chine (tibet) (12)
25/09/03 de Lhasa a Shigatse
Nous partons a la decouverte de la region de Tsang. A partir du 10e siecle, cette province fut la grande rivale de celle de U que nous avons visite depuis notre arrivee au Tibet. Elle parvint d'ailleurs a dominer le pays entre le milieu du 13e et le milieu du 14e siecle, a la suite d'une alliance entre l'ordre de Sakyapa et les mongols. Puis le pouvoir alterna entre les 2 regions (et entre l'ordre de Sakyapa et de Kagyupa), jusqu'a ce que les mongols ne viennent a nouveau se meler des affaires internes du pays en soutenant l'ordre de Gelugpa (centre autour de Lhasa) au 17e siecle. Ce dernier et la region de U ont depuis domine le Tibet si vous avez suivi le cours d'histoire de la semaine derniere.
Nous prenons un bus en fin de matinee vers Shigatse, la deuxieme ville du pays apres Lhasa. Tandis que lors de notre visite de Samye, de la vallee de Yarlung et de Mindroling, nous avions descendu le fleuve de Yarlung Tsangpo, nous le remontons a present et penetrons dans des gorges impressionnantes. Les Chinois, jamais effraye par la nature, ont decide d'y construire une route, qu'ils ont baptise "autoroute de l'amitie". La nature est parfois trop forte, et ils auraient mieux fait de l'appeler "chemin en terre merdique de l'amitie". A chaque saison des pluies, un ou plusieurs ponts sont detruits et le bitume disparait dans les entrailles du fleuve. Notre bus est parfois oblige de faire des detours inconfortables pour rejoindre les parties de route encore intactes. Cette farce me fait penser a la route que les Chinois essayaient de construire sans succes dans les Tiger Leaping Gorge (Yunnan). J'espere qu'il n'en sera pas de meme pour la nouvelle ligne de chemin de fer Golmud - Lhasa...
Nous finissons par deboucher de nouveau dans une belle vallee. Les paysages de la region de Tsang different de ceux de la region de U en raison d'une pluviometrie plus faible. Les montagnes en particulier sont beaucoup plus arides. Apres 6 heures de trajet, nous atteignons finalement notre destination. Mais mon dos a enormement souffert, et il s'est comme bloque. Je passe une nuit plus qu'inconfortable...
26/09/03 Shigatse
Le matin, direction le monastere de Tashilhunpo, une des 6 institutions de l'ordre de Gelugpa (avec Drepung, Sera et Ganden autour de Lhasa, et 2 autres dans la region de l'Amdo). Cree en 1447, ce monastere pris de l'ampleur lorsque le 5e Dalai Lama declara que son tuteur, alors chef spirituel de Tashilhunpo, etait la reincarnation d'un dieu tibetain. Tashilhunpo devint alors le siege de la lignee des Panchen Lama (nous en sommes aujourd'hui au 11e), figure de proue de l'ordre Gelugpa apres le Dalai Lama. Cette bicephalite devint rapidement source de rivalite, a l'image de celle entre les regions de U et de Tsang. Le Panchen Lama fut d'ailleurs souvent manipule par les Chinois afin de diviser pour mieux regner. Le 10e Panchen Lama fut par exemple plus ou moins choisi par ces derniers, et utilise comme une marionnette de 1950 jusqu'au debut des annees 60. Il retourna ensuite sa veste, certainement a la suite des evenements sanglants de 1959 a Lhasa : il prit la defense de ses compatriotes et fut envoye en reponse dans une prison en 1964 ou il passa 14 ans. De sa sortie en 1978 jusqu'a sa mort en 1989, il utilisa son influence pour defendre les interets du Tibet. Alors que les effigies a l'image du Dalai Lama sont bien sur interdites, de nombreux portraits du 10e Panchen Lama sont exposes dans les temples et monasteres tibetains. En 1995, un garcon de 6 ans fut identifie sans prevenir les chinois comme la reincarnation du 11e Panchen Lama. Les Chinois emprisonnerent le jeune Lama et exigerent que les moines de Tashilunpo cherchent une autre reincarnation (qui se trouva etre comme par hasard le fils d'un des membres du parti communiste...). Le "veritable" 11e Panchen Lama est toujours le "plus jeune prisonnier politique du monde"...
A noter que la 3eme figure religieuse importante, apres le Dalai Lama et le Panchen Lama, est le Karmapa, a la tete de l'ordre de Kagyupa. Cet ordre est actuellement base au Sikkim, meme si la 17e reincarnation du Karmapa residait jusqu'a recemment au monastere de Tsurphu (region de U). Mais en 1999, le jeune homme alors age de 14 ans decida de fuir vers l'Inde. Et encore, il s'agissait de la reincarnation choisie par les Chinois, la "vraie" 17e reincarnation aurait aussi fui vers l'Inde. Complique tout ca... Remarque : il n'y a pas de reincarnations de Lamas dans l'ordre de Sakya (la lignee est en fait hereditaire).
Desole d'insister a ce point sur les faits historiques, mais un de mes objectifs etait de clarifier dans ma tete ces embroglios que j'avais du mal a comprendre avant mon arrivee au Tibet (j'ai encore un peu de mal...). Revenons au monastere en lui-meme. Sans doute en raison des relations particulieres du Panchen Lama avec les chinois, Tashilhunpo a ete relativement epargne par la Revolution Culturelle. Il s'agit de la plus grosse institution monastique actuelle du Tibet. Le batiments formant le village autour des differents temples sont en particulier intacts et s'y balader est des plus agreables.
Des la sortie du monastere, nous allons a l'hopital militaire tout proche. Je tiens en effet a soigner mon dos toujours douloureux depuis le trajet bossele de la veille. Je suis accueilli comme une bete curieuse. Tous les etudiants rentrent en particulier dans la piece ou le docteur souhaite m'osculter, avant de disparaitre soudainement (certainement pour aller suivre leur cours suivant). Le docteur me prescrit un melange de medicine occidentale (Ibuprofen) et traditionnelle : des pansements a poser sur la partie douloureuse, presentes dans une jolie boite arborant un tigre sur le dessus et avec des os de leopard parmi les ingredients... Toujours est-il que mon mal de dos disparait dans l'apres-midi !
Apres le dejeuner, nous nous baladons dans le marche, ou je trouve un superbe moulin a priere. La plupart des stands pour touristes ou pelerins vendent de belles pierres permettant de confectionner des colliers divers et varies. Les stands des bouchers sont quant-a-eux particulierement degoutants... On peut aussi acheter des bouts de fromage de yak seche, que les tibetains laissent fondre doucement dans un coin de leur bouche. Une bosse au niveau de leur joue trahit leur gourmandise, me rappelant celle du betel que les locaux machouillent en Asie du Sud-Est.
Nous allons aussi faire un tour au PSB pour obtenir les permis nous permettant de visiter le reste de la region de Tsang en independant. Il s'agit d'un privilege relativement rare : a part la region de Tsang, Lhasa et quelques endroits de la region de U, ces permis ne sont fournis qu'aux voyageurs en tour organise...
27/09/03 Gyantse et Shalu
Nous prenons un bus de pelerins pour nous rendre dans la 3e ville du pays : Gyantse. A notre etonnement, le minibus passe devant la ville sans s'arreter. Il effectue en effet un detour par un important monastere du coin, celui de Nalnyin (pas un mot dans le Lonely Planet). Un monastere de plus sans grande originalite, mais nous faisons quand meme le tour des chapelles avec les pelerins. Au bout d'un moment, alors que Sophia et moi-meme patientons dans la cour, un moine nous demande 50 yuans chacun (6,5 euros) pour la visite !Nous sortons sans payer :nous sommes prevenus au cours de la visite et il s'agit d'un monastere que nous ne voulions meme pas voir a l'origine. Le norvegien, qui nous accompagne depuis le lac Nam-Tso, etait quant-a-lui toujours avec les pelerins, et s'est finalement fait mettre a la porte comme un malpropre. Une attitude vraiment decevante. Globalement, les pelerins sont en general nettement plus amicaux que les moines au Tibet (lorsque nous etions a Pabonka aussi). Au final, Sophia et moi-meme avons largement prefere les contacts que nous avons eu avec les moines en Asie du Sud-Est.
Nous rebroussons ensuite chemin pour revenir sur Gyantse. Outre des monasteres et un impressionnant stupa (le Kumbum) a plusieurs etages, c'est le fort intact tronant au sommet d'une colline qui m'a impressionne. Dans les autres vallees, on apercoit souvent des forts mais tres souvent en ruine, alors que celui de Gyantse est en parfait etat. La vue depuis sa tour principale est splendide. On peut par ailleurs y visiter un amusant "Anti-British Imperialists Museum", faisant reference a l'invasion britannique de 1904. Par crainte d'un rapprochement avec la Russie, les Britanniques deciderent en effet de lancer une expedition vers Lhasa. Contrairement aux faits relates par la propagande du musee, les Tibetains se sont fait ridiculises, en particulier lors de la derniere bataille ayant eu lieu dans le fort de Gyantse (300 morts du cote tibetain contre 4 du cote britannique...). Finalement, les Anglais ne resterent que 2 mois a Lhasa et se retirerent apres avoir signe un traite leur accordant l'ouverture de 2 comptoir a Gyantse et Gartok. Un autre traite plus detaille fut ratifie en 1906, reconnaissant la souverainete de la Chine des Qing (Manchus) sur le Tibet (pour rappel, ces derniers avaient pris le controle du pays depuis 1720).
Au retour vers Lhasa, je demande au chauffeur du bus de me laisser a l'intersection avec la route conduisant au monastere de Shalu. J'ai de la chance puisqu'arrive alors un bus d'ecoliers. Il me depose avec eux en plein coeur du village de Shalu avec les gamins. Le monastere est atypique puisque le temple principal est coiffe d'un toit a tuiles vertes de type chinois. Par ailleurs, l'interieur respire autrement plus le "vieux" que la plupart des autres monasteres recemment renoves. Les peintures murales sont superbes et les bibliotheques sont les plus belles que j'ai pu voir. De plus, les moines sont nettement plus sympathiques que ceux de ce matin a Nalnyin. Pour rentrer sur Shigatse, j'ai une fois de plus beaucoup de chance : un groupe de 6 americains en voyage organise visitent le monastere en meme temps que moi et disposent d'une place dans un LandCruiser pour me ramener a bon port. Cool !
28/09/03 Sakya
Pour completer la visite de la region de Tsang, nous effectuons 8 heures de routes merdiques dans un mini-bus de pelerins pour effectuer l'aller-retour jusqu'a la ville monastique de Sakya, capitale du pays pendant un siecle a partir du milieu du 13e. Les paysages tibetains ne sont pas tres varies et commencent a nous ennuyer un peu. Mais lorsque nous arrivons a Sakya, nous sommes ravis d'avoir effectue autant de kilometres. D'une part, le monastere est le plus imposant du Tibet, en raison de ses dimensions et de ses remparts. L'interieur m'a evoque celui de nos cathedrales : de gigantesques colonnes, de riches decorations. D'autre part, le village a un charme fou. Ses maisons presentent des couleurs originales : du gris bariole de bandes blanches et rouges. De nombreux anes se baladent au pas de course dans les ruelles pour ramener le foin recemment recolte. Dommage que les enfants commencent a etre pourris par le passage de nombreux touristes. Ils demandent de stylos ou de l'argent a tous les nouveaux-venus.
Au retour, un des pneus de notre minibus creve. Pas etonnant car le chauffeur chinois avait surcharge son vehicule de passagers pour faire un max de ble. Deja a l'aller, nous avions du poireauter 40 minutes pour attendre les 2 personnes manquantes permettant remplir completement le minibus... Nous decouvrons par ailleurs que les 2 passagers habilles a la derniere mode occidentale sont en fait 2 moines ! Ils viennent du monastere de Drepung et se sont ainsi vetus carles Chinois leurinterdisent d'aller en pelerinage a Sakya.
29/09/03 de Shigatse a Lhasa
Nous prenons la meme route qu'il y a 4 jours mais en sens inverse. Cette fois-ci, le bus mettra plus de 7 heures. Pas grand chose avous conter par consequent si ce n'est que mon voisin m'a pas mal fait stresse. Il a eu la bonne idee de manger des nouilles instantanees alors que le bus empruntait la partie la plus cabossee de la route. Finalement, il n'en a renverse que sur son costard a 2 francs... Apres il ouvert sa bouteille de Pepsi bien secouee... sans pepins. Ouf !
30/09/03 de Lhasa a Golmud
Nous prenons un bus de nuit pour effectuer les 1115 km separant Lhasa de Golmud, dans la province du Qinghai. Le bus ? En montant a bord, j'ai l'impression de penetrer dans un poulailler. Les 3 rangees de lits superposes entassent les voyageurs les uns sur les autres. Un asiatique de ptite taille trouve peut-etre la position confortable mais ce n'est pas mon cas. J'ai l'impression de dormir dans une boite a chaussure (il y a meme les odeurs). A noter un acte hygienique de la part des Chinois : on enleve ses chaussures lorsque l'on penetre dans le bus et on les place dans un sac en plastique fourni par le conducteur.
Les paysages sont soporifiques (toujours des paturages, de vastes plaines et quelques collines ou montagnes), mais j'ai du mal a dormir. Le bus est assez vieux et les courants d'air glace m'insupportent. Nous avons meme droit a une tempete de neige lorsque nous passons un des cols a plus de 5000 metres. Nous finissons pas passer la frontiere invisible entre le Tibet et le Qinghai.
CONCLUSION TIBET
Le Tibet, un nom magique qui fait rever, et a juste titre. Le pays fait 2 fois la taille de la France mais la majorite des 2,5 millions d'habitants se concentrent dans les 2 petites regions centrales de U et de Tsang. C'est cette partie du Tibet que nous avons visitee durant 2 semaines. Nous avions prevu de rester plus longtemps mais la region a l'Est (Kham) et a l'Ouest (Ngari) ne sont accessibles officiellement qu'aux voyageurs fortunes pouvant s'offrir une viree en LandCruiser avec guide et permis associes. Certains routards s'aventurent dans ces provinces en faisant du stop aupres des camions (il n'y a pas de transports publics) et en tentant d'eviter les points de controle infligeant de lourdes amendes aux voyageurs independants. Nous preferons retourner explorer le reste de la Chine.
Il faut dire aussi qu'un sentiment de lassitude avait commence a nous envahir durant les derniers jours.Le Tibet est splendide mais souffre d'un certain manque de diversite. Ceci dit,nous repartons la tete pleine de souvenirs et d'images extraordinaires. Pour les illustrer, je vais vous commenter le "Top 10" du Lonely Planet :
1/ Le peupletibetain.
100% d'accord. L'enseignement de ce voyage est que n'importe ou enExtreme-Orient, il suffit d'aller a la campagne pour trouver des gens adorables. Au Tibet, il n'y a que de la campagne...
2/ Parcourir le Kora du Barkhor (Lhasa), different a chaque fois.
Je n'ai pas compte lenombre de tours que j'ai effectue avec les pelerins.Une autre planete !
3/ Les couleurs et les nomades du lac Nam-Tso.
Un de mes plus grands souvenirs. Je trouve meme le Kora encore plus extra-terrestre que celui du Barkhor.
4/ Admirer la face Nordde l'Everest depuis le monastere de Rongphu.
On arate ca... Situea la frontiere avec le Nepal et inaccessible en transport local, la majorite des voyageursadmirent l'Everest dans le cadre d'une excursion en LandCruiserentre Kathmandu et Lhasa.
5/ Passer la nuit dans un petit monastere comme Mindroling ou Drigung Til.
Ouais bof. Compte-tenu de la proprete a desirer des quelques lits pour visiteurs du monastere de Mindroling, nous n'avons pas souhaite essayer.
6/ Prendre un bus de pelerins.
Notre moyen de locomotion favori. Nous l'avons utilise pour explorer Samye, la vallee de Yarlung, Ganden, Gyantse et Sakya.
7/ Faire un Kora avec des pelerinsheureux.
Voir point 2/ et 3/ !
8/ Une tasse de the sucre apres une bonne marche.
Je n'ai pas essaye.
9/ Les vieux pelerins rides avec leurmanteau de montagne.
Voiralbums photo !
10/ Le Cheesecake au resto Tashi1.
Ouais bof, je n'ai pas goute.J'aurais preferetrouver und'eclair au chocolat ouun mille-feuilles.
Pour conclure, quelques points du "Worst 10" du Lonely Planet avec lesquels je suis entierement d'accord :
- Le the au beurre de Yak (voir recitau monastere de Pabonka...)
- Les histoires de permis.
- L'architecture moderne chinoise
- Les WC tibetains (parmi les pires d'Extreme-Orient)
- La menace planante du mal des montagnes.
19 au 20/09/03 Vallee de Yarlung Tsangpo
Nous partons pour 2 jours dans le berceau de la civilisation Tibetaine : la vallee de Yarlung Tsangpo au sud de Lhasa. Apres vous avoir resumer precedemment les 50 dernieres annees de l'histoire du pays, je vais a present vous conter l'emergence de cette civilisation et l'apparition des 4 differentes ecoles du bouddhisme Tibetain.
Le Tibet fut pendant longtemps un aggregat de tribus regnant sur un territoirea peine plus grand qu'une vallee. Les rois de la vallee de Yarlung furent les premiers a controler un royaume etendu au cours du 6e siecle. C'est cependant sous le regne du roi Songsten Gampo au 7e siecle que le Tibet emergea comme une puissance majeure en Asie. La Chine et le Nepal furent meme contraints de conclure des alliances par mariage avec ce nouveau-venu. Sous l'influence des 2 princesses chinoise et nepalaise, le bouddhisme devint la religion d'etat du Tibet. Le Jokhang, centre spirituel de Lhasa encore aujourd'hui, fut construit par exemple a cette epoque. Toutefois, le "Bon" (la religion ancestrale du Tibet melangeant shamanisme, talismans, esprits et exorcisme, et culte des rois decedes) resta encore fortement implante dans les croyances populaires. Par ailleurs, la plupart des moines etaient alors soit indien soit chinois.C'est sous le regne de Trisung Detsen de 817 a 836 que le bouddhisme s'implanta fermement. Le premier monastere, celui de Samye, fut cree afin de former des moinestibetains etde traduire les textes sacres. La premiere ecole du bouddhisme Tibetain, Nyingmapa, date de cette periode glorieuse. Malheureusement,le royaume sombra dans le chaos en 842 et le bouddhisme dut patienter 150 ans avant de refaire surface.
Au debut du 11e siecle, le bouddhisme emergea a nouveau comme une composante majeure de la societe tibetaine. Alors que cette religionrentrait en recession dans le reste de l'Asie apres avoir vecu ses plus beaux siecles de gloire (construction de Angkor au Cambodge, de Bagan en Birmanie, de Borobodur et Prambanan a Java...),le Tibet devint leplus fervent adepte du Bouddhisme. Deux nouvelles ecoles de penseeapparurent a cette epoque : Kagyupa et Sakyapa. Cette derniere ecole pris de l'ampleur au 13e siecle lorsque, sous son influence, les mongols, alors maitres de la Chine et de l'Est de l'Asie, deciderent d'etablirle bouddhisme Tibetaincomme religion de leur Empire. Cette hegemonie de l'ecole Sakyapa dura une centaine d'annee, jusqu'en 1350, un peu avant la desintegration de l'Empire mongol. Les deux autres ecoles, Nyingmapa et surtout Kagyupa, reprirent alors du poil de la bete. Une quatrieme ecole rivale, Gelugpa, fut creee durant cette periode, et cet ordre monta en puissance au cours du 15e siecle. Les monasteres majeurs situes dans les environs de Lhasa (Drepung, Sera, Ganden) ou encore celui de Tashilhunpo a Shigatse appartiennent a cette ecole de pensee. A la fin du 16e siecle, les mongols se rapprocherent de cette nouvelle ecole, et donnerent le titre de Dalai Lama a la 3eme reincarnation dela tete pensante de cet ordre.Les mongols envahirent meme le Tibet au 17e siecle, afin de retablir l'hegemonie de l'ordre Gelugpa, mis en peril par les rois de la region de Tsang. Ces derniers,soutenant l'ordre Kagyupa et sa tete pensante (le Karmapa du monastere de Tsurphu), avaienten effet attaque les monasteres de Drepung et Sera, et provoque la fuite et la mort du 4e Dalai Lama. Des lors, le 5e Dalai Lama(l'un des plus reveres de la lignee) et les suivants furent les chefs spirituels du bouddhisme Tibetain. L'ordre Gelugpadevint et resta le plus important jusqu'a nos jours. Je vous passe rapidement la suite de l'histoire, essentiellement constitue de sombres intrigues autour des differents Dalai Lama.Du 8e jusqu'a la majorite du 13e, ils ne furent d'ailleurs que des pantins. Le controle du pays etait en effet entre les mains du regent choisi par les Manchus alors maitres de la Chine (le regent etait initialement charge de diriger le pays en attendant la majorite du Dalai Lama) .
Lorsque la dynastie des Manchus (les Qing) fut renversee en 1911 par la revolution, le 13e Dalai Lama devint le chef d'Etat d'un Tibet redevenu independant.Malheureusement, le 13e Dalai Lama fut incapable de creer une nation en phase avec le monde moderne, ou de mettre en place une armee capable de contrer une nouvelle invasion chinoise. Les forces conservatrices etaient trop puissantes et le 13e Dalai Lama mourut en 1933 sans avoir vu ses reves realises. Le 14e Dalai Lama fut installe sur le trone en 1940, a l'age de 4 ans et demi. L'evenement majeur suivant fut la "Liberation" du Tibet le 7 Octobre 1950 par l'armee communiste, qui avait renverse les nationalistes un an plutot pour prendre le controle de la Chine. Voir l'article precedent pour connaitre la suite tragique de l'histoire du Tibet.
Un bref resume d'histoire qui m'a permit de vous introduire les 4 ordres du Bouddhisme Tibetain : Nyingmapa, Kagyupa, Sakyapa et Gelupga. Le Bouddhisme Tibetain est lui-meme une des 3 formes principales de bouddhisme, les 2 autres etant leHinayana (connu aussi sous le nom dePetit Vehicule ou Therava), et le Mahayana (Grand Vehicule).Je vous ai deja presente ces 2autres ecolesimplantees dans le reste de l'Extreme Orient. Comme dans toutes les religions, les differentes interpretations desenseignementsdu prophete ont provoquel'emergence de nombreuses ecoles de pensee.Il y a meme des sous-ordres au sein desordres Nyingmapa, Kagyupa, Sakyapa et Gelupga !
Le Bouddhisme Tibetain est peut-etre la plus complexe des 3 formes principales a comprendre, de par ses variantes et de par son interaction avec la religion animiste initialement presente au Tibet, le Bon. Il en a resulte en particulier unpantheon de dieux impressionnant (bodhisattvas, bouddhas, sages) et des pratiques assez uniques par rapport aux autres formes du bouddhisme:drapeaux de priere,enterrementsaeriens (les personnes decedees se font dechiquetees par des vautours),gravures de pierres sacrees...
Pour simplifier, les differentes ecoles du Bouddhisme Tibetainont trouve un equilibre different entre le bouddhisme clerical et le bouddhismetantrique.Lebouddhisme clerical estime que c'est par l'etude des textes sacrees que le disciple pourra atteindre l'illumination (le nirvana).Cette forme est surtout pratiquee au sein d'institutions centralisees comme les monasteres. Lebouddhisme tantrique considere que destechniques non conventionnelles peuvent permettre d'atteindre plus rapidement lenirvana.Il suffit d'invoquer un dieu par l'intermediaire d'une meditation intense et par la recitation de mantras, des sortes de formules magiques. Cette forme est plus populaire, et implantee dans les campagnes. De facon assez basique, on pourrait ordonner les differentes ecoles de pensee de la plustantriquea la plus clericale comme suit :Nyingmapa, Kagyupa, Sakyapa et Gelugpa.
Revenons a la vallee de Yarlung Tsangpo. Cette derniere est assez jolie mais ce sont surtoutles nombreuses vallees secondaires debouchant a la perpendiculaire qui presentent un interet. La plupart recelent en effet certains des plusanciens batiments historiques du Tibet. Nouscommencons par la vallee de Samye, qui abrite le premier monastere bouddhiste du pays. Pour nous y rendre, nous prenons un bus qui nous depose au ferry permettant d'acceder a l'autre rive. Malheureusement, nous sommes seuls et latraverseeest donc relativement onereuse. Nous choisissons donc demonter a bord d'un bus de pelerins se dirigeant egalement vers Samyevia un pont un plus loin. Les paysages sont assez surprenants car de belles etendues de dunes bordent la vallee de Yarlung Tsangpo par endroits !
Le monastere de Samye vaut le detour, non seulement en raison de son importance historique, mais aussien raison de son architecture unique. Au sein d'une enceinte circulaire, les differents temples, stupas etbatiments composent un Mandala representant l'univers. A peine debarques, nous effectuons la Kora au pas de course avec les chauffeurs de notre dernier bus. Outre le rituel des moulins a priere, ils ont chacunamene de lacire qu'ils deposent de temps a autre dans les bougies se consommant devant lesdivinites. Pas mal amoche durant la Revolution Culturelle, le monastere retrouve progressivement de sa superbe, memesi on aparfois l'impression de se balader dans un terrain vague.
Encore plus que le monastere, c'est le panorama depuis la colline voisine de Hepo Ri qui m'a scotche. La vue sur la vallee de Samye et sur celle de Yarlung Tsangpo est extraordinaire. Voir vidéo. Un moine souriant vit en ermite au sommet de cette colline. Motive le gars.
Le deuxieme jour, nous prenons de nouveau un bus de pelerins rentrant sur Lhasa. Ce qui nous arrange bien, c'est qu'il fait un detour par la vallee de Yarlung. Nous decouvrons ainsi le Yumbulagang, le plus ancien batiment du Tibet (du moins les fondations car le batiment actuel date de 1982...). Il s'agissait probablement a l'orgine d'une forteresse, tansformee aujourd'hui en une modeste mais charmante et singuliere chapelle. Notre bus effectue egalement une pause a monastere de Trandruk, egalement l'un des plus vieux du pays puisque fonde quelque temps apres Samye. Nous ne le visitons pas car nous commencons deja a saturer un peu au niveau monastere, surtout lorsqu'il faut s'acquitter a chaque fois d'un droit d'entree qui a sensiblement augmente durant les dernieres annees.
Les Chinois ont fait du menage autour du monastere de Trandruk, detruisantdes maisons de la vieille ville afin de mettre en valeur le batiment et de construire un parking pour touristes. Ils sont terribles ces Chinois. La pupart des principaux sites religieux en Chine et au Tibet sont devenus des usines a touristes. Je les soupconne d'avoir en partie autoriser un renouveau de la religion en Chine et au Tibetpour exploiter les sites religieux et se faire un max de pognon...
Alors que notre bus rentre sur Lhasa, nous demandons au chauffeur de nous deposer au bord du chemin partant vers la vallee de Drachi. 8 km plus loin se trouve en effet le monastere de Mindroling, le plus important de l'ordre Nyingmapa. Nous commencons a marcher quand la premiere voiture passant s'arrete devant mon pouce leve. Les passagers, des pelerins se rendant a Mindroling, sont fort sympathiques et ravis de nous y emmener.
Le monastere est pas mal sans plus, mais c'est surtout le village l'entourant qui est plein de charme. Des petites rues et de belles maisons en pierre. J'ai parfois l'impression de me balader dans un village provencal. Les paysans vacquent a leurs occupations quotidiennes, baladent les yaks, transportent le foin sur leur dos ou celui d'un ane. Pas de restaurants bien sur. Nous mangeons donc dans la cuisine du monastere des nouilles instantanees achetees dans l'epicerie du village.
Alors que nous comptions a l'origine passe la nuit dans ce bout du monde, nous preferons rentrer sur Lhasa car la proprete de la "guesthouse" du monastere laisse a desirer. Nous avons encore beaucoup de chance pour rejoindre la route principale. Le premier vehicule qui passe est un tracteur. Les paysans a l'arriere sont ravis de faire un bout de route avec nous. Voir vidéo. Les Tibetains sont decidement des gens adorables. De retour sur la route de Lhasa, nous arrivons a attraper un bus local nous ramenant a bon port en debut de soiree.
21/09/03 Lhasa
Journee de repos. Je passe quand meme quelques heures le matin a observer les pelerins effectuant la Kora du Barkhor. Toujours aussi fascinant ! Voir vidéo.
22/09/03 Monastere de Ganden
Nous prenons vers 6h30 le bus de pelerins partant vers le monastere de Ganden.Ce monastere fut le premier fonde par l'ordre Gelupga (en 1409). Il a toujours conserve une haute importance symbolique et politique meme si le nombre de moines a son apogee (2000) n'a jamais egale Drepung (10 000) ou Sera (5000).Ce monastere est accroche en haut d'une montagne a 4500 metres. Son emplacement en fait donc de l'un des plus beaux du Tibet, meme s'il a terriblement souffert durant la Revolution Culturelle. Les travaux de renovation lui ont redonne une partie de sa superbe.
Je croyais avoir vu le summum des panoramas depuis la colline de Hepo Ri a Samye. Et bien, la vue depuis le sommet de la montagne voisine de Ganden m'a encore plus impressionne. Incroyable ! Le Kora "du haut" abrupt pour ygrimper est epuisant, mais les efforts sont largement recompenses. Voir vidéo. J'effectue ensuite le Kora "du bas" faisant le tour de la montagne sur laquelle le monastere est pose.Les panoramas sont presque aussi beaux.A 12h30, les moines se retrouvent dans le batiment principal pour entonner la messe. Les chants sont par moment extremement etranges : j'ai l'impression d'entendre du didgeridoo !
Au retour,je sympathise dans le bus avec ma voisine de 70 ans au sourire edente. Je lui montre les quelques photos que j'ai amenees de l'Isle sur Sorgue, et il ne faut pas plus de 30 secondes pour qu'elles circulent jusqu'au milieu dubus ! Pour conclure cette belle journee, nous faisons un arret express devant le monastere de Sanga, situe au pied des ruines du fort de Dagtse.
23 au 24/09/03 Lac Nam-Tso et monastere de Reting
Jusqu'a present, nous avions utilise les transports locaux pour nous deplacer. Maisde nombreux endroits recules au Tibet ne peuvent etre acceder qu'en louant un 4x4 ou en faisant du stop. Nous trouvons 2 norvegiens souhaitant partager les frais de location d'un 4x4 (avec chauffeur bien sur) pour effectuer une boucle passant par le lac sacre de Nam-Tso et le monastere isole de Reting. Le matin du depart, l'un des norvegiens s'est desiste par crainte de souffrir du mal des montagnes. Le lac Nam-Tso estle plus haut lac sale du monde a 4 718 metres d'altitude...
Nous empruntons pendant quelques heures l'autoroute "Tibet-Qinghai". Les paysages sont superbes et fort differents de ceux vus jusqu'a present. Les eleveurs de Yak ou de moutons ont en effet remplace les agriculteurs. Plus de champs mais de vert paturages dans lesquels gambadent des troupeaux. Ces eleveurs sont parfoisdes nomades, et nous apercevons donc lesbelles tentes noires de ces derniers.Le plus surprenant, c'est la quasi-absence d'arbres. Les terres sont recouvertes d'herbe, d'herbe, et d'herbe.
Autre spectacle : la construction du chemin de fer "Tibet-Qinghai". Ils sont incroyables ces chinois. Rien ne leur fait peur et surtout pas les projets pharaoniques. Quelques exemples : le barrage des 3 gorges actuellement, ou la Grande muraille il y a deja quelques siecles. Afin d'acceler le developpement economique du Tibet (et sans doute l'immigration des Han...), le gouvernement a decide de construire un chemin de fer de 1118 km entre Lhasa et Golmud dans la province du Qinghai. Le chantier devra etre termine d'ici 2010 pour un cout estime a 2,5 milliards de dollars.
Puis nous attaquons les chemins bosseles en terre a partir de Damxung pour atteindre le col de Laren-La a 5150 metres d'altitude. Nous descendons ensuitedans la plaine du magique lac de Nam-Tso.Nousrejoignons enfin le monastere situe sur lapresqu'ile de Tashi Dor. A part quelques touristes, des centaines de pelerinssont venus y planter leur tente pourparcourir les Kora autour des 2collines sacrees de Tashi Dor (le lac est en effet l'un des 4 lacs sacres du Tibet).
Nam-Tso,c'est mon coup de coeur au Tibet a l'instar d'un grand nombre de voyageurs. D'une part, les paysages sont sensationnels avec l'eau turquoise, les plaines vertes, et les pics enneiges a l'horizon. Des paysages que je pensais plutot voir en Mongolie. D'autre part, les pelerins effectuant le Kora semblent venir d'une autre planete, encore plusqueceuxobserves a Lhasa. Les differentes tribus sont venus avec le camion du village et aborent des costumes traditionnels plus ou moins differents. Un vrai carnaval ! Je pense avoir battu mon record de photos pris en une seule journee (encore plus qu'a Yuanyang !). En fin de journee, je me rapproche d'un attroupement autour de 2 occidentaux qui ont pris une photo de pelerins et essayent d'obtenir leur adresse pour leur envoyer. Une des femmes, intriguee, touchent ma polaire. Je touche la peaude yak situee a l'extremite de son manteau. Puis je retrousse ma manche pour lui montrer mon avant-bras, qui fut deja la source d'emois aupres denombreux tibetains... Cri d'exclamation ! Je me retrouve alors entoure par une partie de la troupe. Certains observent avec surprise, d'autres touchentmon avant-bras incroyablement velu a leurs yeux. Amusant !
Le lendemain matin, la plupart des pelerins plient bagages et rentrent dans leurs chaumieres. Nous faisons de meme apres avoir admire une derniere fois le lac depuis le sommet d'une des 2 collines. Nous rebroussons chemin pendant quelques heures avant de bifurquer sur un autre chemin en terre. Nous mettrons plus de 5 heures sur des routes chaotiques serpentant dans des vallees paumeespour rejoindre le monastere de Reting.De temps a autre, notre vehicule est arrete et ses roues sont desinfectees (une epidemie touchant les Yak sevirait dans la region, le "Yak fou" ?).
Heureusement que les paysages etaient sympa car nous sommes assez decus a notre arrivee. Pourtantl'un des "Highlights" de la region d'apres le Lonely Planety, le monastere de Reting n'est plus que l'ombre de lui-meme. Contrairement aux monasteres visites precedemment, celui-ci n'a pas reussi a releve la tete depuis sa demolition par les Gardes Rouges. La plupart des constructions sont encore en ruine, et on y croise plus de yaks que de moines. Mais au moins, la vie a redemarre timidement, et les quelques moines tentent courageusement de renover les vieilles batisses. Ce n'est pas toujours le cas :durant ces derniers jours, j'ai ete frappe par les nombreuses ruines de monasteres dynamitesdurant la Revolution Culturelle.
Sur la route du retour, les paysages sont encore eblouissants. En arrivant au col de Chak-La, notre chauffeur a la bonne idee d'eteindre le moteur de son vieux LandCruiser pour aller se soulager dans la nature.Impossible de redemarrer... Pas biengrave puisque qu'il nous suffit de pousser l'engin sur quelques metres pour le faire repartir. Nous arrivons alors sur l'une des plus belles valleesentrevues jusqu'a present. Aucune construction chinoise, uniquement de belles chaumieres tibetaines regroupees en village. Des champs immenses et de belles montagnes multicolores illuminees par le soleil couchant. De quoi conclure en beaute 2 jours d'excursion memorables.
14 au 18/09/03 Lhasa et ses environs
Nous debarquons de l'avion a 3600 metres d'altitude. Pour permettre a notre organisme de s'adapter a l'air de la montagne, nous ne chargons pas trop le programme de nos visites pour ces 5 premiers jours.
Lhasa... Sans aucun doute la capitale la plus enigmatique et fascinante au monde. La raison principale : ses nombreux temples et monasteres et les milliers depersonnes venant en pelerinage de tous les coins du plateau tibetain. Un veritable carnaval ! Les tribus des vallees reculeesportent en particulier des deguisements particulierement exotiques. Mais meme les habitants tibetains de Lhasa d'arborent fierement les costumes traditionnels, en particulier les femmes avec leur belle robe etleur tablier (et souvent un elegantchapeau moderne !).
Je precise bien les habitants "tibetains" de Lhasa car il y a aussi les habitants "chinois". La ville est d'ailleurs clairement separee en 2. A l'Ouest, Chinatown avec ses immondes immeubles recouverts de carrelages de salle de bain. On y trouve tout de meme isoles quelques monuments tels que le Potala, des temples et le Norbulingka. A l'Est s'etendla ville tibetaine avec en particulier la vieillecite medievaleautour du fameux Jokhang. Lhasa n'hebergeait que 20 000 a 30 000 habitants au debut des annees 50. Aujourd'hui, elle compte environ 200 000 ames, dont plus de la moitie sont d'origine chinoise. Cesnombres meritent quelques explications.
Le Tibet fut "libere" par l'armee chinoise en Octobre 1950. Durant les annees 50, la Chine"officialisa" progressivement l'occupation de la Region Autonome du Tibet" en mettant enplace un systeme administratif et politique dans lequel le Dalai Lama et les Tibetainsfaisaientfigure de marionnettes.A partir de 1956, des revoltes se multiplierent dans l'ensemble de la province.Le 17 mars1959,alorsque se preparaient les festivites du nouvel an tibetain, le Dalai Lama dut fuir son pays vers l'Inde, par crainte de se faire kidnapper et emprisonner par les Chinois.A partir du 20 mars, les Tibetains et l'Armee chinoisecommencerent a s'entretuer a Lhasa. Apres 3 jours de combats, de 10 000a 15 000 Tibetains furentainsi extermines.
A la suite de ces evenements,la Chine raffermit son emprisesur la Province Autonome, et tenta d'y instaurerson utopique paradis socialiste. Une politique de persecution systematique fut mis en oeuvre a l'encontrede tout ce qui avait attrait a la religion ou la bourgeoisie. Cette politiqueculmina durant la Revolution Culturelle de 1966-1969.Les ignobles Gardes Rouges sedefoulerent alorssur le Toit du mondeplus que partout ailleurs en Chine. Parmi les bonnes idees du gouvernement communiste, les paysans furent contraints de faire pousser du ble et du riz, des cultures inadaptees aux hautes altitudes. A la fin de l'annee 1961, la famine provoqua la mort de pres de 70 000 Tibetains. Un rapport etabli a la fin des annees 70 a conclu que le Tibeta litteralement ete devaste en l'espace de 30 ans : 1,2 millions de morts, la destruction de 6 254 monasteres (quasiment tout ceux existant), l'absorption des 2/3 du Tibet dans d'autres provinces Chinoises (Yunnan, Sichuan, Qinghai), 100 000 Tibetains envoyes dans des camps de travail forces, et une intensedeforestation.
Au debutdes annees 80, suite a l'arrivee de Deng Xiaoping au pouvoir, le gouvernementa pris conscience de ses erreurs passees, a relache les renneset a etabli un plan en 6 pointspour ameliorer les conditions de vie et la liberte des Tibetains.Petit a petit, les monasteres furent renoves (environ 2000 sont actifs aujourd'hui), et les pelerinages furent autorises. La situation economique s'est egalement fortement amelioree. La contre-partie de ces changements : une immigration massive de Han (chinois de souche), une politique efficace deja menee dans les autres regions "barbares" de Chine (Xinjiang, Qinghai et Mongolie interieure). Le 14e Dalai Lama considere cette politique comme ungenocide culturel.Ce dernierreste par ailleurs l'ennemi numero 1 (toute image ou document lui faisant reference est formellement interdit), meme si des tentatives de discussion sont initiees de temps a autre.
En bref, comme l'explique bien le Lonely Planet, la Chine est passee d'une politique de persecution systematique a une politique plus sophistiquee d'assimilation du Tibet au sein de la patrie. Les investissements etrangers, l'immigration Han, et le systeme d'education utilisant exclusivement le mandarin font que seuls les Tibetains sinises seront capables de profiter de la croissance economique. Le reve d'independance du Tibet s'eloigne de plus en plus.
J'espere quece rapide resume historique vous a permis de comprendrela forte presence de colons chinois a Lhasa. Ceci dit, la vieille ville tibetaineaconserve toutesa magie. Il suffit de se melera lafoule de pelerinseffectuant le Kora du Barkhor, faisant le tour du Jokhang, pour s'en rendre compte. Un regal. Le Jokhang est un joli temple considere comme le coeur spirituel de la ville, voire du pays. L'autre batiment mythique est bien sur le Potala, le palais d'hiver du Dalai Lama. Il s'agit d'un batiment absolument unique de par son architecture et ses dimensions. Voir vidéo. Outre ces 2 monuments majeurs, Lhasa pullule de petits temples authentique et d'autres batiments mineurs comme les nombreux palais d'ete des differents Dalai Lama qui ont ete eriges dans un parc appele le Norbulingka.
Nous avons egalement effectue une excursion au monastere de Sera,une veritableville qui comptait pres de 5000 moines a son apogee. Depuis ce monastere, nous avons fait une randonnee jusqu'au monastere de Pabonka,l'un des plus anciens de la region. Recevant peu de visiteurs,nous avons ete accueillis comme des rois. Nous sommesarrives en plein milieu de la messe a laquelle nous avons ete cordialement invites. On nous a offert du the au beurre de Yak et du tsampa, de la farine et du beurre de Yak melangeavec de l'eau, du the ou de la biere. Les deuxforment les aliments de base des Tibetainset sont absolument immondes. Quand un moine vient m'offrir le tsampa, je ne sais pas quoi faire car je n'en avais jamais vu. Une bougie ? Un objet a deposer devant un bouddha ? Une situation cocasse me rappelant la messe bouddhiste a laquelle j'avais participe a Kontum, un de mes grands souvenirs du Vietnam. Finalement, un moine me faitsigne qu'il s'agit d'un aliment. Je goute. Degeulasse. A mon grand desepoir, quelqu'un s'empressait par ailleursde remplir ma tasse des que je buvais une gorgee.Mon estomacn'a pas apprecie et j'ai ete malade en fin d'apres-midi...Toujours est il que la vingtaine de pelerins presents a la messe(moyenne d'age 70 ans) etaient extremement sympathiques et, une fois la messe terminee, ilsnous ont fait faire le tour des differents temples et batiments du monastere. Au retour a Sera, nous avons assiste au"debat des moines". Excellent ! Par groupes de 2a 5, un moine debout pose une question a son assistance puisfrappe desmains et attend une reponse. Voir video.





