01 au 03/10/03 De Golmud a Turpan
Au reveil, les paysages de No man's land sont toujours les memes que la veille au Tibet. Les gigantesques paturages deviennent toutefois de plus en plus arides. Lorsque nous debarquons en milieu de journee a Golmud apres 28 heures de bus, nous sommes en plein desert. Pas grand chose a faire dans cette ville chinoise impersonnelle, en plein boom avec la construction du chemin de fer la reliant a Lhasa.
Mauvaise surprise lorsque nous souhaitons prendre le bus vers Charklik dans le Xinjiang pour rejoindre la Route de la soie du sud. Il faut traverser un point de controle interdisant le passage aux etrangers. Voila qui chamboule nos plans. Nous decidons de prendre le train pour rejoindre confortablement, et le plus rapidement possible, la Route de la soie du Nord. Nous faisons donc un detour par Lanzhou dans le Gansu, ou nous devons passer une journee en attendant d'avoir des places dans le train vers Urumqi. Encore une ville chinoise horrible avec son ciel gris deprimant. Nous y decouvrons heureusement un marche de nuit anime. J'essaye aussi d'alleger mon sac-a-dos en allant a la poste, mais il est impossible d'envoyer des tissus sans un controle par un centre sanitaire prenant 1 semaine ! La crainte du retour de SARS est bien presente... Je n'ai decidement pas de chance avec la poste puisque je n'avais egalement pas pu envoyer mes pellicules depuis Lhasa. Il fallait les developper d'abord parce que les douanes souhaitaient voir les photos... Sophia n'a pas pu non plus envoyer le CD-ROM contenant ses photos numeriques parce qu'ils souhaitaient pouvoir les visionner...
De longs trajets qui me laissent le temps de finir un livre passionnant : "Wild Swans" de Jung Chang (titre en francais ?). Retracant la vie d'une famille chinoise a travers 3 generations, ce livre est un chef d'oeuvre que je vous recommande vivement. "La Grande Marche", la "Campagne des 100 Fleurs", le "Grand Bond en Avant", la "Revolution Culturelle", autant d'evenements dont je ne connaissais que le nom et que ce livre m'a fait decouvrir plus en detail.Pour comprendre la Chine contemporaine et les Chinois, j'estime qu'il est indispensable de comprendre ce qu'il s'est passe durant les 50 dernieres annees.Fascinant etincroyable. En voici donc un resume.
1911-1927 : De la Republique au chaos
La republique creee par Sun Ya Tsen lors de la Revolution de 1911, mettant ainsi un terme a la dynastie des Qing (Manchus), ne fait pas long feu. Le pays sombre dans le chaos. Les provinces du Sud-Ouest (Yunnan, Guizhou, Guangxi) font secession alors que celles reculees du Tibet ou du Xinjiang retrouvent une semi-autonomie. Les seigneurs de guerre regnent sur une grande partie du territoire.
1927-1937 : Guerre civile, premier acte
Le Kuomintang (KMT) emerge comme une force politique majeure et controle l'Est du pays. Son leader, Chiang Kaishek, lance a plusieurs reprises des campagnes d'eradication des Communistes. Ces derniers frolent la defaite en 1934. Les armees eparpillees au Sud battent en retraite et arrivent a se regrouper a Yan'an dans le Shaanxi au terme de la fameuse "Longue Marche" de 6000 km. Profitant du semi-chaos regnant dans le pays, les Japonais s'emparent de la Mandchourie en 1931.
1937-1945 : Occupation nippone
Les Japonais envahissent l'Est de la Chine en 1937. Le KMT se refugie a Chongqing dans les montagnes du Sichuan, tandis que les Communistes infiltrent les campagnes delaissees par les Japonais, trop occupes a conserver le controle des villes.
1945-1949 : Guerre civile, deuxieme acte
A la fin de la seconde guerre mondiale, les belligerants communistes et du KMT reprennent le conflit, apres une pause de 8 ans. La guerre civile finit par tourner a l'avantage des Communistes en 1949. La fin de la guerre est une veritale debandade pour le KMT malgre l'aide massive des americains. L'attitude des troupes du KMT, completement decadentes, desoeuvrees, et pourries par la corruption y est pour beaucoup, car l'armee de Mao contraste par sa discipline, son ethique et son comportement exemplaire. Cette derniere gagne ainsi le soutien de la population, en particulier dans les campagnes. C'est exactement ce qui se produit au Vietnam une vingtaine d'annees plus tard... Le KMT fut plus vaincu par la demoralisation de ses troupes que par les armes (durant la derniere annee du conflit, les pertes durant les batailles ne representaient que 20% des pertes totales du KMT !).
Mao Zedong proclame la fondation de la Republique Populaire de Chine le 1er Octobre 1949. Chiang Kaishek et ses armees en deroute prennent la fuite vers Taiwan en decembre 1949 pour y etablir une Republique autonome.
1949-1956 : Un peu de bonheur avant le debut du cauchemar
Les Communistes unifient et redressent un pays au bord de la faillite. Cette periode est florissante d'un point de vue economique. Des 1953, l'inflation est stoppee et les niveaux de production d'avant-guerre sont retrouves. Les possessions des proprietaires terriens sont confisquees et distribuees aux paysans. Le 1er plan quinquennal sur modele sovietique est un veritable succes.
D'enormes progres sont egalement accomplis d'un point de vue social. La plupart des vices des Chinois sont elimines : jeux d'argent, prostitution, consommation d'opium et surtout corruption. Les femmes sont liberees des coutumes ancestrales les opprimant depuis des siecles.
Par ailleurs, les premieres campagnes politiques sont lancees :
- 1951 : pour nettoyer le Parti des cadres abusant de leurs pouvoir ;
- 1952 : pour punir les capitalistes frauduleux ;
- 1955 : pour eliminer les "contre-revolutionnaires caches" au sein du Parti.
Mise a part les nombreuses tragedies personnelles liees a ces campagnes (les criteres de susceptibilite etaient plus que vagues), tout va pour le meilleur des mondes dans la Chine de 1956. Mais Mao commence a foutre la merde...
1956-1957 : La "Campagne des 100 fleurs"
Au printemps 1956, Mao annonce "Laissons des centaines de fleurs s'epanouir", une politique visant a laisser plus de liberte de pensee et d'expression aux "intellectuels". Au printemps 1957, il les encourage meme a emettre des critiques contre le Parti. En Juin, il lance une 4eme campagne politique denommee "anti-droitiste", en decretant que 5% des personnes appartenant a la classe des "intellectuels" sont de droite. Il faut les identifier en fonction des critiques emises durant les derniers mois... 550 000 intellectuels "de droite" sont ainsi "detectes" et condamnes a effectuer des travaux manuels dans une usine, dans les chanps ou dans un goulag.
1958-1961 : "Le grand bond en arriere"
Mao continue malheureusement a imposer ses idees delirantes face a ses adversaires au sein du Parti. La Chine se lance dans la plus catastrophique experience economique de l'humanite : "Le grand bond en avant". Considerant que Kroutschev tourne le dos au socialisme, Mao veut montrer qu'il s'agit de la voie a suivre et la pousse aux extremes. Les cooperatives paysannes sont regroupees au sein de gigantesques "Communes du peuple". Des objectifs miraculeux de production sont fixees, avec des instructions aberrantes pour ameliorer la productivite a appliquer a la lettre. Les repas au domicile sont interdits et et tous les instruments de cuisine bannis. Tout le monde est contraint de manger dans les cantines publiques. Puisque leur vie est desormais prise en charge par le gouvernement, les paysans en profitent pour manger comme jamais a leur faim (epuisant toutes les reserves de nourriture des cantines), et vont travailler dans les champs avec nonchalance.
Mais l'agriculture est egalement negligee en raison de la priorite donnee a la production d'acier. Afin de doubler cette production, Mao ordonne au peuple de construire des fourneaux et un quotat est attribue a chaque unite de travail. Le developpement economique du pays est reduit a sa capacite a produire de l'acier... Bien sur, l'acier ainsi produit est le plus souvent inutilisable et de vastes forets disparaissent pour alimenter les fourneaux.
Cette situation parait completement absurde, mais elle fut rendu possible en raison de l'impossibilite d'emettre tout type de critique par crainte d'etre considere "contre-revolutionnaire" ou "de droite", et egalement parce que le mastodonte systeme de propagande faisait croire que le Grand bond en avant etait couronne de succes. Pour etre en securite, les cadres preferaient appliquer les ordres du Parti et de Mao, meme s'ils etaient debiles (en 1959, une nouvelle campagne reprima tout ceux ayant ose emettre des critiques). Le systeme totalitaire dans lequel ils etaient immerges leur avait ote tout sens de responsabilite.
Malgre les signes evidents de la catastrophe a venir, Mao continue obstinement a imposer sa politique economique desastreuse. Forcement, une gigantesque famine frappe la Chine au debut des annees 60. Les raisons invoquees par le gouvernement : une importante dette reclamee par la Russie suite a la Guerre de Coree, et des desastres naturels sans precedents. Au moins 30 millions de personnes decedent. Pour ne rien arranger, Mao se brouille avec les Russes en 1960, qui suppriment leur aide et rapatrient tous les experts qui faisaient tourner une grande partie des usines chinoises...
1961-1966 : Mao en retrait, le retour du bonheur
Au debut de 1961, Mao est finalement contraint d'abandonner sa politique suicidaire, tandis que le president Liu Shaoqi et le secretaire general du Parti, Deng Xiaoping, prennent le controle du pays. La production en masse d'acier est abandonnee, les cantines publiques abolies, le revenu des paysans lie a l'efficacite de leur travail. Des elements d'economie de marche sont introduits et l'economie redemarre de facon spectaculaire a partir de 1962. Une liberalisation politique est egalement mise en oeuvre et un grand nombre de personnes touchees par les campagnes de 55, 57 et 59 sont rehabilitees.
Dechu de la plupart de ses responsabilites, Mao reste cependant President du Parti, et prepare malicieusement son retour. Des 1964, il lance a grande echelle le culte de sa personnalite et remet a la mode la lutte des classes. La priorite dans les etablissements scolaires est par exemple donnee aux enfants provenant d'un "bon" milieu familial (paysan, ouvrier, soldat, cadre du Parti). L'endoctrinement politique s'amplifie dans les colleges, les lycees et les universites. En 1965, Mao decrete que les pelouses et fleurs sont "bourgeois", et les jeunes sont charges de les arracher dans l'ensemble du pays. La deification de Mao fut possible en raison des impressionnantes reussites economiques en parallele et l'absence de persecutions politiques. Mao recolta tout le credit alors qu'il n'y etait pour rien, les grands artisans etant Deng Xiaoping et Liu Shaoqi. Mais ces derniers le laisserent faire, pensant qu'il se contenterait de cette gloire abstraite et les laisserait continuer a diriger le pays.
1966 : "Revolution Culturelle", acte I : les Gardes Rouges
En 1965, Mao avait tente de lancer une nouvelle chasse aux sorcieres en creant une nouvelle classe ennemie : "les bourgeois reactionnaires". Fatigues par les campagnes precedentes, les cadres du Parti resterent passifs, voire refuserent de poursuivre cette nouvelle campagne. Completement isole, Mao decide donc en 1966 de lancer la guerre aux cadres "sur la voie du capitalisme" et lance la "Revolution Culturelle". Il met en place une chaine de commandement operant independamment du Parti, et cree le Comite de la Revolution Culturelle, compose de 4 personnes dont la demoniaque Mme Mao. Il s'appuie par ailleurs sur son principal allie, le marechal Lin Biao, ministre de la Defense depuis 1959, et qui a endoctrine l'armee populaire avec le culte de Mao. Il prend les commandes du Journal du Peuple qui, des Juin 1966, commence a exhorter le peuple a joindre la "Revolution Culturelle" et a etablir l'autorite absolue de Mao. Le journal commence egalement a publier les "citations de Mao" qui allaient former le fameux "Petit Livre Rouge".
Pour aneantir le Parti, Mao decide de repandre la terreur a travers le pays par l'intermediaire des adolescents et des etudiants. Totalement endoctrines par le culte fanatique de sa personnalite et la doctrine de la "Lutte des classes", ces derniers rejoignent les rangs des "Gardes Rouges" a travers l'ensemble du pays. Ils sont incites a abandonner leur domicile pour vivre dans les etablissements scolaires (dont l'activite est interrompue) afin de se dedier a la "Revolution Culturelle". Mao, sa femme et le Journal du Peuple commencent a lancer des appels a la violence. Les premieres victimes sont les enseignants et professeurs, qui sont martyrises, parfois tortures ou meme tues par leurs anciens eleves. Le 18 Aout 1966, lors d'un rassemblement monstre de jeunes a Pekin (13 millions de personnes), Lin Biao annonce qu'il faut detruire les anciennes idees, cultures, coutumes et habitudes. Les Gardes Rouges se dechainent alors a travers le pays sur tout ce qui est ancien : musees, palais, temples, tombes, statues, remparts... Quelques monuments majeurs, comme la Cite Imperiale, ont neanmoins survecu car le premier ministre, Xhou Enlai, envoya l'armee pour les proteger. Les Gardes Rouges trouvent d'autres activites plus ludiques : trouver de nouveaux noms"revolutionnaires" pour les rues ; fermer les salons de the consideres comme "bourgeois" ; essayer de changer les regles de circulation (un feu rouge devrait signifier "go" et non "stop", les voiture devraient rouler "a gauche" et non "a droite"). Bien sur, les livres furent une des cibles favorites de Mao. Il ne devait rester qu'une seule culture : la sienne. Les seules chansons autorisees utilisaient des citations de Mao (jusqu'en 1978 !).
Une autre activite demarrant avec la Revolution Culturelle sont les "reunions de denonciation" durant lesquelles des personnes appartenant aux classes ennemies sont persecutees, humiliees et torturees. Personne n'osait contester les faits et gestes des Gardes Rouges auxquels le dieu Mao avait donne les pleins pouvoirs.
Vers la fin de 1966, les universitaires commencent a diriger leur ressentiment envers les cadres du Parti, qui deviennent les boucs emissaires. La plupart sont accuses d'etre "sur la voie du caitalisme" pour avoir appliquer des politiques de plus en plus capitalistes (alors qu'ils ne faisaient que suivre les ordres du Parti). En outre, au sein des unites de travail, certaines personnes deviennent activistes et choisissent un camps : les "Loyalistes" soutenant l'administration communiste, et les "Rebelles" soutenant les attaques de Mao envers le Parti.
1967-1968 : "Revolution Culturelle", acte II : les Rebelles au pouvoir
Le 9 janvier 1967, Mao appele les "Rebelles" par l'intermediaire du Journal du Peuple a prendre le pouvoir a la place des personnes "sur la voie du capitalisme". Toutes les personnes souffrant de frustration, de jalousie ou ayant des reglements de compte a effectuer emergent a travers le pays et se declarent Rebelles... D'autres le font par conformisme ou devotion pour Mao. Outre les membres du Parti, l'elite professionnelle de chaque unite de travail est attaquee par les Rebelles : docteurs, artistes, ecrivains, ingenieurs...
La terreur et l'ennui atteignent leur paroxisme. Des reunions de denonciation ont lieu a tous les coins de rue. Les etablissements scolaires ne fonctionnent plus. Tout forme de relaxation est interdite : livres, peinture, instruments de musique, sport, jeux de cartes, echecs, salons de the... Les parcs sont devastes (les pelouses et fleurs sont toutes arrachees). Les films, pieces de theatre et concerts sont bannis, a l'exception des 8 "operas revolutionnaires" produits par Mme Mao. Les journaux sont tous soigneusement conserves puisque tous presentent un portrait de Mao en premiere page : s'ils s'abimaient, le proprietaire pourrait etre taxe de "contre-revolutionnaire".
La majorite des officiels de haut niveau tentent d'arreter le desastre en Fevrier 1967. En reponse, Mao destructure completement le Parti et acheve de mettre en place sa chaine de controle, comme les "Comites Revolutionnaires" au niveau des differentes provinces. Lin Biao fait de meme au sein de l'armee afin de faire taire toute critique.
Petit a petit, les leaders des differentes organisations de Rebelles se revelent etre des opportunistes sans discipline plutot que des Maoistes fanatiques et une mini-guerre civile eclate entre ces organisations a partir de l'ete 1967. Le Comite de la Revolution Culturelle ordonne alors a l'armee de les equiper. Mao declara : "Cela ne peut pas faire de mal aux jeunes de s'entrainer un peu avec des armes. Nous n'avons pas eu de guerre depuis un moment".
1968-1971 : "Revolution Culturelle", acte III : la reeducation du peuple
Ayant fini par instaurer une autorite absolue, Mao decide de mettre fin aux exactions des Gardes Rouges pour restaurer l'ordre. Durant l'automne 1968, il ordonne aux ecoliers, collegiens et lyceens de revenir dans leurs etablissements. Les "cours" reprennent mais se limitent a de la propagande sur les ecrits de Mao. Les etudiants sont quant-a-eux tous diplomes sans examens et disperses dans le pays. A partir de Janvier 1969, les jeunes des villes (pres de 15 millions) sont envoyes travailler dans les campagnes, afin d'etre reeduques. Mao declara : "Les paysans ont les mains sales et les pieds souilles par les bouses de vache, mais sont plus propres que les intellectuels". Les anciens fonctionnaires du Parti et les gens appartenant aux classes ennemies sont quant-a-eux places dans des camps de travail isoles pour etre "reformes". La plupart recoivent peu de visiteurs. La Revolution Culturelle a brutalise les relations entre les gens et detruit un grand nombre de cellules familiales.
Les comites revolutionnaires ordonnent la construction de statues de Mao a travers le pays. Toute forme d'education ou de formation disparait, Mao ayant declare : "Plus vous lisez de livres, plus vous etes stupides". Les jeunes entrant dans la vie active ont juste un manuel basique pour apprendre a pratiquer leur nouvelle profession.
1971-1976 : La fin du regne de Mao
Le 25 octobre 1971, l'avion de Lin Biao s'ecrase mysterieusement en Mongolie, alors qu'il fuyait vers l'Union sovietique apres avoir tente d'assassiner Mao. Des signes de detente apparaissent immediatement. De nombreuses personnes sont rehabilitees et liberees des camps. Comme Lin Biao etait son principal allie pour controler le pays, mao est oblige de remettre en place, a contre-coeur, l'ancienne administration communiste. Zhou Enlai, premier ministre et allie modere de Mao obtient les pleins pouvoirs pour redemarrer l'economie. Des 1972, les etablissements scolaires sont reouverts apres une pause de 6 ans. Des elemenst d'economie de marche sont a nouveau introduits avec succes. Des relations diplomatiques amicales sont mises en place avec les Etats-Unis, et Nixon visite Pekin en Fevrier 1972. Au printemps 1973, Deng Xiaoping est rehabilite et nomme vice-premier ministre.
Mao continue neanmoins d'empoisonner la vie du pays. Durant l'ete 1973, les recrutements dans les universites redemarrent, mais les seuls candidats autorises doivent etre paysans ou ouvriers. Par ailleurs, les examens d'entree sont finalement annules, la selection devant se faire uniquement sur le critere du "comportement politique". En gros, les pistons deviennent le seul moyen de rentrer dans les universites... Les "reseaux" de connaissance sont egalement determinants pour les jeunes envoyes a la campagne et souhaitant revenir en ville. Les places sont limitees car le gouvernement garantit la nourriture, le logement et l'emploi des citadins. Au debut des annees 70, de plus en plus de personnes rejoignent le Parti en raison des avantages personnels et par securite plutot que par conviction politique. La corruption fait egalement un grand retour au sein du Parti. En bref, la Revolution Culturelle avait detruit la discipline et la moralite du Parti...
Debut 1974, Mme Mao renouvelle ses efforts pour empecher le pays de fonctionner avec des slogans comme "Arreter la production, c'est faire la Revolution", "Nous voulons un peuple analphabete, pas des aristocrates eduques". Ce sont les universites qui souffrent le plus de ces dernieres tentatives de sabotage. Les livres sont remplis de propagande, et les etudiants sont invites par Mao a aller "s'instruire dans les usines, a la campagne ou a l'armee" pendant plusieurs semaines.
Fatigue par la politique pragmatique et efficace de Zhou Enlai et Deng Xiaoping, Mao donne mi-1974 un total soutien a sa femme et le "Gang of 4" pour lancer des campagnes les attaquant. Zhou Enlai decede le 8 Janvier 1976 et Deng Xiaoping et de nouveau destitue de son poste au mois d'avril 1976.
Qui sait ce qu'il serait advenu du peuple chinois et de Deng Xiaoping sans la mort de Mao, qui intervint le 6 septembre 1976. Deng Xiaoping fut rehabilite encore une fois en Juillet 1977. Le cauchemar des Chinois s'achevait et la belle vie pouvait commencer.
Hallucinant, n'est-ce pas ? Ce que je trouve incroyable dans l'histoire du monde, c'est comment une seule personne peut detruire la vie de millions d'autre. Mao ne fut pas le seul... Mais ce qui est incomprehensible, c'est que le culte de sa personnalite continue aujourd'hui encore. Pourquoi les statues de Mao ne subissent-elles pas le meme sort que celles de Hitler ou Staline ? De meme, le culte de Ho Chi Minh est egalement perpetue au Vietnam... Lorsque j'avais demande au vietnamiens pourquoi, ils m'avaient explique que le peuple considerent que ce sont les personnes sous ses ordres qui ont commis toutes les erreurs.
Les degats de la Revolution Culturelle sont encore visibles aujourd'hui (interpretation personnelle) :
- De nombreux monuments religieux n'ont pas ete reconstruits, comme au Tibet, s'ils ne presentaient pas quelque interet touristique. En effet, la foi des Chinois s'est eteinte, comme celle des Vietnamiens. Quel contraste avec l'activite religieuse des pays voisins d'Asie du Sud-Est !
- Les Chinois Han sont devenus malpolis et ont perdu le sens des bonnes manieres. En effet, il n'y a pas eu d'education pendant plus de 6 ans. Les ecoles et universites etaient fermees. Les cellules familiales etaient brisees. Quel contraste avec la civilite et la gentillesse des habitants de Taiwan !
- Le sens artistique et creatif a ete anneanti. En effet, le beau etait considere comme "bourgeois", et la seule culture devait etre celle de Mao. La Revolution Culturelle a glorifie le moche et l'uniformite. Les deux consequences les plus visibles aujourd'hui sont : l'horrible architecture moderne chinoise (les batiments en carrelage de salle de bain, et plus dernierement les batiments rose bonbon "gateau a la creme") ; les chanteurs et acteurs dans les series tele proviennent en majorite de Hong Kong et Taiwan.
04/10/03 Turpan
La Route de soie... Une route au nom magique reliant la Chine de l'Est et les differents pays d'Asie centrale et du Moyen-Orient. Ellepart de Xianen passant par Lanzhou et Dunhuang, avant d'atteindre Turpan dans la province actuelle du Xinjiang (la plus grande et la plus a l'Ouest deChine).C'est la partie de la route de la soie dans le Xinjiang que nous avons decide d'explorer dans un premier temps. Les temperatures ne vont pas tarder a plonger et certainesroutes pourraient etre bloquees par la neige. Nous ferons la partieDunhuang - Lanzhou - Xian par la suite.
La dynastie des Han fut la premiere aconquerir cette region au 1er siecle apres JC. Malgre des efforts soutenus pour pacifier la "Region de l'Ouest", les tribus nomades du Nord finirent par en reprendre le controle. Le pouvoir imperial ne fut impose a nouveau que durant la dynastie des Tang au 7e et 8e siecle, avant l'arrivee des Turcs Uyghurs. Puis beaucoup plus tard durant la dynastie des Manchusa partir de 1755, mais avec difficulte. Entre les periodes de controle par les Chinois se succederent de nombreux royaumes fragmentes (Uyghur, Qarakhanid, Karakitay...). Les premiers furent bouddhistes avant de se tourner vers l'Islam a partir du 11e et 12e siecle.
A l'instar du Tibet, le Xinjiang est une province rebellereclamant sans cesse l'independance. Des troubles agitent de temps a autre la region. Les Ouighours sont la minorite la plus importante mais de nombreuses autres minorites sont presentes, en particulier au niveau des differentes frontieres (Kasakh, Ouzbekh, Tajik...).La politique de colonisation par les Chinois fut cependant initieebeaucoup plus tot qu'au Tibet. Les Han, ultra-minoritaires, aux debut des annees 50sont desormais bien implantes. Comme au Tibet, le reve d'independance parait aujourd'hui bien utopiste.
Nous arrivons a Turpan en debut de matinee. C'est le choc. La ville est a majorite chinoise, mais il suffit d'aller se balader au Bazar pour se sentir dans un autre pays. La musique orientale emane des differentes echoppes de marchands de tissu ou de tapis. Les femmes portent le foulard et les hommes le chapeau islamique (ou la casquette-beret, tres a la mode). La diversite des visages est extraordinaire. La plupart ressemblent aux Turcs maisles differents mariages mixtes ayant eu lieu au cours des siecles de melting-pot ont produit des facies surprenants. Les regards en provenance de rares et etranges yeux bleux ou verts m'ont hypnotise (comme ceux de la fameuse gamine afghane en couverture du National Geographic). Le plus etrange, c'est de voir des "Turcs" manger avec des baguettes !Car il y a aussi les etalages de nourriture... Les epices bien sur mais aussi les innombrables barbecues proposant des brochettes de mouton delicieuses. Je n'ai par contre pas voulu essayer le ragout de tetes de mouton... Les galettes de pain fraiches et chaudes sont parmi les meilleures que j'ai mangees en Asie, meme si au bout de quelques heures elles perdent de leur delicatesse.
Les differentes attractions touristiques sont eparpillees sur des dizaines de kilometresdans le bassin de Turpan, la deuxieme depression de la planete apres la mer morte (-154 metres). Nous joignons donc une excursion en minibus pour en faire le tour. Ces attractions sont nombreuses, d'un niveau inegal et a chaque fois payantes. Nous faisons donc une selection.
Nous commencons par les grottes aux milles Bouddhas de Bezeklik. Ouais bof, nous en verrons certainement des beaucoup plus belles car les fresques et bouddhas ont ete completement saccages (par les musulmans apartir du 12e sielce et plus recemment par les archeologistes allemands souhaitant elargir leur collection d'antiquites). Heureusement, le site a beaucoup de charme. Il se trouve au milieu d'une chaine de montagnes aux formes incroyables et aux couleurs ocres. Pas etonnant si l'une d'entre elles a ete surnommee "Montagne en flamme".
Puis vient le tour des ruines de la ville de Gaochang. Il n'en reste pas grand chose, mais le reste des remparts et sa superficie (5km de perimetre) temoignent de son ancienne splendeur. Elleabrita unegarnison imperiale Han au 1er siecle apres JC, avant de devenir la capitale de differents royaumes ou d'une prefecture sous les Tang. Elle fut detruite au 14e siecle.
Apres une pause dejeuner succulente (nouilles fraiches preparees quelques minutes auparavant devant moi), nous enchainons avec le minaret de Emin, une superbe construction datant de 1777. Ca sent un peu le neuf et le Disneyland, mais j'apprecie la sobriete de l'architecture.
Nous terminons par les ruines de la ville de Jiaohe. Fabuleuses ! Voir vidéo. Les restes des batiments sont plus apparents qu'a Baochang. De plus, le site est pittoresque puisque les ruines sont eparpillees sur un promontoire surplombant de 30 metres une riviere en fer a cheval. Son histoire est similaire de celle de Gaochang : une garnison chinoise qui devint la capitale de differents royaumes avant de disparaitre au 14e siecle.
Une journee agreable malgre le nombre important de touristes chinois. Nous ne pensions pas que la Route de la soie attirait autant de touristes. Il faut dire aussi que les Chinois sont actuellement en vacances pendant 1 semaine... Dans quelques jours, nous devrions etre a nouveau tranquilles.
05/10/03 Shanshan
Nous avons vu pas mal de deserts jusqu'a present. Mais celui a cote de Shanshan est le plus pittoresque puisque constitue de dunes s'etendant a l'infini. Nous decidons donc de nous rendre dans cette ville inconnue du Lonely Planet, situee a 1h30 de route de Turpan.
Lorsque nous deambulons dans ce desert de dunes, ma memoire reactivede formidables souvenirs d'enfance. Voir vidéo. La vision du Sahara en Tunisie lorsque j'etais gosse m'avait marque a jamais. J'ai toujours un petit pot de sable que je conserve depuis, et que je trimballe de demenagement en demenagement. Je ne ramenerai pas de grains de sable cette fois-ci mais de jolies photos.
A noter que nous avons pu observer les fameux Karez le long de la route entre Turpan et Shanshan. Il s'agit de tunnels irriguant et rendant possible la vie dans l'oasis de Turpan.Les Karez recoltent au pied des montagnes l'eau resultant de la fonte des neiges, et l'acheminent a travers le desert. Meme s'ils sont sous-terrain, ils sont bien visibles puisque des puits permettent d'y acceder tous les 20 metres.Egalement presentes en nombre le long de la routeTurpan-Shanshan sont les etranges constructions en brique, fortement ventilees, qui permettent de faire secher les raisins, la specialite de la region. Ces batiments sont typiques du coinet ilest possible de les observer egalement sur les toits de la plupart des maisons.
Nous prenons en soiree un bus en direction d'Urumqi, la capitale du Xinjiang.
06/10/03 Urumqi
Apresune matinee tranquille, nous allons passer l'apres-midi dans la partie ouighoure de la capitale du Xinjiang. Malheureusement, toutes les vieilles rues ont disparu.Le vieux bazar aussi mais heureusement les chinois on eu la bonne idee de le remplacer par des batiments de tres bon gout. On y mange en plein air les meilleurs brochettes de mouton du Xinjiang.Toutefois, le "Bazar international" est desormais un gigantesque centre commercial (ouvert il y a 2 mois)...
Nous faisons laconnaissance d'Aziz,appartenant a la minorite Ouzbek, et professeur d'anglais et de chinoispour les enfants. Il nous apprend qu'il est quasi-impossible pour les Ouighoures d'obtenir un passeport et donc de voyager a l'etranger.Lereve de samere etait de retourner visiterl'Ouzbekistan, mais n'a jamais puse realiser.Aziz nous emmene decouvrir lesquelques coins encore authentiques du quartier. D'abord quelques vieilles ruelles encore presentes (pour combien de temps ?). Puis une superbe mosquee Hui (Han musulman) a l'apparence trompeuse d'un temple chinois.Enfin, apres nous avoir montrer une belle vue sur la banlieue, il nous laisse aux alentours du marche aux tissus. Les trottoirs grouillent de monde et de stands de nourriture en cette fin de journee, et les affaires vont bon train.
07/10/03 Tian Chi
Parmi les "Highlights" du Xinjiang d'apres le Lonely Planet, on trouve "Heaven Pool", le surnom donne au lac de Tian Chi. Ouais bof... Situe a 2 heures d'Urumqi en plein massif de Tian Shan, il s'agit d'un lac alpin certes photogenique mais peu depaysant pour un europeen. Par contre, les Chinois semblent raffoler car ils viennent par centaines y faire un tour. Le malaisien d'origine chinoise que nous rencontrons la-bas est du meme avis que moi. Passionne de photographie, un de ses endroits preferes en Chine est ... Yuanyang. Comme moi ! Il est tout surpris de savoir que j'y suis alle puisque le developpement touristique ne fait que commencer(ce site est absent du Lonely Planet "Chine" par exemple).




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