janv.
20

questionnement d'une bipolaire

  • Par july2012 le
  • Dernier commentaire ajouté

rappel des faits: j'ai 24 ans (oula que je n'aime pas ces chiffres si élevé... je n'ai pas vu toutes ces années défilées!), diagnostiquée bipolaire depuis juillet 2011 suite une crise (j'ai échappé de peu à l'internement). je suis sous teralithe LP 400 2.5cp par jour.


depuis que je suis sous traitement, ça va "mieux"! disons que mes sauts d'humeur sont "lissés". par contre je suis toujours paranoïaque, je me monte des films énorme pour des petits faits de rien du tout et quand je connais les raisons de ces faits, je me trouve stupide d'avoir réfléchi comme ça. chose que s'accentue avec le temps.


après une conversation avec mon homme pour "recadrer" notre relation (je mettais encore fait des films) je lui ai demandé "quels sont tes sentiments face à mon lithium?" en fait je voulais savoir qu'est ce qu'il pensait réellement de ma bipolarité. mais comme toujours, je me suis encore mal exprimée... il m'a répondu du tac au tac "je te trouve sans vie! avant tu sortais, riais. tu étais dynamique! mais maintenant, ba... tu restes dans ton coin, tu dors..."


il avait dit ce que je ressents depuis pas mal de temps: je m'ennuie! vous allez très probablement me gronder mais j'aime mes phase de manie! j'aime faire la fete et pas dormir pendant 2 jours consécutifs, j'aime faire 5h de sport par jour suivi d'une garde de 12h à l'hôpital!


maintenant je dors 7-8h par jour (ce qui est tout à fait normal) mais j'ai tellement l'impression de perdre mon temps...


tout le monde me croit déprimée car je ne rigole plus, ne chante plus et ne motive plus le groupe pour sortir. je suis devenue terne et sans interet... parfois je me dis que je vais arreter mon teralithe... je suis si heureuse quand je vais bien! et si je vais pas bien, je gerais... et puis avec mon traitement je n'ai plus de phases up mais il me reste les down!


mais mon esprit scientifique me dit que ce n'est pas une bonne idée: mes périodes de down m'emmenent de plus en plus vers les abysses, je le sens... et mon corps va mieux depuis que je le respecte en dormant, mangant...


tout est confus dans ma cervelle! je ne sais pas quoi faire! j'ai tellement peur en l'avenir! tellement peur de me faire interner un jour... tellement peur de faire une tentative de suicide, me louper et après regarder ta famille en face... faire de la peine à ma famille, à ceux que j'aime...


ce qui est paradoxal, vous savez ce que c'est? mon copain! grace à lui, je tiens le coup (sans lui, je pense que la tentative aurait déjà été réalisé depuis un petit moment), jusqu'ici rien d'exceptionnel! "quoi? c'est ton copain qui te soutient? c'est banal comme situation!" et bien non!!! ce n'est pas lui qui me soutient, mais MOI qui le soutient!!!! en effet c'est un grand dépressif, jem'enfoutiste et j'en passe. il arrive à canaliser mes crises. je fait beaucoup attention à lui, évitant de le contrarier et essayant de le rendre heureux (pas facile tous les jours). en me concentrant sur lui, je ne pense pas à moi. je sais, c'est horrible mais des que je pense à moi, j'ai envi de me noyer dans ma baignoire! je sais que cette situation n'est pas tenable à long terme car parfois il peut etre exécrable et égoïste et j'ai qu'une envi c'est de pleurer, mais pour l'instant ça tient!


avenir??? connais pas la définition! moi c'est qu'une vision à court terme! faut pas trop en demander non plus!


bonne nuit chers bipolaires!


2 commentaires

ma réponse au "questionnement d'une bipolaire : july"

  • Par pauletteb le

d'abord 24 ans ce n'est pas un nombre si élevé que ça, tu n'as même pas atteint le quart de sciècle. Moi qui vais cette année, atteindre 60 ans, je ne me sens pas vieille pour un sou, bon , un petit peu plus qu'à ton âge !


Arrêter ton lithium serait vraiment une folie, je l'ai fait en 2001 et j'ai rechuté fin 2005 très brutalement, sans signes avant coureurs, ni évènements déclanchants. Pour la majorité des bipolaires qui arrêtent leur traitement, la rechute est bien plus rapide le plus souvent dans l'année, et même plus court

Tu aimes tes phases de manie, probablement parce que ta maladie n'a pas eu le temps de se développer plus en avant et c'est tant mieux pour toi.

Mes manies ont été si fortes qu'au maxi de l'exaltation, un bonheur immense, tout juste à côté, une terrible angoisse, et ça passait de l'un à l'autre sans que puisse rien y faire, les montagnes russes les plus démentes à côté, c'est de la gnognotte.

je n'ai commencé à être soignée avec hospitalisation de 1 mois et demi qu'en dec 1988, parce qu'avant je ne savais même pas que c'était une maladie !! Elle avait commencé à peu près à ton âge, de façon visible pour les autres, mais avec le recul, même bien avant et là personne n'y voyait que du feu.

quand je suis sortie des urgences psy de l'hotel dieu de paris après 1 mois 1/2 d'hospitalisation, j'étais encore en manie forte, ils ne s'en sont même pas aperçus, c'est vrai, c'était si atténué par rapport à avant, j'ai immédiatement faire des achats au dessus de mes moyens !


Tu prends du téralithe depuis juillet 2001, soit un peu plus de 6 mois , ce qui est très court. Tu reconnais que toutefois déjà tes variations d'humeur sont lissées.

Pour la paranoia, c'est un peu plus compliqué et plus long à équilibrer, je suis aussi passée par là, et si tu veux en sortir, le plus efficace c'est de mettre ta participation active volontaire, consciente et déterminée à contribution. Mettre en doute ta perception, tes convictions, analyser plutôt que de se laisser aller à la facilité de l'évidence. Communiquer aussi ça aide beaucoup, c'est évident car on n'a pas que son propre point de vue.

il faut le prendre comme une expérience plutôt que de le subir, et ensuite tu auras la joie d'avoir gagné plus de liberté


Quand on commence un traitement sous lithium, qui peut servir aussi bien à traiter des phases maniaques que comme thymorégulateur , qu'on ait la sensation et même la réalité de ce que tu décris est normal.

Ne pas dormir pendant 2 jours consécutifs n'est pas normal, même si tu aimes et c'est précisément un des signes avants coureurs de la maladie. Tu as probablement l'impression de perdre ton temps en dormant 7-8 h par nuit et ... tu ne l'as pas ... quand tu te retrouves en down ? Moi qui ai bien poussé le truc à fond, ça n'a pas été qu'une impression, mais bel et bien une réalité; c'est en années que je peux compter mon temps perdu de down

Alors oui, certains pensent que j'ai une chance inouie, je m'en suis sortie, et c'est vrai, je peux à nouveau faire la fête (mais pas sauter de nuit, seulement me coucher vers 2 h 3 du mat occasionnellemnt). Je fais et j'aime à nouveau écouter de la musique. Pendant des années, je n'ai plus besoin que de silence, tout bruit était une agression, je te passe tous les détails, je ne veux pas te casser en t'envoyant sur mon blog pour tout lire mon témoignage. Ma carrière pro, j'en ai plus et pourtant elle avait très bien commencé. Quand tu vois la difficulté des chômeurs longue durée à retrouver un emploi , malade longue durée, et du cerveau en plus, j'te dis pas


Compares seulement à par ex. si tu avais eu une jambe cassée et qu'on te mette une vis et un platre

pendant que tu as le platre, au début tu ne marches pas du tout, après oui, progressievement, mais avec des béquilles, puis un jour on enlève le platre, et tu fais de la rééducation pour marcher normalement, puis recommencer à nager courir, danser etc

mais au final, tu dois garder la vis : eh bien ta vis c'est le téralithe.

Là pour toi, on va dire que tu es dans une phase intermédiaire, je ne précise pas plus, je ne sais pas où


va faire un tour dans un service de psy, puisque tu fais des gardes de 12 h à l'hôpital, ça ne doit pas être trop loin, et regardes les choses en face

qu'est ce que tu préfères ? te soigner

ou laisser la maladie évoluer ?


ps si tu ressens encore tes downs, c'est seulement parce qu'on remarque plus le négatif que le positif et c'est d'ailleurs bien utile, pour avoir envie d'avancer, d'aller mieux...


RE: ma réponse au "questionnement d'une bipolaire : july"

  • Par megara33 le

Pauletteb,


Quelle belle réponse tu as fait là ! Je suis tout à fait d'accord et je sens là un disocurs mature de quelqu'un aui a "vécu" sa maladie, dans tous les sens du terme. J'ai posté aujourd'hui un message que j'aurais voulu témoignage mais qui va piano va sano.

Ne jamais arrêter son traitement, c'est une évidence, même si parfois on se sent dépendant d'une médicaion à VIE. Il faut l'ingérer comme tel, on n'a pas le choix. Relativisons, mieux la bipolarité qu'un cancer, comme je dis souvent. Ou un bras en moins, comme dirais mon mari :). Il faut accepter sa maladie, et pas comme u handicap, mais comme une réalité, et pourquoi pas une "richesse", sans aller trop loin bien sûr mais elle peut parfois, quand on s'en donne la peine, nous monter à quel point nous pouvons être fort et courageux, eu égard à nos symptomes, prodromes et comorbidités.

Je ne suis pas fière d'être bipolaire mais en toute honnêteté, je suis fière d'être ce que je SUIS. Je ne suis pas un diagnostique, je suis un être vivant.

Quand j'ai su ce que j'avais, après avoir digérer la pillule, je me suis dis :"ce n'est pas une fin en soi, ce n'est qu'un début du commencement du savoir." Un jour, une amie m'a dit, à ma sortie d'hopital alors que personne n'a compris mon pétage de plomb, ma descente aux enfers et mon désir d'internement car je me sentais au bord du gouffre de la "connerie" (celle de mourrir) et qu'à cette époque là, on ne savait pas de quoi je souffrais, elle m'a donc dit, la voix douce mais les yeux pleins de colère "Sois toi moi-même". Je n'ai pas compris. Je n'avais jamais compris, parceque enfin, qui étais-je ???? A la fois extravertie et pudique, battante et désespérée, généreuse et égoiste, joyeuse et mélancolique... De quoi me perdre ! Maintenant, je sais. Je sais ce que je suis et par delà même sui je suis car j'ai, nous avons, notre propre personnalité.

Plus le vécu d'un bipolaire non traité, non stabilisé, non diagnostiqué est long, plus le psychisme se fragilise. je n'ai pas vécu de gros chaos comme certains, mais des oscillations inexpliquées (surtout de l"entourage), une propension à la déprime et des depressions majeures et des états mixtes passés inapperçu, et des cycles maniaques sans délire, sans danger, sans psychose, sans gros excès, plutôt du "YOUPI la vie est belle, tout m'est possible, tout le monde est beau, tout le monde est gentil, etc...". Pas une forme de la maladie violente, plutot atténuée mais bien là quand même.

Je suis mère de 3 enfants, marié avec un amour d'homme qui a subit sans comprendre, parfois triste, en colère, agacé, mais toujours là puisque quand il a su, il en a pleuré de joie. Oui, de joie. Il comprenait, ça y est, tout était clair et limpide. Je n'étais ni capricieuse, ni égoiste, ni "débile", j'avais une maladie qui se traite, comme lui a de l'hypertension avec cachetons à vie, et si oubli, rechute des symptomes. IL m'aime, il me voit à la fois pareil et autrement car il me soutient. Je me suis informée sur la maladie, je m'informe encore, lui aussi. Ma psy dit que je suis la patiente idéale car je suis à lettre "ce qu'il faut faire" et "ne pas faire", écouter mon corps, être vigilent sur les signes précoces et alerteurs, éviter les situations de stress, avoir un sommeil régulier, etc... bon, parfois, j'ai des loupés, j'oublis, je me laisse emporter par les moments de "mieux être", mais ce qui me fait le plus peur, c'est les moments descendants. J'en ai tellement eu et ils sont allés en crescendo par delà les années, que je me méfies, je suis en alerte rouge quand je sais que ça dure trop longtemps et je manoeuvre comme une forcenée pour remonter la pente sur laquelle je glisse. Et chaque jour, je me dis "regarde derrière ce que tu as vécu, et finalement, tu es encore là aujourd'hui et tu seras là demain".

J'aime lire que la bipolarité n'est pas qu'un gouffre à démons, qu'on peut vivre bien avec sans subir. Etre positif (sans en devenir maniaque ou hypomaniaque bien sur :)), c'est aussi garder la tête hors de l'eau et se gérer.

Parler avec d'autres bipolaires est venu doucement à moi, c'est pourquoi je me lance sur ce site.

A bientot


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