecle. C'est toutefois durant la periode Edo que ce site sacre niche au milieu de splendides montagnes prit toute son ampleur. La famille Tokugawa regnante y eleva en effet des sanctuaires monumentaux a la gloire de ses ancetres. Encore des temples me direz vous... En fait, nous n'avons meme pas visite les principaux (10 euros l'entree !). Nous nous sommes balades dans les temples mineurs gratuits et nous avons flane dans les allees bordees d'arbres magnifiques. Et je dois dire que l'ambiance qui y regnait, a peine perturbee par les touristes, etait unique.
Une belle derniere journee mettant fin a une excursion dans le Nord un peu decevante. J'ai l'impression qu'il n'existe plus de vieilles villes authentiques au Japon. Seuls les temples ont ete relativement bien conserves. Il reste bien aussi quelques chateaux ou de vieilles demeures par-ci par-la. Mais ces batiments paraissent souvent assez artificiels au milieu d'un environnement urbain fait de beton, de verre et de briques.
Les premieres impressions que j'avais eu a Kyoto ont ete confirmees. On peut voir dans l'ancienne capitale imperiale des temples par dizaines. Mais que sont devenus les charmantes maisons de bois qui composaient la vieille ville (epargnee par la seconde guerre mondiale) ? Cette derniere a ete completement rasee, et les quelques vieux quartiers preserves sont devenus des parcs a touristes. De nouvelles constructions futuristes ont ete erigees sans scrupule, a commencer par la tour de Kyoto en 1964. Il s'agissait il est vrai d'une epoque a laquelle des erreurs d'urbanisation ont ete faites dans la plupart des pays developpes. Mais que dire de la monstrueuse gare inauguree en 1997, qui est en decalage complet avec l'image que devrait donner la ville. J'ai beaucoup aime Kyoto (ses temples en particulier), mais je serais sans doute tombe fou amoureux de la ville d'apres-guerre ou d'il y a meme 20 ans.
Il parait que les sites touristiques les plus populaires sont Disneyland et des parcs dans lesquels ont ete recree des monuments ou des villages a l'occidental. Huis Ten Bosch a Nagasaki, reconstitution d'un village traditionnel hollandais,est par exemple le plus grand parc a theme nippon.
Que ce soit a Kyoto ou dans les villes et villages du pays, les Japonais continuent de detruire les symboles de leur passe. Ils preferent vivrent dans du neuf moche, symbole de modernite, que dans du vieux renove. Il reste heureusement des fabuleux complexes de temples, mais tout voyageur finit par rapidement se lasser... Ce qui fait peur, c'est que les Chinois sont en train de faire exactement les memes erreurs dans leur pays. Un conseil : allez vite voir les fantastiques vieilles villes de Chine car elles vont sans doute completement disparaitre comme au Japon.
Region du Kansai. Pendant 1 semaine, decouverte de la culture japonaise a Kyoto et ses alentours (Nara, Himeji).
Durant notre "croisiere" de 2 jours, nous avons eu le temps de souffler et de lire un peu. J'en ai donc profite pour commencer a m'impregner de la culture japonaise.Lesrelations interpersonnelles semblent en particulier fascinantes. Le confucianisme et la notion de groupe influencent la vie quotidienne au pays du soleil levant plus que dans n'importe quel autre pays d'Asie. Les societes chinoise ou vietnamienne etaient par le passe egalement fortement impregnees (Confucius etait chinois), mais les colons occidentaux et surtout le communisme ont fortement impacte, voire detruit,les traditions ancestrales.Le passage a l'ere moderne s'est fait un peu plus en douceur au Japon(j'approfondirai ce point plus tard), ce qui explique l'extraordinaireconservation des us et coutumes.
Grossierement, le confucianisme est une doctrine etablissant un ordre socialque tout individu se doit de respecter.Toutes les relationssont donc hierarchisees : parents/enfants, aine/cadet, senior/junior, professeur/etudiant, chef/employe, homme/femme... Afin de respecter cette hierarchie, des regles strictes regissent la societe nippone. Quelques exemples : le rituel de la courbette, celui des echanges de cartes de visite lors d'une rencontre professionnelle, celui des echanges de cadeaux, l'incroyable variete de la langue permettant de marquer le respect lorsque quelqu'un s'adresse a une personne "superieure"... Les etiquettessont parfoisd'une telle complexite que de nombreux livres sur le sujet sont publies encore aujourd'hui .
Par ailleurs, la loyauteabsolue envers ses superieurs est une autre consequence du confucianisme. Les samourais ou les kamikazes, prets a se sacrifier respectivement pour leur maitre ou pour l'empereur, sont les formes extremes de cette loyaute. Les "travailleurs-guerriers" ayant permis de relever le pays apres la seconde guerre mondiale, au detriment de leur vie familiale et prive, sont unexemple plus recent.
La notion de groupe est une autre caracteristique du Japon. Tout individu doit se fondre dans la masse et privilegier le groupe par rapport a ses interets personnels. L'harmonie au sein du groupe doit etre preservee et en particulier les conflits doivent etre evites autant que possible. Les consequences sont nombreuses. Les Japonais ont par exemple beaucoup de difficultes a dire "non" et font de multiples detours pour exprimer des opinions ou des idees qui pourraient froisser leur interlocuteur. En outre, ils ont la manie de s'excuser perpetuellement ou bien de rire lorsqu'ils sont confrontes a une situation embarrassante. Cette effacement du "moi" et ce besoin d'etablir des relationsharmonieuses vis-a-vis des autres se traduisent egalement par une courtoisie, une modestie, une timidite et une flatterie rendant tout contact extremement agreable (surtout quand on arrive de Chine...). Enfin, la compassion envers les autres est une qualite attribuee aux japonais resultant de cette obsession a vouloir preserver l'unite au sein d'un groupe.
Neanmoins, les Japonais sont comme tous les etres humains et sont parfois en desaccord avec le groupe. Pour resoudre ce probleme pouvant destabiliser l'harmonie, ils font la claire distinction entre le masque exterieur et l'ego interieur. Il faut par consequent ne jamais se fier aux apparences exterieures, en particulier lorsqu'un japonais affiche un visage sans expression ou laisse planer un silence paraissant etrange. Enfin, l'image du "moi" percue par les autres revetant une importance enorme, il est capital de ne jamais perdre la face, ou de faire perdre la face a quelqu'un.
Voila, pour une courte introduction sur les relations interpersonnelles au Japon. On verra dans la pratique au cours des 3 semaines a venir !
17 au 18/11/03 Kyoto
Nous retrouvons la terre ferme vers 9h30. Nous ne nous eternisons pas a Osaka et rejoignons directement Kyoto, ou nous comptons rester 1 semaine.
Les deuxpremiers jours sontriches en decouvertes, comme a chaque fois lorsque l'on debarque dans un nouveau pays. Nous verifions la legendaire modernite et proprete des villes, ainsi que l'exceptionnelle discipline des Japonais (les Allemands paraissent bien rustres en comparaison). Les feux rouges pour pietons sont ultra-respectes. Les gens empruntent toujours la voie de gauche des escaliers, celle de droite etant attribuee a ceux circulant dans le sens inverse (on roule a gauche au Japon). Les gens se placent consciencieusement a gauche lorsqu'ils utilisent un escalator afin de laisser passer a droite les personnes pressees. J'ai aussi vu un homme fumant dans la rue qui jetait ses cendres dans un cendrier portable afin de ne pas salir le trottoir ! Enfin, il y a aussi biensur les fameux toilettes high-tech : lumiere automatique, siege chauffant, jet d'eau nettoyant, seche-mains bidirectionnel...
Au niveau vestimentaire, ce sont d'abord les uniformes des ecolieres qui choquent. Des jupes parfois bien courtes, a la limite de l'indescent. Passee l'adolescence, les femmes conservent l'habitude de porter des jupes mais remplacent les chaussettes hautes par des bottes a talon en cuir. Les Japonaises ne sont pas tres belles mais il faut reconnaitre qu'elles sont fort elegantes. Elles ne lesinent pas sur le maquillage,ni sur les depenses afin de suivre les dernieres modes. Il en resulte d'ailleurs une certaine uniformite, etsemblent toutes avoir la meme coupe de cheveux !Etde temps a autre, on croise des femmes en kimonos au milieu de cettefoule habillee tendance, illustrant le contraste tradition/modernite caracteristique du Japon.Les superbes magasins specialises dans la vente et la confection de ces kimonos sont presents dans chaque galerie commerciale.
Je terminerai parquelques derniers details frappants :le nombre impressionnant de personnes agees ; l'incroyable petite taille des japonais, de vrais nains parfois ! Et il y aussi ces etranges magasins Sinon, pour prendre un bus, on monte par l'arriere et on paye en descendant par l'avant. Les Japonais semblent comme les Anglais, ils ne font jamais comme les autres !
Outre la decouverte de la vie japonaise, nous commencons durant ces 2 jours a faire le tour des dizaines de temples dissemines dans Kyoto. Kyoto a ete la capitale imperiale pendant des siecles et a donc toujours ete un des principaux centres religieux et culturel du pays. Les 2 religions pratiquees sont le bouddhisme et le shintoisme, et sont melanges allegrement. Les ceremonies bouddhistes sont plutot utilisees pour celebrer de malheureux evenements (funerailles) et celles shintoistes pour les evenements plus heureux. A noter que de nombreux jeunes couples cedent a la mode des mariages chretiens et l'on peut donc apercevoir dans toutes les villes des eglises construites uniquement a cet effet.
Inutile de rajouter une couche sur le bouddhisme, que je vous ai deja presente en long et en large. Le Mahayana (Grand Vehicule)fut introduit au Japon au 6eme siecle depuis la Chine via la Coree. De nombreuses ecoles de penseefurent creees au cours des siecles, la version la plus connue de nos jours etant le Zen (du chinois Chan). Le bouddhismeZen considere que la meditation plutot que l'etude rationnelle destextes sacres est la meilleure voie pour atteindre le l'illumination.Il s'agissait du bouddhisme pratique par les samourais. Les temples bouddhistes nippons m'ont semble plus massifs et imposants que ceux de Chine et du Vietnam. Ils sont aussi plus sobres etn'arborent que du noir et du blanc.
Le Shintoisme est la religion native du Japon,et est fondee sur le respect et l'adoration des phenomenes naturels. Les plus puissants d'entre eux (soleil, lune, pics de montagne, arbres, rivieres...)sont consideres comme des dieux, appeles "kamis". Ils sont veneres dans des temples eriges dans la plupart des lieux sacres.Leur joyeuse couleur rouge orangee tranche avec le noir et blanc des templesbouddhistes. Peut-etre est-ce lie au role respectif joue parles 2 religions (evenements plutot heureux vs malheureux) ?Des cloches tirees par une corde permettent par ailleurs d'exhaucer les voeux des pelerins. Il est aussi possible de formuler ces voeux sur des tablettes en bois.
19/11/03 Nara
Un peu d'histoire pour vous presenter Nara... Le Japon resta un pays "barbare" morcelependantlongtemps, en particulier en comparaison avec la Chine. Le pays fut unifie pour la premiere fois par le clan Yamato au debut du 4eme siecle. L'arrivee du bouddhisme au 6eme siecle s'accompagna d'une periode florissante pour les arts, laculture,la litterature, et l'architecture.Le Kanji, lesysteme d'ecriture nippon derive des caracteres chinois, fut cree a cette epoque. La "revolution" provoquee par l'emergence du bouddhisme provoqua egalement la mise en oeuvre de nombreuses reformes de l'administration et des lois. Parmis ces reformes, il fut decide de fixer la capitale a Nara en 710 alors qu'auparavant, la tradition etait de deplacer la capitale a la mort de l'empereur. A la fin du 8eme siecle, le clerge bouddhiste de Nara etait devenu trop influent et la court imperiale fut donc deplacee a Nagaoka (banlieue de Kyoto) en 784, puis a Kyoto meme en 794. Kyoto restera la capitale imperiale jusqu'en 1868. Je reviendrai sur la suite de l'histoire ulterieurement...
En tant que premiere capitale imperiale"sedentaire", Nara recele les plus ancienstemples du Japon. Le temple de Todaiji date par exemple du 8eme siecle et est le plus grand batiment en bois du monde. Il contient le Daibatsu, une des plus grandes statues en bronze au monde. Les cars d'ecoliers visitent en nombre ce temple avec nous, et il est amusant de les voir tous prendre des photos avec leurs telephones i-mode. Nousvisitons aussi Kasuga-Taisha, le plus important temple shinto de Nara, datant lui aussi du 8eme siecle. Les centaines de lanternes en pierre l'entourant le rendent particulierement attrayant.
Nous terminons par le quartier de Naramachi, avant de reprendre le train vers Kyoto. Nous y decouvrons de charmantes ruelles et de vieilles maisons en bois.
20/11/03 Himeji
A 1h30 en train de Kyoto se trouve le plus beau chateau-fort du Japon ayant survecu aux incendies et aux aleas de l'histoire. Il fut construit en 1580 et elargit 30 ans plus tard. Un detail surprenant : les surfaces des batiments et pieces sont donnees en utilisant le tatami comme unite de longueur ! Le donjon de 5 etages est majestueux mais les remparts et les jardins valent aussi le detour. Ce qui est fou au Japon, c'est cette recherche constante de l'harmonie et de la perfection. Tout doit etre beau et propre, que ce soit un chateau-fortou la dispostion de la nourriture dans un plat.
A noter que, comme dans toutes les maisons nippones, il nous a fallu oternos chaussures avant de penetrer dans les batiments du chateau. Des chaussons etaient anotre disposition, ainsi que des sacs en plastique pour transporter les chaussures impures.
A notre retour a Kyoto, nous allons voir une demonstration de Noh, la forme la plus ancienne et la plus abstraite du theatre nippon. Datant du 14eme siecle, il etait pratique par l'aristocratie en japonais d'epoque. La plupart des gens ne comprennent donc plus rien aux textes aujourd'hui mais apprecient les costumes et les masques, la musique et la gestuelle. Cette demonstration etait gratuite et destinee aux etrangers et nous avons donc eu 1 heure d'explications pour 10 minutes de performance.
Au cours de ces 4 premiers jours, j'ai pu verifier la plupart des caracteristiques des relations interpersonnelles que je vous ai presentees en introduction. Un exemple concernant le confucianisme:les fameuses courbettes sont en effet effectuees au quotidien, memeunecaissiere de supermarchedoit la fairedevant chaque client ! Il estaussi amusant de voir une personne se courber parfois a plusieurs reprises lorsqu'un au-revoir s'eternise un peu.
Concernant le constant besoin de rester en harmonie avec les autres et d'eviter les conflits, les exemples ont ete nombreux :
- Nous y avons ete confronte des notre arrivee a l'auberge de jeunesse a Kyoto. La receptionniste s'est confondu en excuses et a mis 5 minutes pour nous expliquer qu'il n'y avait plus de chambres pour 2 personnes et uniquement des dortoirs pour 4 personnes.
- Un birman rencontre a cette auberge nous a explique qu'il est difficile de faire des sorties avec des japonais car ils sont toujours occupes a etudier ou travailler. Mais s'ils sont invites pour une sortie,ils ne l'avouent jamais : ils ne disent ni"oui", ni"non", maistoujours unambigu "No problem"...
- Dans un supermarche, les caissieres comptent consciencieusement, piece par piece et billet par billet, l'argent qu'on lui donne, puis la monnaie qu'elle rend (comme dans une banque). Elles ne souhaitent par faire d'erreurs pouvant conduire a une altercation.
-A Nara, j'ai propose 2 bonbons a des etudiantesqui avaient engage la conversation avec nous. Elles nousont immediatement propose 2 bonbons en retour pour atteindre le sacro-saintequilibre de la reciprocite sociale.
- Dans un train, un individu a repondu a son telephone portable en parlant tout doucement et en placant un livre devant sa bouche afin de ne deranger personne... Sacres Japonais !
21 au 23/11/03 Kyoto
Apres quelques excursions aux alentours, nous nous replongeons dans la decouverte de Kyoto. Il faudrait des mois pour visiter tous les temples et batiments historiques de la ville. Beaucoup d'argent egalement car le ticket d'entree est souvent eleve... Nousn'avons donc vu qu'un echantillon. J'ai beaucoup apprecie les temples bouddhistes avec de beaux jardins Zen. Concernant les temples shinto, c'est avant tout l'activite religieuse qui m'a emballe. Nous avonsapercu quelques mariages a Heian (la robe blanche dela mariee estsuperbe). Mais surtout nous sommes tombes en plein pendant le festival des 3-5-7 :des enfants de 3, 5, ou 7 ans portant de superbes kimonos participent dans la plupart des temples shinto a des ceremonies sensees leur porter chance et reussite. Voir vidéo. Une difference majeure par rapport aux ceremonies chretiennes: quasiment pas de prieres, pas de chants, juste du silence interrompu par quelques sons de tambours ou de clochettes !
Voici un bref bilandes temples visites :
- les plus beaux : Kinkakuji, Ginkakujiet Heian.
-avec les plus beaux jardins Zen : Daitokuji (Daisen-in, Zuiho-in).
-avec la plus belle pagode : Toji.
- les plus impressionnants : Nishi-Honzanji, Hijashi-Honzanji, Nanzenji et Chion-in.
- les plus decevants : Kiomizu, Ryoanji, Yazaka.
Outre les temples, nous avons passe beaucoup de temps au marche aux puces mensuel autour du temple de Toji.J'ai fait quelques affaires pour ramener de souvenirs a des prix abordables. La visite du chateau de Nijo restera par ailleurs un de mes meilleurs souvenirs de Kyoto : de superbes batiments, des beaux jardins, des remparts elegants. A ne pas manquer si vous passez dans le coin.
Enfin, nous avons abandonnenotre "hostel"place idealement a cote de la gare ferroviaire pour passer 2 nuits sympathiques dans une guesthouse perdue dans le Nord-Est de la ville. Les tarifs etaient un peu plus eleves, il n'y avait pas de salle de bain mais quel charme ! Portes coulissantes, tatamis, futons, interieur sobre... Un danois marie a une japonaise et vivant au pays du soleil levant depuis 25 ans a rachete la maison traditionnelle derriere la sienne et y a amenage 2-3 chambres. Puisqu'il n'y avait pas de salle de bains, nous avons fait comme un bon nombre de japonais : nous sommes alles nous laver dans les bains publics. Amusant. Il faut d'abord se nettoyer a l'aide d'un jet d'eau, assis sur un tabouret en plastique. Une fois propre, on peut aller se prelasser dans les bains d'eau chaude, a bulles, ou infusee avec des herbes revigorantes. Il faut savoir que les japonais ne sont pas tres pudiques et tout le monde se balade allegrement a poil. Biensur hommes et femmes sont separes mais la caissiere avait une belle vue juste en face des casiers ou tous les hommes se deshabillaient !
Nous avons discute un moment avecle proprietaire danoisde la guesthouse en soiree. Il s'est completement immerge dans la culture nippone et sa coupe de cheveux pourrait etre celle d'un samourai. Il nous a donne un interessant expose sur la difference entre les coreens et les japonais.
La Coree est beaucoup plus empreignee de la culture chinoise que le Japon.Leurs coutumes, leurs costumes remontent aux dynastiesTang et Song. Compte tenu du massacre culturel qui a eu lieu durant l'ereMao en Chine, la Coree est peut etre le pays ou l'on peut observer au mieux la culture chinoise antique. Le confucianisme est par exemple fort present au sein des cellules familiales. Les relations interpersonnelles sont autant voire encore plus codees qu'au Japon. En outre, le Coreen est "fort" et n'a pas peur de se rebeller. Il mange beaucoup de viande, d'ail, de ginseng et deborde d'energie.
Quand les coreens ont plus ou moins envahi et pris le controle du Japonaux environs du 6eme siecle, ils ont importela culture chinoise mais en la deformant un peu. Le bouddhisme fut melange avec le shintoisme indigene. Le respect de l'ordre social prone par le confucianismene futpasenseigne auniveaude la cellule familialmais plutot au niveau des relations maitre/serviteur.L'aristocratie coreenne put ainsi regner surle peuple japonais pendant des siecles en mettant en place une societe relativement sectaire. Car outre le conditionnement de l'individu a respecter son maitre, il n'y avait pasde systemes d'examens ouverts a tous pour rentrer dans l'administration comme en Coree, en Chine ou au Vietnam. Seules les personnes appartenant a des familles noblespouvaient esperer obtenir des postes haut-places. En fait, lamajorite desempereurset des familles nobles ayant regne sur le Japon furent dedescendance coreenne...
Les consequences aujourd'hui sontdesjaponaisprets asacrifier leur vie priveetleur famille pourleurs entreprises, les"maitres" ayant remplace l'empereur et lesshoguns. Par ailleurs, le Japonais est "faible" par rapport aux coreens.Il a ete eduque pour etre timide, reserve et peu enclin a sortir de la norme. Il ne ferajamais la greve par respectpour son maitremais aussien raison d'un certainmanque de courage. Le coreen n'hesitera quant-a-lui pas une seconde.Autre illustration des differences fondamentales :la femme japonaise dedie sa vie auservice de son mari alors que la femme coreenne fait la loi dans son foyer.





