Cette discussion inaugure la fonction Forum dans notre site AFFINITIZ.
Je me lance donc sur ce sujet "brûlant" sans filet. Vos réactions seront bienvenues.
J'ai oeuvré dans ce type de politique depuis son origine: d'abord comme prestataire au sein du CREPAH, puis à la DIV dés sa création, puis au "programme 50 quartiers", enfin à l'USH.
Les problèmes qui ont démarré fin octobre ne sont pas nouveaux. Chaque étape de la Politique de la Ville a été marquée par des incidents plus ou moins violents dont le point commun est l'incendie (des voitures, des équipements publics, des commerces...) et les attaques délibérées de tout ce qui représente l'institution: police, pompiers, ambulances parfois etc.
Ce qui est nouveau, c'est la durée du phénomène (qui généralement s'arrêtait très vite), son amplitude géographique (plus ou moins 300 quartiers), sa violence (200 million d'euros de dégats), la quasi absence de revendication audible, enfin son écho mondial (de Washington à Moscou).
Je ne reviendrai pas sur les causes réelles ou supposées de ces violences: des tombereaux d'explication ont été déversés, vraies ou fausses.
D'abord, je voudrais dire que ce problème n'est pas un problème des banlieues, signifiant la faillite de la politique de la Ville comme on le lit partout. Je m'explique.
C'est le problème d'une partie de jeunes, parfois très jeunes. C'est, non pas la faillite de la politique de la Ville, mais une incapacité à traiter au fond d'un problème de la société française à former et mettre à l'emploi les jeunes et particulièrement ceux qui sont issus de l'immigration.
La France a depuis des années le record du chômage des jeunes (un jeune de moins de 25 ans sur cinq est au chômage). Dans les quartiers, ce taux est de 40 à 50%. Dés lors qu'un jeune sur deux est inoccupé et livré à lui-même, traînant au pied des immeubles, sans contact avec des adultes, il suffit de quelques mois pour qu'il ne sache plus où il est. Il est donc disponible pour n'importe quelle aventure et perd très vite toute capacité à supporter les contraintes du travail (se lever, se présenter à un adulte, remplir une tâche avec rigueur etc.). Ce qui surprend, c'est que seule une minorité de ces jeunes passe à l'acte en recherchant l'affrontement.
Or cette situation dure depuis des années (au moins 20 ans). La politique de la Ville n'est pas restée inactive vis à vis du problème. On a fait beaucoup d'occupationnel via les centres sociaux, les Zones Franches, les emplois aidés... Mais ces efforts sont restés limités et ils ont même marqué fortement le pas depuis quelques années puisque le gouvernement actuel a rejeté le "traitement social du chômage" prétextant qu'il ne fournissait pas de vrais emplois, mais il ne les a remplacés par rien avant de redécouvrir tardivement qu'il fallait y revenir. L'orientation choisie par Jean Louis Borloo de privilégier la "rénovation urbaine" a abouti à focaliser l'attention sur le bâti en délaissant les autres aspects de la politique de la Ville. Ajoutez l'abandon du servive militaire, seule occasion pour ces jeunes de se trouver dans un cadre régulier, de côtoyer des adultes, d'appliquer des règles... et vous avez tous les ingrédients d'une flambée particulièrement dure.
Mais il faut être honnête, si on avait fait des efforts pour occuper les jeunes, je crois qu'on ne s'est guère attaqué au noyau dur et délinquant, qui représente une minorité mais qui souvent donne le ton et qui est la plus perturbatrice. Cette population n'est prise en compte par aucun système. Ils refusent les centres sociaux et les équipes de prévention auxquelles ils font souvent peur. Ils ne sont généralement pas retenus dans les opérations "Ville Vie Vacances" où ils sémeraient le souk... Dans une certaine mesure, on a toujours contourné ce problème parcequ'il est extrêmement difficile à traiter. Alors, on fait autre chose: des travaux, de l'encadrement scolaire; de la culture, etc. Toutes chose très utiles, mais qui ne concernent pas cette catégorie de clients. En fait, leursseuls interlocuteurs sont les policiers et le dialogue est plutôt rugueux. Pour conclure (provisoirement), je pense que la réactivation du service civil est une bonne initiative, mais qu'il y a un risque de voir ces jeunes volontaires renforcer les structures (école, centres sociaux etc.) qui échouent déja à traiter cette question. Il faut d'autres méthodes et sans doute d'autres professionnels.
Voilà: j'ai lancé (je l'espère) le débat. A vous !






Derniers commentaires